Nadia 6.






Plusieurs jours étaient passés depuis qu'ils s'étaient quittés. La vie avait repris son cours, la ballottant de l'école au travail en passant par les interminables repas « familiaux ».
Depuis leur dernière entrevue, elle ne pouvait s'empêcher de jeter un regard à sa maison à chaque fois qu'elle passait devant. Ce qui arrivait relativement fréquemment puisque l'arrêt de bus se trouvait juste à côté.
D'ordinaire, son attention ne durait que quelques secondes, le temps qu'elle dépasse le domicile de Django et que ses pensées se tournent vers l'époque où elle vivait encore avec son frère dans le pavillon voisin.
Or, ce soir, là, sûrement avec le concours d'une fenêtre ouverte, des éclats de voix lui parvinrent. Elle reconnut celle de l'adolescent, et ne put s'empêcher de s'approcher pour entendre de quoi il était question.



- « … traînes dehors, on ne sait pas où tu es ! Tu as pris des engagement, mon garçon, et j'entends que tu les respectes ! »

La voix était grave et marquait la colère d'un homme. Celle de Django lui répondit :

- « J'ai pris des engagements ? J'AI pris des engagements ? Je ne m'en souviens pas ! Par contre, je me souviens que tu nous as amené dans ce trou et que je me suis retrouvé dans cette section sans que tu ne me demandes si c'était ce que je voulais !
- « Quel petit ingrat tu fais ! C'est la chance de ta vie ! Tu... ! Tu... ! Tu imagines le nombre de garçons qui voudraient être...
- « Oh ça va ! Pas ce discours là... C'est pas une chance, Papa, quand ce n'est pas ce qu'on veut.
- « Ne me parle pas sur ce ton ! De toute façon, tu n'as pas le choix ! Tu es engagé dans cette équipe, ils comptent tous sur toi, alors tu as intérêt à t'investir davantage ! Fini les sorties ! C'est la loi martiale à partir de maintenant ! Tu vas à l'école, tu vas aux entraînements et tu rentres à la maison ! Au lieu de traîner comme un vaurien à faire on n'sait quoi ! Si tu nous attires des problèmes avec la police...
- « Oh arrête c'est bon...
- « Je n'ai... ! Je n'ai pas fini ! »

Elle entendit des pas résonner et prise de panique, elle prit ses jambes à son cou pour s'éloigner de la porte d'entrée. Elle aperçut un petit rosier et se précipita vers lui.



Une porte claqua, du mobilier de jardin sembla voler...



Mais personne ne sortit. Rassurée, elle allait se redresser quand...



 - « HA ! »



Ils se regardèrent un instant sans rien dire, les yeux de l'adolescent pleins de suspicion.



- « Eh salut ! Qu'est-ce-que tu fais ici ?
- « Et toi ?
- « Moi ? Je rentrais du taf et j'ai vu ces roses... Je me suis dis que ça ferait plaisir à Anjana...
- « Ce sont des Chrysanthèmes.
- « Ah ? Y'a une différence ? »



Visiblement il y en avait une, et il n'était pas d'humeur à lui faire un cours de botanique. Il poussa un soupir d'exaspération et la dépassa sans un regard.
Plantée là, Nadia se retourna et le vit s'asseoir sur un banc de l'autre coté de la rue.



Voyant que sa présence n'était pas désirée, elle décida de rentrer chez elle. Seulement, un dernier regard vers Django la fit hésiter. Il avait l'air complètement abattu. Elle vérifia l'heure sur son portable, estima que de toute façon elle se ferait engueuler, donc fourra le mobile dans sa poche avant de se diriger vers la silhouette esseulée.



Elle arrêta sa course un peu tard et se trouva un peu trop près de lui. Elle agissait vraiment bizarrement avec lui.

- « Qu'est-ce-que tu me veux encore ?
- « Bah j'sais pas... T'as pas l'air en forme alors je me demande pourquoi...
- « Rien qui te regarde. Rentre chez toi.
- « T'as parlé à Oruscant ? Je risque plus rien ? Ou t'allais te lever pour m'accompagner ? »

Il poussa un autre soupir et se prit la tête entre les mains. Son téléphone se mit à vibrer, et il la suivit des yeux tandis qu'elle prenait place à ses cotés : 


- « Je veux pas t'embêter tu sais... C'est juste que... T'as été sympa avec moi alors ça m'embête de te voir comme ça... »

Il eut l'air d'hésiter, puis écrivit un sms avant de remettre son portable dans sa poche. Il garda néanmoins le silence, sans lui signifier de partir ou engager la conversation. Ce fut donc la jeune fille qui se lança :

- « Quand ils disent que tu traînes... C'est quand tu révises pas vrai ? »

Pas de réponse.

- « Mais pourquoi tu leur dis pas que tu bosses ?! J'ai jamais vu quelqu'un se cacher pour bosser moi ! T'es si à la ramasse que ça ? »



- « Ecoute Calcuta. Vraiment, c'est gentil, et venant de toi, j'apprécie l'effort. Mais la conversation que tu as écoutée était privée et franchement, je n'ai pas envie d'en parler donc...
- « Attends... C'est ton cahier de devoir, là, que t'as dans le dos ? »

L'adolescent leva les yeux au ciel.

- « T'occupes.
- « Nan mais je te jure, t'es un mystère pour moi Django. Le mec se cache pour faire ses devoirs quoi ! »

Pour un peu, elle aurait ri aux éclats. Seulement, l'ambiance ne s'y prêtait pas vraiment.



- « Bon vu que t'as que ça à faire de te foutre de ma...
- « Mais non mais non ! Mais je veux comprendre, c'est tout !
- « Ca ne te regarde pas. Point. Allez je te raccompagne si c'est le seul moyen d'avoir la paix.
- « Ah mais moi j'vais nulle part !
- « Mon Dieu Calcuta... Est-ce-que tu sais à quel point t'es lourde ? »



- « Les filles rigolent pas sur leur poids. »

Django secoua la tête avec lassitude et sortit le cahier qu'il avait coincé contre son dos. 



Nadia sourit, ébahie, puis jeta un coup d’œil à la leçon révisée.
Du moins elle tenta car il venait de soustraire le cahier à ses petits yeux curieux.

- « T'occupes.
- « Oh allez t'oses pas l'avouer mais j'suis sûre que t'as encore besoin d'aide. »

Elle s'étira le col pour voir à nouveau et aperçut un élément intéressant malgré le fait qu'il ait à nouveau écarté le cahier.

- « Ouh la la ! Je retire ce que j'ai dit ! J'ai rien compris à ce chapitre.
- « C'est simple pourtant.
- « Dis le mec qui révise en cachette pour cacher que c'est un cancre.
- « Je relis c'est tout. Je comptais vite passer à celui d'après.
- « … C'est vrai ? T'as tout compris ?
- « Ben oui. Je vois pas le problème...
- « …
- « …
- « … Dis... Euh... Tu... Tu voudrais bien m'expliquer ? Parce-que passé les définitions, je comprends plus rien. »

L'adolescent fit des yeux ronds :

- « … Bah... J'imagine que je te dois bien ça...
- « Cool ! Je reviens ! Je me change et j'arrive avec mon cahier ! »

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et fila en courant vers sa maison.


***


Une fois lavée, changée et maquillée (elle n'avait pu se résoudre à sortir « toute  nue »), elle descendit doucement les marches en guettant Anjana et Nitish.


La bonne nouvelle, c'est qu'ils avaient l'air tout à fait absorbé par leur feuilleton et leurs papouilles.
Elle allait arriver devant la porte d'entrée quand une voix retentit : 


- « Et où crois-tu aller à cette heure-ci Nadia ? »


- « Euh... Prendre l'air ?
- « A presque 23h ? Certainement pas ! Va te coucher, il est tard. »

Nitish n'avait même pas tourné la tête pour lui parler.



Elle était tellement proche !
La jeune fille eut alors deux solutions : braver l'autorité ou tenter de négocier (puis braver si ça n'avait pas marché).
Elle opta pour la seconde, très peu envieuse de se disputer avec eux alors que Django l'attendait.



- « Alors vous me croyez ou pas, mais j'allais faire mes devoirs avec Django.
- « Fabien ?!
- « Nan Django.
- « Nan mais Fabien Django ?
- «  Ah il s'appelle Fabien ? C'est pas Mickael ? Mais pourquoi ils l'appellent Miko alors ?
- « Je ne sais pas. Mais ça a l'air d'être la même personne... Soit, et sans cahier ? » 
Nitish semblait prendre les choses en main.

Pour toute réponse, elle tapota dans son dos.

- « Tu ne pouvais pas prendre un sac ?
- « Pas le temps ! Bon, je peux y aller ?
- « Non. Tu aurais pu prendre un alibi plus convaincant.
- « Je vous jure que c'est vrai.
- « Et tu comptes aller chez lui à cette heure-ci pour faire tes devoirs. Je ne sais même pas par où commencer tellement cette phrase est incohérente. Tu ne lui as pour ainsi dire jamais parlé !
- « Ça fait pas longtemps. Et puis de toute façon je ne vais pas chez eux, on est dehors.
- « De mieux en mieux ! Et il t'attend où, hein ? Au jus de Crotale ? A l’Eruption ?
- « Sur un banc de l'autre coté de la rue. »

Anjana eut une moue stupéfaite :

- « Sur un banc ?! Mais que fait-il sur un banc à cette heure là ?
- « Beh il m'attend.
- « Mais ses parents sont au courant ?
- « Euh... Plus ou moins...
- « Comment ça « plus ou moins » ?! »

Nitish perdit quelque peu de sa contenance :



- « J'espère que tu ne lui as pas attiré d'ennuis ! Amiral et Destinée sont des gens très bien qui ne méritent pas que tu sèmes la zizanie chez eux !
- « Nitish ! »



- « Mais quoi ?!
- « Le tact n'a jamais été ton fort ! Ne l'accable pas comme ça, tu ne sais pas ce qu'il s'est passé ! »

Puis, se tournant vers Nadia :

- « Que veux-tu dire par là ?
- « Eh bien quand je suis rentrée d'Oaz' Fast, je suis passée devant chez eux comme d'habitude, et j'ai entendu qu'ils se disputaient. Django est sorti, on a discuté et on a décidé de faire nos devoirs. »

Moue perplexe de l'audience.

- « Bon ! Je sais ce que vous vous dites : c'est louche. Mais c'est vrai ! Et j'y suis pour rien ! Enfin...
- « Je le savais !
- « Tais-toi Nitish ! »



- « Enfin... Est-ce-que ça compte s'ils se disputaient parce-que Django allait pas à ses entraînements, et que c'était parce-que je l'aidais dans ses devoirs ? Hein ? Vous seriez pas contents vous si je me cachais pour faire mes devoirs ? »

Nadia vu la bouche de ses interlocuteurs s'ouvrir légèrement, comme s'ils ne pouvaient émettre un son.

- « Attends attends... Commença Nitish.
- « Tu veux dire que... Continua Anjana. Que vous faites vos devoirs bien sagement tous les deux ?
- « Beh oui. C'est ce qu'il s'est passé. »

Le mari et la femme se regardèrent, pantois, et Anjana reprit :

- « Mais pourquoi... Pourquoi le disputaient-ils si c'était pour faire vos devoirs ?
- « Eh bien je ne sais pas trop. J'ai pas vraiment l'impression qu'ils le sachent. Vraiment je ne sais pas pourquoi, mais il a pas dit qu'il travaillait. Du coup Amiral croit qu'il traîne dehors à rien faire ou pire...
- « Mais pourquoi... ?
- « Aucune idée ! Ah si !
- « Tu vois...
- « Nitish laisse-la finir bon sang !
- « Il est possible que je l'ai menacé de le frapper s'il disait que je l'aidais pour ses devoirs. »

La surprise se lut instantanément sur leurs visages.

- « Mouais... Moi non plus j'y crois pas trop... Soyons honnêtes, je dois pas lui faire bien peur. Donc vraiment, je vois pas. »

Les deux parents semblèrent prendre le temps de digérer toutes ces informations plus abracadabrantes les unes que les autres, puis Anjana, toujours, proposa :



- « Bon... Eh bien s'il ne peut pas travailler chez lui et que vous êtes motivés, pourquoi ne pas l'inviter... ? Vous seriez plus à l'aise dans ta chambre !
- « Que.. Hein ?! Keuf keuf »

Nitish était en train de s'étrangler :



- « Eh doucement là ! Y'a des tables et des chaises en bas aussi, en pleine lumière et euh...
- « Oui, oui si tu veux ! Du moment qu'ils ne sont pas dehors...
- « Bon eh bien si tout cela ne sort pas de ton imagination, Nadia, eh bien dis lui qu'il est le bienvenu ici et vous pouvez travailler sur la terrasse, qu'on vous su... Enfin... On est là si vous avez besoin je veux dire. »




Mais j'vais pas inviter Django ! C'est bizarre !


Cependant, il était clair qu'elle n'avait pas d'autres solutions. C'est pourquoi elle se précipita à sa rencontre pour lui faire part de leurs nouveaux plans pour la soirée.



Seulement, quand elle sortit, elle s'aperçut tout de suite qu'il n'était plus là. La surprise fit place à une forte déception qui lui coupa les jambes. Elle arrêta net sa course, comme déboussolée.

- « Eh Calcuta ! »

 Son cœur fit un bond dans sa poitrine.
Elle se retourna et le vit allongé dans l'herbe.




- « Sans déconner... Qu'est-ce-qui t'a pris autant de temps ? J'allais partir !
- « C'est compliqué. Mais Anjana et Nitish t'invitent, on peut bosser sur la terrasse.
- « Euh...
- « Ah nan commence pas ! Ça m'a pris une plombe pour négocier, alors lève-toi et on y va ! 
- « Ok ok... »



- « Tu les vois ?
- « Non et toi ?
- « Nan ! Les bourriques se sont mises tout au bout ! Je t'avais dit que c'était une erreur ce mur au milieu ! »


 Anjana se mit à rire et tenta de lui pincer doucement les flans :




- « Mais tu es d'une mauvaise foi !!!
- « OK ! J'avoue !
- « La vache ! Je n'en reviens pas ! »

Les deux riaient de bon cœur :

- « Moi non plus ! Qu'est-ce-qu'on fait ? Il est tard... On doit aller se coucher...
- « On va pas empêcher Nadia de travailler ?! Allez viens Papa Poule ! Elle saura se débrouiller sans nous... Et puis demain c'est Samedi, tout va bien ! Allez ! Filez dans votre chambre Nitish Calcuta ! »

Il allait s'exécuter mais ne put s'empêcher de regarder par dessus l'épaule de sa femme qui l'intercepta en lui chatouillant les cotes :

- « Et plus vite que ça ! »











6 commentaires:

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    1. Ah c'est gentil Nicole !

      Toi qui aime les choses très travaillées, je ne m'attendais pas à ce que ce style (appelons ma flemme comme cela ^^) pour le moins épuré te plaise !

      Merci pour ton message :-)

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  2. On dirait qu'il y a quelques fissures dans l'armure de la demoiselle. Ça fait plaisir de lire qu'elle peut quelques fois être une ado comme les autres. Même la relation avec ses parents adoptifs semble normal ici ! Et eux sont attendrissant, avec leurs inquiétudes et leur conversation de parents inquiets.
    On a envie que ça dure !

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    1. Oui y'en a, mais faut agir vite parce-qu'elle est sur le qui-vive avec une bombe anti-crevaison XD
      Heureusement, la vie c'est aussi le quotidien. Et quand on en a bavé, le quotidien, c'est chouette ;-)

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  3. Très sympa ce nouveau chapitre, mais pourquoi il se fait engueuler ce pauvre Django. Et il veut faire quoi réellement à la place du sport ?
    Je veux savoir moi ;)

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    1. Ça tombe plutôt bien, y'a quelques chapitres après XD

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Merci ;)