20.


Elle ne savait pas si elle avait été convaincante lorsqu'elle avait dit qu'elle avait besoin de se changer les idées... habillée comme elle l'était. Ses deux collègues avaient toutes deux levé les sourcils, s'étaient regardées, puis l'avaient regardée à nouveau, sans dire un mot. Léonor avait alors tourné les talons et pris sa voiture. Un coup d’œil dans le rétroviseur la rassura : le maquillage faisait vraiment des miracles. Le trajet fut rapide. En coupant le contact - et le sifflet du groupe qui chantait à la radio – elle se pencha sur le volant pour observer les alentours et remarqua que le parking était quasiment désert, probablement du fait de l'heure.



A peine fut-elle entrée que la barmaid l'interpella :
- « Bonsoir ! Bienvenue au Fever ! La maison vous offre votre première conso !
- « Merci, répondit-elle en se rapprochant pour se faire entendre, mais je cherche quelqu'un.
- « Ah, les deux seuls clients pour l'instant sont dans le salon, à votre gauche. On les voit d'ici. »



Elle tourna la tête et aperçut le policier en charmante compagnie. Elle remercia la jeune femme et se dirigea vers eux. En s'approchant, elle reconnu la belle rousse : il s'agissait de Véra Harflaural. Lorsque cette dernière s'aperçut de son arrivée, elle interrompit sa conversation en s'exclamant :
- « Mais c'est la patineuse étoile ! Dites ! J'attends toujours votre visite belle blonde ! »
Elle avait accompagné sa dernière phrase d'un beau sourire et d'un clin d’œil qui fit Léonor se demander si elle ne se faisait pas draguer...
L'accueil de Benoît Boyer fut moins enthousiaste :
- « Ah, vous vous connaissez... »
Le ton employé lui donna l'impression qu'il avait l'air de regretter. Cependant, Léonor n'eut pas le temps d'analyser car Véra enchaîna pendant qu'elle s'asseyait :
- « Pas beaucoup, malheureusement ! Elle ne m'a jamais rappelée  après m'avoir fait des avances plutôt musclées ! T'attache pas trop vite Ben, c'est une chauffeuse, termina-t-elle en fausse confession avec un sourire en coin. »
Silence.
- « On dit une « allumeuse » Véra.
- « Je suis sûre qu'elle a très bien compris, répondit-elle avec un air mutin. »



Le rouge aux joues, Léonor fut reconnaissante à Benoît de changer de sujet :
- « Euh... Elle est pas là pour ça. Elle enquête sur la mort de Nyls d'Atlantys.
- « Ah mais c'est vous alors dont tout le monde parle... dit-elle tout à coup très pensive.
- « J'imagine que oui.
- « Et vous en êtes où ? Vous approchez de la solution ? Demanda Benoit.
- « Je n'en ai pas l'impression. J'ai beau savoir des choses, il me manque des liens entre les pièces du puzzle. C'est pour ça que je suis ici.
- « J'ai bien peur de ne pas vous être d'une très grande aide. J'ai été viré le lendemain...
- « Ah bon ? Pouvez-vous me raconter ce qu'il s'est passé ?
- « La même chose que dans le rapport : on a reçu l'appel d'Irène d'Atlantys, je suis arrivé, j'ai rien vu de suspect, j'ai fait mon rapport, Nyls est mort sur le trajet, et le lendemain, j'étais viré. Voilà."

Léonor cligna des yeux.

Euh...




- « J'ai besoin de détails. Parce-que je trouve qu'il en manque pas mal quand même... Dans le rapport... Ahem... Sans vouloir... Bref. J'ai lu que vous étiez arrivé sur les lieux, que vous aviez fait le tour, que vous n'avez remarqué aucun signe d'effraction, et que tout ce que vous avec vu, c'était le corps de Nyls étendu dans l'entrée. Cela dit, rien n'est marqué sur le système d'alarme. Pourquoi n'a-t-il pas fonctionné ?

- « Ah oui. Ils en ont déduit que l'agresseur était entré en même temps que Nyls, qui avait bien évidemment la clé de chez lui.
- « Je voudrais savoir si quelque chose vous a dérangé, ce soir là. Est-ce-qu'il y a quelque chose qui a attiré votre attention, ne serait-ce qu'une seconde, quelque chose qui vous a semblé anormal ? »
Benoît réfléchit. Après quelques secondes, il pencha furtivement la tête sur le coté en haussant les épaules :
- « Y'a bien un truc qui m'a dérangé, mais à mon avis, ce n'est pas ce genre de détail que vous attendez...
- « Dites quand même.
- « Je vous préviens, vu les circonstances, c'est pas très glorieux...
- « Dites quand même, le pressa la jeune femme.
- « Ok, ok... Ce qui ma dérangé, c'est le fait de voir que les ambulances étaient toujours plus rapides quand il s'agissait de s'occuper du gratin. Voilà. Sur le coup ça m'a énervé, parce-que quelques semaines avant, elle avait mit 3 plombes à arriver, alors que là elle avait battu des records de vitesse... »
Léonor ne pu empêcher sa mine renfrognée de prendre son visage d'assaut.


Bon, c'est sûr, c'est pas la frustration de la rive gauche qui... Une petite minute...

- « Mais... l'hôpital n'est pas dans la zone commerciale ?
- « Si. 
- « Mais alors comment a-t-elle fait pour arriver en même temps que vous ? C'est bien ça non ? C'est ce que m'a dit Irène d'Atlantys. Vous étiez où, au moment de l'appel ? Dans la zone commerciale ?
- « Non, j'étais sur la rive gauche... C'est vrai que c'est étrange. Peut-être qu'ils étaient dans le coin...

- « Peut-être qu'il aurait fallu poser la question... accusa-t-elle. »




- « Mais enfin ! On dirait qu'avec vous, tout le monde est coupable ! Si on commence à suspecter les ambulances ! »
Léonor haussa les sourcils.
Benoit semblait également surpris pas le ton vif de son amie, mais pas autant que la jolie rousse qui semblait étonnée d'avoir parlé à voix haute. Gênée, elle articula faiblement : 
- « Excusez-moi... Je... Pardon.. »
Elle s'était levée et était partie en direction du bar pour disparaître dans les escaliers.





C'était quoi ça ? ...


Pensive, Léonor allait se retourner vers Benoit lorsqu'une silhouette familière fit son apparition.

Ooohhhh... Mais on peut pas être tranquille !


Elle se tourna alors vers l'ex-policier :
- « Excusez-moi, je reviens.
- « Retrouvez-moi en haut après, on s'entendra mieux. »




- « Mia... Alors comme ça je suis en liberté surveillée ?
- « Tu es vraiment surprise ? Dis-toi qu'il vaut mieux que ce soit moi que Kathrin... répondit la jeune femme en souriant.
- « C'est bon, tu peux rentrer, il n'y a personne à importuner.
- « Pour l'instant. Mais si tu te tiens tranquille, tu ne t'apercevras même pas de ma présence. C'est promis.
- « Ça va être difficile avec si peu de monde. 
- « Ecoute Léo... C'est vraiment chaud pour toi. Suite à ton escapade, Kathrin a reçu un appel du chef de la police qui t'a littéralement bannie du cercle VIP, si tu vois ce que je veux dire. Si tu en approche un seul, que ce soit un Plènozas, un Ladopthé ou un Atlantys-de Rivières, ils attaquent l'agence.
- « Bah ça va ! Ce n'est que les ¾ de la rive droite ! Je peux faire avec le reste! Ironisa-t-elle. J'espère quand même que vous êtes bien conscientes que si tant de monde est mécontent, c'est que je suis sur la bonne piste. Il nous faut Plènozas.
- « Oui, ne t'inquiète pas. Mais... Mais ce n'est pas vraiment ça le problème... Tu le sais non ? »



Léonor observa sa jeune collègue. La tendresse qui émanait de son expression balaya l'agacement qui venait peu à peu s'infiltrer en elle.
- « Oui, je sais, souffla-t-elle. C'est le conflit d'intérêt avec Ryan qui s'est lié d'amitié avec la famille Atlantys – des Rivières. »
Mia hocha doucement la tête. 
Ses oreilles se mirent à bourdonner. La tête comme dans du coton, elle vu s'animer la bouche glossy qui lui faisait face sans percevoir les sons qu'elle émettait. Quelqu'un avait-il monté le volume de la musique ? 
Peu importe où elle regardait, elle voyait un problème. La seule façon de s'en sortir, c'était de procéder par ordre. Et même si la tâche lui paraissait colossale, elle ne pouvait pas rester dans ce carcan d'angoisse à regarder sa vie voler en éclat. Le cœur battant au rythme des basses tranquilles, elle avait fait son choix :

- « Je vais me tenir tranquille Mia, c'est promis."

Cette phrase raisonna longtemps en son sein tandis qu'elle gravissait les marches pour se rendre à l'étage et que l'avertissement de sa collègue tentait encore d'atteindre son but : sa raison. Car elle avait bien reçu le message, même si c'était ses yeux qui l'avaient capté : 

" Ne force pas ta chance Léo. Rentre. Tu sais que si tu continues, tu vas le regretter."



Elle retrouva l'ex-policier dans un petit salon. 
- « Vous me disiez donc que l'ambulance était arrivée un peu trop vite à votre goût. 
- « Nan mais c'était surtout le contraste avec la fois d'avant qui m'avait fait râler. J'imagine qu'elle était dans le coin... 
- " Y'avait un médecin à bord ?
- " Oui. Romin des Plaines.
- "Il fait encore des gardes de nuit à son âge ?
- " Euh.. Ben c'est vrai que c'est assez rare... Et que ça faisait longtemps que ça n'était pas arrivé. A la réflexion, je me demande même si je l'avais déjà vu dans une ambulance."
Léonor fronça les sourcils. Elle ressentit une sensation famillière dans ses tripes : 

Y'a quelque chose qui va pas... Romin des Plaines... Le seul que je n'ai pas vu, et qui pourrait lier Nyls à Plènozas.

Elle imagina alors un vieil homme au visage sans trait et en blouse blanche s'en prendre à l'héritier, se cacher pendant quelques instants et revenir avec l'ambulance.
- " Vous avez vu le docteur des Plaines descendre de l'ambulance ?
- " Euh... Non, je ne crois pas... j'étais à l'intérieur quand il est entré."
Il lui fallait donc déterminer s'il était arrivé avec les secours, dont les membres pouvaient être de potentiels complices, ou s'il avait agit seul.
- " Vous connaissez les noms des ambulanciers qui étaient là ce soir là ?
- " Non, c'était deux nouveaux."
La tête de la jeune femme pencha sur le coté d'un air consterné.

Ils étaient donc plusieurs.

- " Vous avez des contacts encore, j'imagine.
- " Euh... Oui...
- " J'ai besoin de la transmission détaillant le transport de Nyls à l’hôpital. Ils me faut leurs noms."

S'ils ne sont pas faux...

- "Je verrai ce que je peux faire."
Un silence s'ensuivit. Machinalement, la jeune femme se mit à faire tourner son alliance, les yeux dans le vague. Benoit s'en aperçut et poussa un petit soupir.
- « Il vous aime, Léonor. Il va finir par revenir, une fois l'orage passé. 
- « Comment pouvez-vous en être aussi sûr ? Demanda-t-elle faiblement, le regard toujours absent.
- « Parce-qu'avant ce malheureux épisode, il me parlait de vous avec beaucoup de tendresse et d'admiration. Il m'a parlé des cas que vous avez résolu, et franchement, on aurait dit un vrai fan. Et croyez-moi, je ne vous connaissais pas, et pourtant je mourrais d'envie de vous rencontrer pour que vous me parliez de toutes ces enquêtes. Surtout que maintenant, je dois me contenter de regarder la télé, finit-il nostalgique.
- « C'est gentil, mais je ne me fais pas d'illusion. Il n'était pas heureux. Enfin... Je pense qu'il commençait à le redevenir, avec son poste dans l'équipe d'Atlantys, mais j'ai tellement été absente... Même si ça allait mieux ces derniers temps, ça n'efface pas tous ces moments où notre relation était à sens unique, et je le paie aujourd'hui. On ne peut pas aimer quelqu'un d'aussi égoïste que moi. C'est pas possible. »
Des larmes menacèrent de jaillir alors elle baissa rapidement la tête en faisant son possible pour les retenir.
- « Faites ce que je vous dis. Laissez passer un peu de temps. Profitez-en pour réfléchir à ce que vous pouvez faire pour ne pas recommencer les mêmes erreurs. »



Léonor était touchée. Décidément, elle était entourée de gens bienveillants. Elle releva alors la tête et lui sourit en signe de gratitude.



Il avait alors pris congé, et elle avait du sortir à l'air libre pour dissiper une sensation nauséeuse qui lui serrait la gorge de plus en plus souvent. Quoi de plus normal avec tout ce qu'il se passait ? En effet, Benoit avait eu des paroles rassurantes, mais il ne savait pas qu'ils étaient déjà passés par là. C'était déjà une seconde chance. Et elle l'avait manquée. Elle était retombée dans ses travers, le laissant seul au moment où il avait l'opportunité de renaître. Le sport, c'était toute sa vie. C'était ce dans quoi il existait. Sa blessure l'avait meurtri non seulement physiquement, mais aussi au plus profond de son être. Elle l'avait vu, quand le médecin lui avait annoncé qu'il y avait peu de chances qu'il retrouve son niveau. Elle avait vu son visage peu à peu se transformer, au fur et à mesure des entretiens avec les différents clubs, qui lui faisaient comprendre qu'ils n'investiraient pas dans un joueur blessé. Et elle l'avait aussi vu pleurer, en cachette, quand il se rendait compte que malgré ses efforts lors des séances de rééducation, sa jambe lui faisait encore un mal de chien dès qu'il forçait un peu. 
Et puis Louis était arrivé. 
Et puis elle avait commencé à avoir du succès dans son travail, et donc à être de moins en moins là. Alors Ryan s'était retrouvé seul, à la maison, avec un bébé qui était devenu pour lui la seule raison de se lever le matin. La seule raison pour lui de sourire, de sortir, puis de s'en sortir. Quelle force il avait du lui falloir pour continuer ses entraînements quotidiens, alors qu'il savait que chaque jour qui passait l'éloignait un peu plus d'une réintégration au sein d'une équipe professionnelle. Et finalement, son acharnement, alors qu'il avait perdu tout espoir, avait fini par payer. Son corps avait cicatrisé, le soignant tout entier. Et il avait fallu qu'elle le poignarde dans le dos. Qu'elle trahisse les personnes qui l'avaient aidé à guérir. 






Mais c'était pour la bonne cause, s'était-elle dit à ce moment là. Elle avait placé les intérêts d'inconnus avant ceux de sont propre mari, qui avait tant donné pour que leur famille survive.
Les yeux pleins de larmes, Léonor secoua la tête d'un air las.



- « Léo ? Mais qu'est-ce-que tu fais dehors par ce froid ? »
La jeune femme détourna rapidement la tête pour masquer son visage et croisa les bras sur sa poitrine, autant par réflexe que pour garder une contenance.
- « J'avais chaud, répondit-elle en reniflant.
- « Allez viens, on rentre, dit Mia, loin d'être dupe.
- « Je te rejoins dans deux secondes.
- « Je t'attends en bas. »
Une fois que la jeune fille eu passé la porte, Léonor entreprit de faire une retouche maquillage pour estomper les dégâts causés par ses larmes. 
Ce n'est qu'à ce moment là qu'elle se rendit compte qu'elle était transie de froid.
Lorsqu'elle pénétra à son tour à l'intérieur, la chaleur lui fit l'effet d'une chape de plomb sur la tête qui la mit dans un état second et la fit rêver de se retrouver au chaud dans son lit. C'est dans cet état qu'elle reçut la plus grosse gifle de sa vie.



La scène la percuta et faillit la faire tomber à la renverse. Ryan était là, à l'entrée du Fever, beaucoup trop près de la si peu vêtue Véra Harflaural. Figé, le tableau était d'une violence inouïe. La rousse incendiaire avait l'air de susurrer quelque chose à son mari, qui n'avait pas l'air gêné par la promiscuité que la jeune femme avait l'air de vouloir créer. Mais qu'est-ce que cela voulait dire ? 
Léonor avait du avoir un moment d'absence puisque lorsqu'elle revint à elle, Ryan lui faisait face.



- « Léonor, tu m'entends ? »





Elle se vit brièvement hurler, crier, pleurer, le frapper de ses poings, lui cracher « Oh, mais comment as-tu pu me faire ça, à moi ? »...



Mais en fait, elle n'avait pas bougé. Sans un mot, elle baissa la tête et passa son chemin.
- « Léonor! Perçut-elle, de loin, très loin »
Elle était déjà ailleurs.



Il la suivait cependant, l'appelant et lui intimant de l'attendre. Mais elle ne l'entendait pas. Ou ne voulait pas l'entendre. Car sinon, pourquoi était-elle si pressée de partir ? Pourquoi sa hâte l'empêchait-elle de mettre la clé dans la serrure ? Pourquoi ses doigts étaient-il si froids, si engourdis, si maladroits ?



Si bien qu'il finit par arriver à sa hauteur :
- « Léonor... Dit-il finalement adouci. »
Mais elle eut un mouvement de recul. Ce type n'était pas celui qu'elle aimait. Parce-que celui qu'elle aimait, ne se serait jamais laissé approcher de la sorte. A l'université, il prenait bien soin d'éviter tout contact inutile avec les autres filles. Il ne permettait aucune ambiguïté. Parce-qu'il était à elle. Parce-qu'il l'avait choisie, elle. Parmi toutes les autres. Et il y en avait beaucoup, des autres. Alors que s'était-il passé ? Pourquoi tout à coup cette fille avait pu passer cette barrière ? Tout ça parce-qu'ils avaient des problèmes en ce moment ?
- « MAIS C'ETAIT HIER!!!! S'entendit-elle hurler. »
Evidemment, il ne comprit pas puisque le monologue précédent était intérieur. Alors elle compléta :
- « Tu es parti HIER! Et tu vois déjà quelqu'un d'autre ? Véra Harflaural en plus !!
- « Quoi, « Véra Harflaural en plus » ? A elle aussi tu as violé sa vie privée ? »
Léonor ne sentit pas sa main partir. Elle allait lui donner une gifle, mais il ne la laissa pas faire. Il para son coup et lui maintint le poignet.
- « Ah non ! C'est hors de question ! Pas après tout ce qu'il s'est passé. Tu n'as pas le droit! »
Son regard n'avait plus une once de douceur et lui transmettait à présent toute sa rage :
- « Ok, je suis désolé que tu ais vu ça, surtout que ça ne reflète pas du tout la réalité...
- « Ne me prends pas pour une conne ! Coupa-t-elle. Tu n'as jamais permis à personne de se frotter à toi comme ça ! Continua-t-elle en essayant de se dégager.
- « Je sais, j'aurais pas du ! Mais il ne s'est rien passé, et il ne se passera rien ! C'est juste une amie et c'était un geste de réconfort, c'est tout.
- « Une amie ? Véra Harflaural ?!
- « Arrête avec ça ! Peut-être que si t'avais été moins occupée par ta petite personne tu aurais su qu'on se voyait de temps en temps. »
Elle prit l'attaque en pleine face. C'était une chose de se faire des reproches à soit même, s'en était une autre de les entendre prononcés par la personne qu'on aime. Sa colère vacilla et sa tristesse reprit le dessus. Elle sentit alors la poigne de Ryan sur son avant-bras et articula péniblement :
- « Tu me fais mal... »
Il relâcha instantanément sa prise en disant:
- « Pardon. »
Après quelques secondes, il continua :
- «  Je voulais juste m'excuser pour ce que tu as vu, et m'assurer que tu avais bien compris : je ne suis pas parti pour une autre, je suis parti à cause de toi. Tu m'as menti, tu as trahi ma confiance et failli me faire perdre ce que j'avais mis tant de temps à retrouver. Ils n'ont pas l'air au courant de la mise sur écoute, et je te jure qu'il y'a intérêt à ce qu'ils ne l'apprennent jamais. »
Il marqua une courte pause puis explosa :
- « PUTAIN mais... LEONOR ! Tu te rends compte un peu de ce que ça m'a fait ?! »
Elle était incapable de prononcer un seul mot. Rien de ce qu'elle aurait pu dire n'aurait pu justifier ses actes.
- « Pourquoi tu ne m'as rien dit ?! Enchaîna-t-il. Pourquoi tu m'as pas dit qu'ils étaient suspects au moment de l'invitation à dîner ? J'étais un appât en fait, c'est ça ? J'étais un putain d'appât ?! J'étais ta porte d'entrée dans leur monde ?! POURQUOI TU REPONDS PAS ?!! »
Sa voix avait légèrement déraillé sur ces derniers mots. Il avait mal. Et cela renferma davantage la jeune femme dans son mutisme.
- « Tu ne nies pas..., dit-il en reniflant... C'est bien... J'suis content de savoir qu'après toutes ces années, tu me considères autant... Franchement Léonor... C'est juste impardonnable. »
Il tourna alors les talons et la laissa seule, contre la carrosserie glacée de sa voiture.



Tremblante, elle finit par réussir à se mettre au volant de son véhicule. Elle se sentait vide, sans énergie.  Elle se rendit compte qu'elle grelottait. Elle devait certainement avoir froid. Mais elle ne sentait plus rien. Plus rien du tout. Elle se dit même qu'elle était étonnamment calme. 
Sans vraiment chercher à comprendre, elle mit le contact, fit demi-tour et lança la voiture en direction de la maison. Alors qu'elle enclenchait la 3ème, sa main gauche vint se poser en haut du volant. L'or de son alliance scintilla avec l'éclat de la lune, et elle trouva ça joli. Si joli qu'elle n'arrivait pas à la quitter du regard. Une image s'imposa alors à elle.

C'était la première fois que son cœur avait menacé de sortir de sa poitrine. Pile à ce moment là : elle était collée à lui, maintenue par ses deux bras forts, et elle s'était sentie captivée par ses yeux bleus. Elle n'aurait pas été si réservée, et si troublée, elle se serait jetée sur sa bouche qui semblait l'appeler de toutes ses forces. Elle aurait passé sa main droite dans ses cheveux, les aurait agrippés, tandis que sa main gauche l'aurait davantage pressé contre elle. Elle le désirait comme une folle qu'elle avait eu l'impression d'être. L'instant d'avant, il la tenait simplement dans ses bras, en toute innocence et en toute amitié. Une seconde avait suffit à tout changer. Une seule. Mais elle n'en avait jamais pris conscience, jusqu'à... Jusqu'à aujourd'hui. 



Jusqu'à ce qu'elle le voit dangereusement proche d'une autre. Ce n'était pas grand chose, comme ça. Mais maintenant, elle savait que cela pouvait aller très vite, et qu'un seul effleurement, un seul chuchotement, pouvait suffire à tout changer. Cette dernière image était pour elle un enfer. Elle se sentait dévorée par la jalousie, les remords, la colère, la tristesse. Son regard s'était brouillé sans qu'elle ne s'en rende compte, et la douleur de la scène qui repassait en boucle dans sa tête lui fit pousser un hurlement aussi fort que soudain, aussi désespéré que brisé. Ses pleurs lui secouaient le corps et lui inondaient le visage. Elle ne voyait rien. Elle tenta de s'essuyer les yeux, mais c'était peine perdue car ils renvoyaient autant de larmes que celles chassées par le revers de sa main. De plus, ils la brûlaient atrocement, si bien qu'elle avait beaucoup de mal à les ouvrir. Lorsqu'elle se décida à s'arrêter pour reprendre ses esprits, il était déjà trop tard.



La route verglacée était en pente, et Léonor se situait à l'entrée d'un virage. Surprise, elle donna le coup de frein interdit qui fit déraper son véhicule hors de la voie, heurter un obstacle et faire plusieurs tonneaux avant de venir s'écraser contre un sapin dans un bruit assourdissant de tôle froissée et de verre brisé.

11 commentaires:

  1. Haaaaaaan ! Ce que je redoutais ! Depuis plusieurs chapitres, vu l'état de Leonor, je le sentais venir, je craignais que ça n'arrive ! :O
    Bon, maintenant deux solutions : soit elle ne s'en sort pas, soit elle se réveille bien après les faits, et retrouve l'enquête clôturée comme "suicide". Enfin, point "positif", cet accident fera (peut-être) revenir Ryan à ses côtés... :(

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  2. ...personnellement, là, à sa place, je dirais m***e à la patronne et je récupérerai mon homme...quitte à devenir femme au foyer : elle veut le bonheur de Ryan, non ? faut y aller !

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  3. C'est pas humain un suspense pareil... tu es vraiment pas gentille du tout GGOf

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  4. Mathoo : T'as pas tort "mais"................. XD

    Saku : là je crois qu'elle a un autre chat à fouetter, là, tout de suite ! Un sapin ^^

    Pythoroux : je suis très vilaine, j'avoue XD

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  5. Ou sinon quand elle se réveille, elle est dans la 4ème dimension et elle doit s'occuper d'un type qui s'appelle Lorenzo ....
    Ou alors dans Atlantys mais en version 4...

    Bon j'arrête de plaisanter. Passons aux choses sérieuses !
    C'est quoi ce bordel ? Pas étonnant qu'elle soit tout le temps en colère la pauvre Leonor. Et il est vraiment pas malin le Ryan. Il a qu'à rester dans son coin tiens !
    Il trouve que Leonor est égocentrique mais lui alors. Comment il ne peut pas comprendre qu'elle ne fait que son travail. Il aurait du se douter qu'elle soupçonnait un peu tout le monde. Et maintenant il est vexé... Le pauvre chou.
    Il a intérêt à bien de rattraper celui là !
    En plus on dirait qu'il a raconté des choses à Vera, vu sa réaction violente avec les ambulances. A moins qu'elle n'ait quelque chose à se reprocher !

    Je me doutais un peu de la suite des événements quand tu as commencé à parler de son alliance mais ... ça fait quand même quelque chose !

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  6. lol!

    Je suis étonnée vous la défendez vachement Léonor... Je dois bien faire mon travail alors... ^^ J'attends quand même ce va dire Noog'...

    Tant mieux ! XD

    Merci de commenter comme tu le fais :-)

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  7. Lol Noog' elle dit qu'elle est toujours du coté de Ryan, désolée :p
    Je reste toujours sur ma première idée, il fallait qu'elle laisse tomber tout ça pour sauver sa famille, c'est quand même beaucoup plus important qu'un meurtre que quelqu'un d'autre pourrait résoudre à sa place, après tout, non ?
    Etant donné que tu n'a pas écrit "FIN" en bas de ce chapitre, je suppose qu'elle n'est pas morte (tant mieux, hein ^^) mais si elle s'en sort elle risque d'être pas mal amochée, autant physiquement que mentalement, et ça va peut être enfin remettre les pendules à l'heure et les priorités dans le bon ordre... Mais ma grande question maintenant est : Est-ce que le bébé va survivre, lui ???

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    1. Mais comment t'as su qu'il y avait un bébé ? j'ai loupé un truc ou quoi ? ^^

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    2. Je t'ai répondu au chap 16 ;-)

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  8. Jl'e savais ! T'es une dure à cuire, Noog'! Je savais que tu ne te laisserais pas attendrir longtemps ! lol

    Je suis contente que les avis soient partagés. :-)

    Bon bah... Y'a plus qu'à attendre la suite alors! ^^

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  9. Ouais, la guimauve ça va bien 5 minutes, hein... :p
    Et donc, cette suite ? C'est pour quand est-ce ? Nan parce que mine de rien, on attend nous, là !

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