28.


Évidemment, il était exclu de rendre une petite visite à l'homme d'affaire. Elle n'avait pas encore fait part de ses découvertes à François Faivre, car il paraissait peu probable qu'Edouard Plènozas fasse du chantage pour 150 000 simflouzs. Quand bien même il serait à nouveau sur la sellette, il y avait fort à parier qu'il n'attendait pas après l'argent des Faivre. Il y avait donc un chaînon manquant, reliant Plènozas et le maître chanteur. Elle réfléchit et arpenta des heures durant son appartement. Il fallait qu'il tombe. Ce n'était pas tant pour résoudre l'affaire qui venait de lui être confiée, que pour honorer la promesse qu'elle avait faite à Prys d'Atlantys et obtenir sa revanche. Ils allaient tomber. Il le fallait.



Quand elle en eut marre de tourner en rond, elle se décida à aller se coucher. Alors qu'elle finissait de se brosser les dents, son regard s'attarda sur son alliance. Elle pensa alors à Ryan, puis, avec une grande lassitude, à Véra Harflaural.



Soudain, l'expression « confidences sur l'oreiller », reprise par Victorien Vasseur lors d'une de leur rencontre, s'imposa à elle. Anaïs lui avait globalement certifié qu'Edouard Plènozas avait ses maîtresses à SimCity, mais cela valait le coup d'être vérifié. Et qui sait ? Il y avait peut-être une amicale des briseuses de ménage ?



Léonor mit un moment avant de choisir sa tenue. Dans d'autres circonstances, elle aurait enfilé le premier pantalon venu et serait partie dans la foulée. Or, elle rendait visite à une rivale, avant d'être un potentiel témoin. Donc hors de question d'y aller avec des crayons dans les cheveux et en jogging. Son premier choix se porta sur une jupe minimaliste et un décolleté plongeant.

On se calme, je ne cherche pas à rentrer dans son club. Quoi que...



Au final, elle l'avait joué soft. Jolie mais pas vulgaire.
Alors qu'elle s'apprêtait à frapper à la porte, des jurons se firent entendre à l'intérieur. Puis des cris aigus. Et des coups métalliques.
Elle poussa alors un sonore :
- « Véra ? Tout va bien ?
- « Entrez ! Entrez ! J'ai besoin d'aide ! »
Elle ouvrit alors la porte d'un geste vif, et tandis qu'elle allait pénétrer dans la maison, ce qu'elle vit la cloua sur le seuil.



Véra Harflaural était en train de se battre avec un robinet en petite tenue. Cela ne manquait pas de piquant certes, mais elle ne pouvait pas rester là à se gausser méchamment.



Elle s'approcha précautionneusement et proposa son aide. Le regard de Véra s'attarda quelques secondes sur son invitée imprévue puis lui indiqua où elle pouvait trouver la clé adéquate. Elle perdit un peu son sang froid quand Léonor lui amena trois fois le mauvais modèle, mais se calma lorsqu'elle tint l'objet de ses désirs et que les jais d'eau capitulèrent.



A peine eut-elle réglé son compte à l'évier qu'elle se précipita dans une pièce contiguë à la cuisine.



Après quelques instants et un beau remue-ménage dans une penderie, elle se précipita au fond de la maison, d'où parvinrent alors quelques impatiences.
- « Mais il est où ce collier... Ah ! Bon, cette fermeture... Ggnnnn Gnnnn... Léonor ! Léonor ! J'ai besoin d'aide ! »




Léonor s’exécuta et trouva la belle rousse en train de trépigner :
- « Vite Vite ! Vous pouvez m'aider à remonter jusqu'en haut la fermeture ? Je crois qu'elle s'est coincée. »
Léonor obtempéra, sans oublier de jeter un oeil à son environnement.




Sur une des tables de chevet, trônaient des photos intimes d'une Véra Harflaural un peu plus jeune et d'un beau jeune homme.
Son hôte s'aperçut de son indiscrétion et la rappela immédiatement à l'ordre e
n pointant un index autoritaire vers la fermeture éclair de la robe :
- « Hep hep... C'est ici que ça se passe ! » 




A peine Véra sentit-elle la butée du curseur qu'elle se précipita pour ranger le cadre dans le tiroir de la table de nuit.
Elle jeta un regard entendu à Léonor par dessus son épaule et pivota afin de lui faire face.



- « Alors, Léonor Angès... Que me vaut le plaisir ? J'espère que ce n'est pas long parce-que j'attends quelqu'un d'un instant à l'autre.
- « A priori, non. J'aurais aimé envelopper tout ça, mais je vais aller droit au but : avez-vous ou avez-vous eu une relation avec Edouard Plènozas ? »




Une expression blasée lui répondit. Elle sembla hésiter, puis, après avoir levé les yeux au ciel et soupiré :
- « Je vais passer sur l'impression d'être une prostituée et vous répondre : oui, il y a longtemps, nous avons eu une aventure.
- « Ça remonte à combien de temps ?
- « A son arrivée, il y a une quinzaine d'année. Mais ça n'a pas duré parce-que je l'aimais pas du tout. Au début, il était dans la séduction, mais au bout de 10 jours déjà je n'étais plus qu'un objet. Cet homme a un besoin de posséder comme je n'en ai jamais vu. Comme j'avais peur de sa réaction si je le quittais, j'ai fait en sorte qu'il se lasse de moi et du jour au lendemain, je n'ai plus eu de nouvelles. Sans le savoir, il m'avait retiré une belle chandelle du pied ! »
Léonor fronça les sourcils.

Ah ! Épine du pied... Épine.

- « Et est-ce-que, du temps où vous étiez ensemble, il vous a confié des choses sur de probables aspirations...
- « Vous savez, on parlait pas beaucoup. A l'époque, je cherchais bêtement à me faire entretenir. Et je ne crois pas que c'est pour ma conversation qu'il passait du temps avec moi...
- « Il n'a rien dit du tout ?
- « Rien du tout. Je vous le répète, on ne parlait que de banalités, et encore... Et puis ça n'a pas duré longtemps. Donc je vois bien où vous voulez en venir... La confiance sur l'oreiller ? Eh bien il n'y avait rien de tel entre nous ! Aucune confiance en ce type là !
- « Et vous savez qui d'autre il a fréquenté après vous ?
- « Et comment le saurais-je ? Je n'avais rien de la petite amie épleurée ! Je ne cherchais pas à savoir ce qu'il faisait de ses journées... Ou de ses soirées. Par contre je connais quelqu'un qui lui tournait sans arrêt autour. Peut-être qu'elle est parvenue à sa faim ? »
- « Et vous pouvez me donner son nom ?"




- « Kérine. Kérine Hébert. Elle habite à SimCity. Mais chut, hein. Ça vient pas de moi ! Attendez, j'ai... »



Un bruit de voiture – ainsi qu'un bruit métallique - se firent entendre. Véra jeta un regard anxieux en direction de la porte d'entrée et, paniquée de nouveau, attrapa les épaules de Léonor, lui fit faire volte-face et la poussa dans le dos vers le couloir.



Elles tournèrent ensemble vers la droite, passèrent une porte qui donnait sur le jardin, et la jeune femme se retrouva dehors.
- « Désolée, mais là, je suis pressée. Je vous fais parvenir le numéro de Kérine. »

Kérine...

Le bruit métallique précédemment entendu la fit sortir de sa pensée. Intriguée, elle fit le tour de la maison et observa la scène, dissimulée par le coin du mur. Un homme, visiblement chauffeur de son état, était sorti et examinait le pot d'échappement de la limousine noire qui venait de déposer son passager. Un peu loin pour voir toute la plaque d'immatriculation, elle en discerna malgré tout quelques caractères.
Une interpellation au-dessus de sa tête, même si elle était chuchotée, lui fit faire un bon de deux mètres au-dessus du sol.
- « Léonor Angès ! Rentrez chez vous au lieu de fouiner ! »
Véra, qui décidément la gardait à l'oeil, la toisait d'un œil mécontent.
- « Oh ça va, deux minutes... » Maugréa-t-elle agacée d'avoir été surprise.



Elle rentrait chez elle avec la pluie. Durant tout le trajet, elle n'avait pu s'empêcher de se demander qui était le visiteur nocturne de Véra Harflaural. Cette dernière avait mis beaucoup d’empressement à la mettre dehors. Ce qui évidemment lui avait donné une furieuse envie de découvrir qui cela était.



En se mettant au lit, elle y pensait toujours. Il fallait reconnaître que l'idée que ce soit Ryan lui avait traversé l'esprit. Après avoir vu la limousine, elle s'était sentie soulagée. Mais pas moins curieuse.

Mais qu'est-ce-que ça peut me faire à la fin ?!

Alors qu'elle tournait et retournait dans ses draps, se concentrant sur le battement de la pluie contre les carreaux comme si elle comptait les moutons, la sonnette de la porte retentit.

Qui ça peut bien être à cette heure ?



Elle ne fut qu'à moitié surprise. Le doyen de la famille Vasseur, dans une tenue encore improbable, se trouvait sur le seuil, sous la pluie, et rouspétait. Alors qu'il scrutait le ciel comme s'il avait le pouvoir de l'assécher, leurs regards se croisèrent.
- « Mais... Mais vous pouvez pas m'ouvrir, au lieu de me laisser dehors comme un chien errant ?
- « J'ai toujours détesté l'odeur de chien mouillé.
- « Très drôle !
- « Comment êtes-vous arrivés ici ?
- « En taxi.
- « Eh bien vous savez comment repartir ! Bonsoir ! »
Alors qu'elle s'apprêtait à rentrer, il cria :
- « On m'a confisqué mon téléphone ! »
Léonor leva les yeux au ciel.



Elle lui ouvrit donc, enfila son peignoir, téléphona à la compagnie de taxi, et attendit qu'il arrive jusqu'à son appartement. Une fois à sa hauteur, il lui fit un sourire crispé qui s'évanouit aussitôt et alla s'installer sur le canapé, après s'être ébroué.
- « Ne vous installez pas trop, on va venir vous chercher.
- « Oui bah en attendant, on a à parler, vous et moi.
- « Ah bon ? » Fit-elle en prenant place à ses côtés. « Je ne pensais pas vous revoir de si tôt, à vrai dire.
- « Beh comment ça ? On se rend pas visite, entre amis ?
- « Certainement pas à 2h du matin !
- « C'est à se demander qui est le vieux ici... »



- « Vous avez fini ? » Perdit patience Léonor.
- « Oh... Ca va...
- « Qu'est-ce-que vous voulez ?
- « Savoir ce que trame le vieux Faivre. »

Sa réponse surpris la jeune femme.
- « Comment ça ?
- « J'ai bien vu que y'avait un truc qui allait pas, et je sais qu'il vous a demandé quelque chose. J'aimerais savoir quoi. »

C'était donc ça le cirque de la dernière fois...

- « Et pourquoi je vous le dirais ? » Répliqua-t-elle en se reculant légèrement pour marquer son incrédulité. « C'est entre lui et moi. »
- « Pas tout à fait. Sa famille a une histoire particulière à Atlantys. Ca ne vous a pas échappé que malgré sa fortune, il ne logeait pas du même coté du pont que les autres « grosses » fortunes ? Vous ne voulez pas savoir pourquoi ?
- « …
- « Je m'en doutais.
- « C'est intéressant au moins ?
- « J'espère, sinon j'aurais attendu toutes ces années pour rien !
- « Mais... Mais vous ne savez rien ?
- « Je sais que la famille Faivre est aussi ancienne que la famille d'Atlantys mère, qu'il existe une rivalité très forte entre les deux, qui remonte d'aussi loin qu'on se souvienne... Euh... Je sais aussi qu'on ne sait pas d'où vient la fortune des Faivre, ni pourquoi, malgré leur rivalité, la famille d'Atlantys mère fait si grand cas d'eux. Je suis certain qu'un secret les relie, et pour bien connaître François Faivre, je le trouve très nerveux depuis quelques jours.
- « Si vous vous connaissez si bien, pourquoi ne pas le lui demander ?
- « Je l'ai fait et il m'a raconté un bobard.
- « Eh bien c'est qu'il ne veut pas que vous le sachiez. Donc c'est pas moi qui vais vous le dire.
- « Dites-moi au moins s'il y a un lien avec la famille d'Atlantys !
- « Y'en a pas vous êtes content ? Allez rentrez chez vous maintenant.
- « Vous êtes sûre ? Je l'aurais parié pourtant... » Ajouta-t-il bougon.
- « Eh ben ne jouez pas au poker !
- « Attendez !
- « Quoi ENCORE ?
- « Et vous... Vous allez bien ? »



Léonor ne répondit pas tout de suite, surprise par le changement de sujet. Elle savait qu'il était ici pour fouiner, mais elle savait aussi qu'il s’intéressait véritablement à elle.

Enfin j'espère sinon je suis une vraie gourde !

- « Ca va. Ca va mieux. »
Elle mourrait d'envie de lui dire qu'elle était sur le point de rencontrer Kérine Hébert, une probable maîtresse, qu'elle espérait mécontente, d'Edouard Plènozas. Mais quelque chose la retenait. Plusieurs, même. D'un côté, elle se méfiait de cet homme qui sous ses aspects idiot et maladroit cachait un esprit aiguisé et un sens de la manipulation hors pairs. Ensuite, elle avait peur de se faire de faux espoirs. Dans sa hâte de voir cloué au pilori cette raclure de Plènozas, elle avait peur de se monter la tête.
- « Et sur la rive droite ? Ca se présente comment ?
- « Pas très bien. Ils vont tenter d'imposer Damien des Plaines. Le soucis c'est qu'Edouard Plènozas s'est lancé dans une campagne quasi présidentielle et si les gens se laissent embobiner, j'ai bien peur qu'il soit élu. Surtout si François Faivre reste en retrait... Si seulement on avait des preuves sur son implication dans la disparition de Nyls d'Atlantys ! »
Léonor ne l'avait jamais vu aussi sérieux. Tellement de choses dépendaient de son entrevue du lendemain... Sans le savoir, tous criaient justice : Nyls, le quartier, et surtout, il y avait elle. Tout son être criait vengeance, et plus les heures passaient, plus elle avait envie d'en découdre.
Voyant qu'il ne tirerait rien d'elle, il baissa la tête, un demi-sourire vaincu sur le visage, et se leva. Léonor, malgré le feu intérieur qui menaçait de lui faire partager son exaltation, resta muette. Ils échangèrent un regard entendu et elle se leva à sa suite.



- « Au fait, fit-il sur un ton léger, quand on l'arrêtera, vous mettrez cette belle robe noire que vous venez d'acheter ?
- « De... De quoi ? » Demanda-t-elle en accélérant le pas pour le rattraper.







17 commentaires:

  1. Mais oui, de quoi ???

    Par contre j'ai un souci : J'ai retrouvé via l'activité dans quel chapitre on avait déjà entendu parler d'une Kerine. C'est le chapitre 10 que je voulais relire parce que je ne me souviens plus. Mais le chapitre 10 me met une error 404, c'est quoi ce bordel ?

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    1. http://ggof19.blogspot.fr/2011/12/10.html

      Et là ?

      Ça sous entend qu'il la surveille ;-)

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    2. Ah ben mince, mon commentaire était passé !
      Avec ton lien c'est bon, j'ai pu relire ce que j'avais oublié, merci :)
      Donc Kérine, c'est pas super répandu comme prénom... La Kérine de Nils est donc forcément la Kérine du Plénozas ! Roooh j'ai une hypothèse ! J'ai une hypothèse !!

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    3. Vas-y Noog! Donne-la nous! Ici tu peux, ceux qui arrivent là on déjà lu ;-)

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    4. Alors moi je dis que Plénozas a payé ou forcé sa Kérine pour qu'elle séduise Nils et pour le tuer. Comme ça il pouvait prendre la place d'héritier.
      Je suis sûre qu'en trouvant Kérine Léo aura le fin mot de l'histoire. Mais comme c'est jamais simple avec toi, je parie que Kérine est soit morte soit à l'autre bout du monde maintenant... :p

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    5. Intéressant ! ;-) Réponse à la prochaine MAJ! :-)

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    6. Demain matin à la première heure, donc ? :p

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  2. superbe épisode mais on avance toujours pas des masses dans le schmilblick tout de même ^^

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    1. Rooooo mais vous voulez la fin tout de suite c'est ça ?

      Merci quand même pour ton imptience ;-)

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  3. Voui voui voui, maintenant que tu nous as accroché, on reste curieux :P
    Bon, l'hypothèse de Noog est intéressante, mais elle suppose que le temps entre la relation Kérine-Edouard et Kérine-Nyls est court, car je vois mal un étudiant de bonne famille comme Nyls avec une couguar comme Kérine Hébert :P Mais effectivement, deux Kérine, ça serait étrange... Rah, j'ai hâte ! :P

    P.S. : oui, de quoi ? :O

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  4. Et pourquoi pas ? Si elle est douée, même les jeunes gens bien comme il faut pourraient tomber dans ses filets... Le frisson de l'aventure, tout ça... Et puis ça expliquerait pourquoi il ne l'a jamais présenté à personne ! ;)

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  5. On sait déjà que c'est pas une vieille bique! XD

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  6. Ouais mais elle doit avoir l'âge de Véra en gros, non ? Donc si Véra et Kérine draguaient le Plénozas il y a 15 ans, elle doit bien avoir dans les 35 balais, donc quand même bien plus vieille que Nils, qui doit être mort à quoi, 20 ans ? Je me trompe ?

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    1. Non c'est ça pour Kérine et Nyls avait 22 ans. :-)

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  7. Et bien c'est quoi cette farandole de femmes en petite tenue ?
    C'est pour attirer le lectorat masculin ? Non parce qu'entre Leonor qui décide de ce qu'elle va mettre et Vera qui répare la plomberie avec quasiment rien sur elle, y a de quoi faire :p
    Heureusement que l'histoire est bonne sinon on pourrait croire que tu es prête à tout !
    Bon prochaine étape, Sim City ? Depuis le temps qu'on en parle, on a hâte de voir !

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    1. Lol t'as raison j'ai pas mis les bonnes images en "bande-annonce" :-p C'était pas calculé, en fait ^^ Mais si ça me ramène des lecteurs, je prends quand même ! :-p

      J'espère que la suite va vous plaire ! *grin*

      Merci d'être passé ;-)

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