mercredi 24 septembre 2014

0.5










Le soleil tapait encore drôlement fort pour cette heure de la journée. Ses joues commençaient à s'échauffer, mais la température extérieure n'avait rien à voir avec son trouble.

Elle avait revu le jeune homme à diverses reprises depuis leur rencontre à la boutique de vêtements, et elle en savait un peu plus sur lui. Ainsi, elle avait pu apprendre qu'il n'était pas réparateur de piscine. Enfin... pas uniquement. Il était avant tout lycéen, comme elle, dans le lycée public d'Oaz', pas comme elle, et avait un job "étudiant" qui lui faisait accessoirement réparer des piscines, pas comme elle non plus. Au final, ils n'avaient pas grand chose en commun. Et pourtant... Pourtant, elle se sentait attirée par lui par une force qu'elle aurait pu qualifier de surnaturelle si son esprit n'avait pas été si cartésien. 

Non poulette, ce sont juste les hormones... C'était-elle reprise.




- « J'espère que t'as faim, dit-il lorsqu'elle arriva à sa hauteur. Je crois que j'ai vu un peu large pour les quantités.
- « HuHum... »

Lin devait bien avouer qu'elle était déçue. C'était leur premier rendez-vous nocturne, celui qui était sensé dénoter de ceux où ils dégustaient simplement des verres de citronnade à une terrasse d'un café, et ni les hamburgers, ni le mobilier basique en bois ne respirait le romantisme auquel elle aspirait tant pour cette soirée.



Néanmoins, elle fit contre mauvaise fortune bon cœur et décida de profiter de son ami qui avait quand même l'air de s'être donné du mal pour cuisiner ces 150 – au moins – Hamburgers. Une sueur froide lui avait parcouru l'échine à cet instant : ils n'allaient quand même pas être plus de 2, quand même... ?
Le cœur battant à l'idée de se retrouvée au milieu d'une bande d'inconnus à devoir partager l'attention de Daniel, elle entendit à peine le compliment, qui la ramena tout de même à elle :

- « Tu es vraiment très jolie... »



- « Merci... Mais tout le mérite revient à Maria. C'est elle qui m'a conseillée pour ce soir... Elle sait comment s'y prendre pour rendre une fille jolie, elle s'entraîne tous les jours !
- « Je n'ai pas dit que je te trouvais jolie juste ce soir... »

La jeune fille sentit ses joues s'enflammer de nouveau.



Déstabilisée, et un peu malgré elle, elle détourna le regard, faisant semblant d'apprécier le paysage.



Et c'est seulement à cet instant qu'elle remarqua que la couleur de l'eau prenait un bel aspect turquoise sous la lumière de la Lune.



L'Astre, quant à lui, était là, encore bas dans le ciel et lové dans les nuages. D'ordinaire, elle se serait laissée aller à la contemplation, à son imaginaire qui l'envoyait régulièrement fouler le sol du satellite. Mais ce soir, elle rêvait d'autre chose. Pour la première fois, il y avait plus important que les étoiles. Pour la première fois, son cœur s'emballait pour autre chose qu'une science froide et mystérieuse.
Le romantisme qu'elle appelait de toutes ses forces quelques minutes plus tôt était là, les enveloppant tous les deux dans un cocon si confortable et si instable à la fois... Elle avait l'impression qu'un seul battement de cils pouvait balayer cet instant et interrompre ce lien silencieux qui semblait se tisser. Elle en retenait même sa respiration.

- « Allô la Lune ? Ici Oaz'... Dit-il d'une voix douce."



- "T'étais loin, non ?
- "Pas tant que ça."



Son souffle retrouvé, elle s'aperçut que sa crainte était fondée : il avait reculé son visage de quelques centimètres, distance minime mais suffisante pour rompre le charme qui s'était installé.
Alors qu'il se tournait pour attraper les sandwichs, elle ne put retenir un petit soupir désappointé.



La conversation n'en fut pas moins joyeuse et légère, les amenant à se taquiner à qui-mieux-mieux.


Et puis petit à petit, ils arrivèrent de nouveau à cette distance intermédiaire, entre l'échange amical et le contact amoureux. 



Cette frontière si ténue, à peine palpable, qui donne l'impression d'être un funambule. Si peu propice aux paroles, et pourtant le moment des confidences...
- « … parents m’emmenaient souvent ici avec ma sœur quand on était petits... »



- « Mais c'était bien avant qu'ils changent... Après le décès de ma plus jeune sœur, Silvia, toute notre vie a basculé. Mes parents se sont métamorphosés, et ma mère m'a tout simplement tourné le dos quand l'assistante sociale est venue nous chercher...  Mon père, lui, me broyait le bras pour m'empêcher d'aller vers elle. C'est nous qu'il aurait du protéger. Pas elle.»



La détresse de Daniel frappa Lin de plein fouet. C'était ça qu'elle ressentait chez lui ? La faille béante qui lui déchirait le cœur ? 
Tout à coup, elle n'aspirait qu'à une chose : l'apaiser. Elle voulait qu'il retrouve un sentiment de sécurité, et elle voulait que ce soit à ses cotés. Elle voulait le prendre dans ses bras.

- « Tu as froid ? »


La question la prit une nouvelle fois au dépourvu, toute à ses pensées. Mais en effet, elle tremblait.
Sans attendre de réponse, il passa un bras autour de ses épaules et l'attira contre lui.



Il lui frotta doucement le dos, rapprochant son visage du sien, millimètre pas millimètre. Alors que leurs fronts allaient entrer en contact, il dit :



- « J'avais pas pensé à te prévenir... Il y a du vent ici le soir...
- « C'est pas grave... »

Elle lui offrit un sourire chaleureux, qu'il vit à peine puisqu'il tournait déjà la tête. Lin ne put s'empêcher de maudire intérieurement l'air qui s'était immiscé entre eux... Avide de contact, elle eut l'impression qu'on lui frappait le ventre quand elle vit une lueur étrange dans les yeux de l'adolescent et qu'il prenait de nouveau ses distances.
Interdite, elle le regarda se diriger vers la rambarde.



Ne le voyant pas revenir, elle décida de le rejoindre, perplexe.

- « Quelque chose ne va pas ? Demanda-t-elle une fois à sa hauteur.
- « J'en avais jamais parlé à personne. Ça fait presque 4 ans que je fais comme si de rien n'était. Pour ma sœur. Si je m'effondre, elle ne s'en sortira pas. J'ai toujours été un tuteur pour elle. Donc je dois aller bien. A force, j'ai l'impression que je m'en suis persuadé, d'ailleurs. Notre famille d'accueil est géniale, j'ai un boulot qui me plaît, à l'école ça se passe pas trop mal... Mais en fait... Quand j'ai vu ton regard horrifié par ce que je t'ai raconté, ça m'a rappelé ce que je ressentais. Ça m'a rappelé ce que je ressens, tout au fond. De la colère... Non... Pas de la colère... De la haine... »


Au fur et à mesure qu'il parlait, la gorge de l'adolescente s'était serrée, l'empêchant d'émettre un son... Elle aurait tellement aimé lui dire des paroles rassurantes... Alors, à défaut, à peine eut-il terminé sa phrase qu'elle lui attrapa doucement le poignet pour le tourner vers elle et se jeta contre lui.



Elle le pressa contre elle, espérant lui apporter un peu de réconfort. Il y répondit, mais toujours dans la retenue.

- « Tu ne m'as pas laissé finir... Ça m'a rappelé aussi d'où je viens. Nous ne sommes pas du même monde. J'habite chez les Calcuta mais je viens des Terriers. Où tu crois que je retournerai l'année prochaine ? Une fille comme toi n'a rien faire av.... »

    Tais-toi... tais-toi tais-toi tais-toi...


    Alors qu'elle pensait l'avoir dit à voix haute...

















    Quand elle jugea que son attention lui était acquise, elle posa légèrement ses mains sur le bassin de Daniel et s'écarta légèrement, retardant le maximum le moment où leurs lèvres ne seraient plus en contact.
    Les yeux dans les yeux, elle trouva le courage d'expliciter son geste, même si le fait qu'elle tortillait ses doigts traduisait sa nervosité :



    - « Je m'en contrefiche, Daniel. On ne sait pas ce qu'il peut se passer dans un, deux ou trois ans. Ce que je sais, c'est que tout de suite, j'éprouve des sentiments très forts pour toi. Tu crois que ça ne me fait pas peur ? Moi, j'ai l'habitude de tout maîtriser. Or, quand il s'agit de toi, je ne contrôle plus rien. C'est tout nouveau pour moi. Peut-être que toi tu as l'habitude, les sentiments, tout ça, pas moi ! Tout ce que je sais, c'est que maintenant, j'ai envie d'être avec toi, peu importe d'où tu viens et où tu comptes aller. Tant qu'on peut continuer à se voir, j'm'en fiche ! Bon ! Et maintenant, je me demande si je me suis pas un peu emballée car vu ta tête, j'ai comme l'impression que tu te demandes ce que je raconte et... »








    Dieu merci il m'a coupé la parole...



    Lin eut tout à coup envie de pleurer... de soulagement. C'était tellement agréable ! Après cette soirée interminable où elle avait été si proche de lui sans pouvoir se laisser aller. Toujours maintenir cette distance réglementaire tant que l'on a pas LE signal... Pourtant, sans trop savoir ce qu'elle faisait, elle avait eu l'impression d'être un gyrophare tant elle était en demande de contact. Et après qu'il lui eut fait miroiter deux fois le fameux premier baiser avant de lui balancer ce qu'elle avait ressenti comme un seau d'eau froide sur la tête, elle y était enfin, au creux de ses bras et sur ses lèvres. C'était si doux... Si tendre... Elle crut tout d'abord que son cœur allait exploser...



    Mais il tint bon, lui permettant de profiter de ces nouvelles sensations jusqu'au petit matin, laissant la Lune emporter leur amitié et le Soleil éclairer leur amour naissant.











    8 commentaires:

    1. Awwww :3

      J'ai fondu, tellement fondu <3
      C'est magique ! et la lecture ici avec ces si grandes images ça décuple tout.

      Et waou, la dernière image, la dernière phrase, au millimètre, c'est parfait !

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    2. Merci beaucoup beaucoup beaucoup Saku ;-)

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    3. Ouuuuh, ça sent la guimauve par ici ! ^^
      Ils sont mignons tout plein tous les deux ! Enfin j'ai bien cru que Daniel allait continuer son petit jeu longtemps et que Lin allait devoir rentrer le coeur dans ses chaussettes...
      J'adore comment tu arrives à interpréter et exploiter dans ton texte les sentiments des sims sur les images. :)
      Et c'est vrai qu'avec les grandes images, y a pas photo ! :)

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      1. Ah ! Je me demandais quand on allait me le sortir, ça XD Je pensais pus à Noogatine ou Fanfan XD
        Ah oui nan mais Daniel vivait son petit monologue intérieur, aussi, faut pas croire "Oui... Non... Oui...Non...Oooooohhhh...Ah oui ? Bon bah..." XD
        Quant aux images, y'a pas à dire, j'adore ce jeu !!
        Merci pour ton message :-D

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    4. Je reste scotchée, la description de l'instant est magique, les images sont si belles et accompagnent le texte si bien... :)

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    5. Owh ! J'en ai encore la bouche ouverte haha !
      Tellement magique et si doux, si beau !
      Et les images, succulente !

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      1. Ça me fait vraiment plaisir quand ça vous touche comme ça :-D Merci !

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