Nadia 18.






Elle serait bien repassée chez elle pour se changer, mais visiblement, faire le taxi n'était pas au programme du père Gerold. Ainsi était-elle arrivée en cours en jogging et sans ses affaires. Mais personne ne s'étonnait plus des excentricités de Nadia Calcuta. 
Déjà que peu de personnes se permettaient de lui faire des remarques, alors depuis qu'il avait été suspecté un rapprochement entre Miko Django et elle, le climat s'était franchement détérioré. L'indifférence et le malaise avaient laissé la place à de l'antipathie et des insultes murmurées sur son passage. Et cela avait encore empiré depuis l'épisode de l'Oaz'is, car elle avait pu voir ce matin-même que son casier avait été vandalisé et les moqueries étaient maintenant parfaitement audibles.

Mais de tout cela, Nadia n'en avait cure, obsédée qu'elle était par son but de la journée.

Elle avait cherché Yang partout, en vain. Ils devaient être au stade, ce qui ne l'arrangeait pas du tout. Il fallait qu'elle lui parle, TOUT DE SUITE. 
Excédée de voir que par dessus le marché, la sportive ne répondait pas à ses appels après la classe, elle se retrouva obligée d'aller la chercher dans son nid de Vipères.


Encore un mauvais moment à passer, sans aucun doute...

Elle avait vu juste. Elle n'avait même pas eu le temps de sonner que trois filles l'accueillirent sur le perron.


Maeva n'avait même pas pris le temps de poser son assiette.

- « Bah cha alors..., dit-elle avant même de déglutir. Tu manques pas d'air !
- « Bah je pense que ça va pas tarder avec tes 2 cerbères derrière. Vous voulez pas reculer un peu, là ?
- « Tu nous causes autrement Calcuta, lui répondit Sandra, sur sa droite.
- « Oh mais tu leurs as  appris à parler ? Et elles disent autre chose que ce que tu leur as enseigné ou elles répètent bêtement ce qu'elles entendent ?
- « Tu peux me redire ça en face ? 
- « Je préfère traiter directement avec le cerveau, si ça t'ennuie pas."


- « Tu perds rien pour attendre, grogna Maeva en rentrant pour finalement poser son assiette.
- « Pourquoi tu lui mets pas dans la tronche, histoire de la faire taire ?
- « Parce-que je veux pas laisser de traces. »


- « Faut vraiment être complètement tarée pour te pointer ici.
- « Je ne nie pas.
- « Qu'est-ce-que tu veux ?
- « Je veux parler à Yang.
- « Elle est pas dispo.
- « Laisse-moi en juger.
- « Tu peux toujours crever. Tu n'iras pas plus loin. Personne veut de toi ici. Même pas Yang.
- « Ca m'étonnerait...
- « Tu sais que tu es devenue la paria la plus détestée d'Oasis High ? Ça fait quoi d'accéder au sommet ?
- « Le plaisir d'avoir mis mes semelles sur vos tronches pour y arriver. »


- « Fais la maline tant qu'il te plaira. Mais je te jure que si tu avances un pas de plus je ne donne pas cher de ma résolution de ne pas laisser de traces sur ta gueule peinturlurée. Alors tu dégages maintenant ou on s'occupe de toi. »


- « Mais je t'en prie, fais donc... Je suis sûre que Miko sera ravi de t'avoir comme compagne de cellule. Tu crois qu'il prend comment le fait que vous ayez menti pour protéger l'autre raclure d'Oruscant ? »


- « Répète un peu ça pour voir ?
- « « L'autre raclure d'Oruscant ». Lui aussi est un peu dur de la feuille. Enfin... Tu sais ce qu'on dit... Ça rend sourd... »

La gifle vola, mais elle s'y attendait. Nadia redressa la tête avec un petit sourire :


- « Mais c'est qu'elle est amoureuse... Comment t'as pris sa petite incartade avec Yang ? Ça doit être vraiment vexant, nan...
- « Ta gueule !!
- « … De voir qu'on suffit pas à son mec pour qu'il éprouve le besoin de sauter sur une pauvre fille qui n'est même pas consentante... »
- « TA GUEULE !!! »

La deuxième claque fut plus brutale, mais Nadia était déterminée.

- « Frappe -moi tant que tu voudras. Ça changera pas la vérité. T'as mis un type bien en taule pour ce trou du cul de Damian. Même toi, un jour, ça t'empêchera de dormir. Parce-qu'il va recommencer, si ce n'est pas déjà fait. Et quand tu t'apercevras du monstre que tu as protégé, ça va te dévorer de l'intérieur. »


- « Alors vas-y, frappe-moi. Je t'en prie. Ce souvenir aura encore plus de saveur quand tu trouveras une autre fille dans votre lit, parce-que tu te souviendras de ce que je t'ai dit : tu ne lui suffis pas. »

A cet instant, Juliette déboula à son tour sur le perron :


- « Qu'est-ce-que tu fous là, toi ?
- « Elle cherche les problèmes, répondit Tamara.
- « Comme d'hab, renchérit Sandra. »

Maeva était mutique, ivre de rage.

- « Ça t'a pas suffit le bordel que t'as foutu ? Ça t'a pas suffit de foutre mon mec en taule ? »


- « Dit celle qui n'a rien fait pour prendre sa défense... Tu es la pire de toutes. S'il y en avait une qui devait se dresser pour empêcher ça, c'était toi. »


- « POUR AVOUER QU'IL S'EST BATTU POUR TOI ? CA VOULAIT DIRE QUOI D’APRÈS TOI ?
- « Que c'est un type bien ? Qu'il réagit quand un malade s'en prend à quelqu'un ? Mais la question que tu voulais poser, c'est pas plutôt « Je serais passée pour quoi ? » Parce-que là, j'aurais répondu : pour la cocue.
- « IL M'A JURE QU'IL NE S’ÉTAIT RIEN PASSE ! TU MENS ! 
- « Je ne mens pas je dis juste que tout le monde aurait pensé « que »... Il ne s'est rien passé en vrai. On était amis, c'est tout. Et entre amis on est loyaux. Ça fait quoi de toi, au juste ? »


Juliette se figea, ce qui poussa Nadia à continuer : 


- « Tout le monde te trouve formidable, Juliette. Moi aussi, avant ça. Tu étais la douce et la talentueuse Juliette Corséa. Mais aujourd'hui, je me rends compte que tu es ce que tu veux qu'on pense de toi. Quel genre de fille peut mentir de manière à mettre le garçon qu'elle aime derrière les barreaux, tout ça pour protéger son image ? T'as préféré le faire passer pour un délinquant plutôt que d'admettre qu'il prenait la défense d'une autre que toi. C'est immonde. »


- « Surtout pour le profit d'Oruscant... Ça me donne envie de vomir... 
- « Ça suffit. »


Maeva, tout à coup revenue à elle, s'approcha de Nadia et dit en pointant un index vers elle : 


- « Attrapez-la. »

Nadia eut à peine le temps de réagir que Sandra et Tamara la ceinturaient pour l'immobiliser.


- « Ca va pas durer longtemps, parce-que Carla n'est pas loin, mais ça va être les cinq plus longues minutes de ta vie. »

Nadia lui offrit son regard le plus dur accompagné d'un sourire en coin :

- « Ne te donne pas autant d'importance. »

Et le poing de la métisse atterrit violemment au creux de son ventre. 


Puis un deuxième. Puis un troisième.
Nadia serrait les dents. Maeva avait l'air de savourer ce moment, il était inutile d'en rajouter.
Juliette souffla :

- « Maeva non... »

Mais les coups ne s'arrêtaient pas.
On entendit alors la petite rousse souffler :


- « Maeva arrête, je t'en supplie. »


La tortionnaire suspendit son poing et jeta un regard à sa coéquipière.

- « Ju...
- « Arrête... S'il te plaît. Ça n'a pas de sens. C'est elle qui a raison. Je... Je sais ce que tu ressens pour Damian. Mais tu sais comment il est. Miko ne doit pas payer pour ça.
- « Oui, mais sans elle...
- « Elle n'a rien demandé à Miko, Maev. Il s'est jeté sur Damian de son propre chef. Et on aurait du tous le faire, car rien ne justifiait ce qu'il allait faire. »

Puis, la regardant dans les yeux :

- « Rien ne justifiait ce qu'il a fait. Je crois qu'on l'a assez couvert.
- « Mais si elle...
- « Arrête... »



- « Y'a plus de « mais » à ce stade. J'ai été complètement aveuglée par la jalousie et ma fierté, mais il est hors de question que Miko paie à la place de Dam's. C'est à lui de prendre ses responsabilités maintenant. »

Peu à peu, la résistance des deux filles qui l'enserraient s'était amenuisée et Nadia était à présent libre de toute entrave.



Maeva se décomposait à vue d’œil.
C'est à cet instant que Yang décida de pointer le bout de son nez.

- « Nadia ? Qu'est-ce-que tu fais là ? »

L'interessée ne répondit pas, guettant la réaction des autres vipères tout en réprimant les hauts de cœur provoqués par les coups.


Juliette parlait d'une voix douce, mais ferme, et semblait atteindre Maeva qui semblait perdue. Un instant, Nadia eut l'impression d'assister à un numéro de charmeur de serpents.

- « Je sais Maev, que tu pensais pouvoir le canaliser. Mais il a besoin d'aide. Et la première chose à faire, c'est le confronter à ce qu'il a fait. »

Maeva finit par baisser les yeux et hocha faiblement la tête.


- « Laissez-nous maintenant. Je veux lui parler seule à seule.
- « Ça va aller ? Demanda Sandra. »

Juliette lui adressa un sourire tendre et lui répondit par l'affirmative.

Une fois les autres parties, la petite rousse se rapprocha de Nadia et dit : 


- « Je suis désolée... J'ai tellement honte...
- « Ouais bah ça me fait une belle jambe, rétorqua Nadia en se passant la main sur le ventre. C'est toi qui aurais du être prête à faire ça pour lui. Au lieu de ça, tu t'es concentrée sur ta réputation. J'espère que tu vas vite aller changer ta version des faits au commissariat !
- « Oui oui. Mon Dieu j'ai honte... Mais... je vous en voulais tellement, à tous les deux... C'est évident qu'il se passe quelque chose entre vous. Que vous soyez passés à l'acte ou pas. Et j'ai été tellement jalouse qu'il ne ressente pas ça à mon égard...
- « Hey... On est amis, point barre. Enfin... On l'était... Après cette soirée, je sais pas ce qu'il en reste. Il était très énervé contre moi tu sais... Et il m'a clairement fait comprendre une chose : c'est avec toi qu'il veut être. "


- « Il a dit ça ?"


- « Il a même dit « J'allais pas la larguer pour toi. » Si ça c'est pas clair... »

Juliette amena sa main à sa bouche, comme choquée.

- « Ouais, c'était pas très agréable à entendre. Mais ça a eu le mérite d'être clair et de remettre les pendules à l'heure. Oui, je ressens des choses pour lui mais ce n'est pas réciproque. C'est la vie. Je vais pas lui en vouloir d'être cash, quand même... »

Le sourire qui accompagna sa dernière phrase détendit un peu le visage de l'adolescente qui lui faisait face :

- « Je suis impressionnée par ta force de caractère.
- « Et moi par la facilité avec laquelle tu as maîtrisé Maeva. Elles te vouent une véritable admiration ! C'est dingue !
- « Je... Je... Je ne fais rien pour ça...
- « Consciemment peut-être pas... Enfin, tant que cette fois ça ne cause pas de tort à Fabien... »

Juliette rougit à nouveau.

- « Je vais me rattraper. Promis. Et encore désolée. Vraiment. Et je ferai taire ces bruits qui courent. Tu seras tranquille.
- « Des bruits ? J'ai rien remarqué, moi, dit-elle en souriant. »

Juliette rit doucement et dit :

- « Merci Nadia. Merci d'être venue me dire mes quatre vérités. Je pense que j'en avais besoin. C'est de gens comme toi dont on a besoin en réalité. Des gens qui sachent nous dire les choses qui nous font avancer. Tu vois, tu as été une meilleure amie pour moi que toutes les vipères réunies. Je saurai m'en souvenir. »

Elle lui adressa alors un sourire tendre face auquel Nadia se sentit complètement désarmée.


Une amie ? Moi ?

 Un raclement de gorge interrompit leur dialogue.



- « Tu voulais dire quelque chose ? Yang ? »


 La jeune asiatique était restée dans son coin, ne souhaitant pas suivre le cortège des autres vipères, et il fallait bien l'avouer, pourquoi ne pas grappiller quelques minutes du feuilleton qui était en train de se dérouler sous ses yeux.

- « Nan je... Je m'inquiétais pour Nadia. »


- « Tu t'inquiétais pour moi ? Vraiment ? Maintenant, alors que je suis toute seule avec Juliette ?
- « Euh...
- « Nan mais tu aurais pu t'inquiéter avant, quand y'avait Maev' et ses molosses...
- « Pourquoi il s'est passé quelque chose ? »

Nadia leva les yeux au ciel.


- « Trois fois rien. Mais bon, de toute façon, c'était toi que j'étais venue voir. Tu as deux minutes ?
- « Je vous laisse alors, glissa Juliette. A bientôt Nadia. »


Elle lui répondit par un petit sourire et se tourna vers Yang, radoucie :

- « J'ai besoin de te parler.
- « Tu veux entrer ?
- « Euuhhh nan, ça ira. On va dans le petit parc ? »

Elles se dirigèrent toutes deux vers le lieu sus-mentionné et prirent place à une table. Elles restèrent un moment silencieuses, chacune attendant que Nadia en vienne au fait.


- « Bon écoute... Finit-elle par dire. J'ai retourné ça dans ma tête un moment, et je ne vois pas comment te l'annoncer autrement... Je sais pour toi et Oruscant. Je sais ce qu'il t'a fait. »

Yang n'eut pas du tout la réaction escomptée.


- « Je ne vois pas de quoi tu parles. »

Et pourtant... Elle avait l'air de tout, sauf de tomber des nues.


- « Yang... J'ai compris que tu n'avais pas l'intention de porter plainte. Sache que je ne te juge pas, et que si tu as besoin, je suis là. Mais... »

Nadia hésita. Allait-elle vraiment faire ça ? Elle prit une profonde inspiration et se lança :

- « J'ai besoin que tu aides Fabien. »

La surprise se lut sur le visage de son interlocutrice.

- « Il faut qu'Oruscant retire sa plainte. »

Yang eut l'air de prendre peu à peu la mesure de ce qui lui était demandé.


- « Ton secret n'en est pas un, Yang... Alors que tu ne veuilles pas porter ça au grand jour, quelque part, je... Je peux comprendre. Mais j'ai parlé à Gerold, et...
- « Tu as quoi ?"


- « J'ai été voir le père de Sen et Bastien pour savoir ce que je pouvais faire pour aider Fabien. Et...
- « Et il t'a dit de faire chanter les Oruscant ? »

Nadia ne saisit qu'à cet instant la portée de ce conseil, en particulier issu d'un homme représentant la loi. Elle balaya cependant ses doutes et continua : 

- « C'est un policier, il ne te mettra pas en danger. Vas lui parler.
- « Non.
- « Yang. Il est déjà au courant. Si vraiment ce qu'il te propose ne te convient pas, tu refuses et puis c'est tout !
- « NON ! J'ai dit NON ! Il ne s'est rien passé ! Laisse-moi tranquille ! »


La jeune fille se leva brutalement sur ces mots et rejoignit son domicile d'un pas pressé.

Nadia ne tenta pas de la retenir. Elle avait été trop loin, déjà. N'y avait-il donc pas d'issue ? Fabien allait être condamné et Damian se sortirait de tout ça avec une entorse du genou ? Elle savait que ce qu'elle avait demandé à Yang n'était pas bien. Mais elle s'était persuadée que même si la procédure n'allait pas jusqu'au bout, le fait que quelqu'un ait parlé suffirait à mettre la puce à l'oreille aux autorités, leur donnant ainsi une raison de le surveiller. Et qui sait ? Peut-être que quelqu'un d'autre allait se sentir en confiance et se faire connaître ? Et peut-être qu'il finirait sa vie en prison ? Voilà pourquoi elle avait osé demandé cela à Yang. Parce-qu'elle-seule avait la possibilité de faire libérer Fabien et peut-être participer à l'enfermement de Damian.
Mais, en se traînant vers chez elle, le doute l'assaillit de nouveau. 


Comment Gerold pouvait-il envisager confronter un type comme Oruscant et le laisser partir, juste pour libérer un adolescent bagarreur ? Une phrase en particulier lui revint en mémoire : « Dans ton esprit de midinette, peut-être. »
Elle reçu l'équivalent d'un coup de poing dans l'estomac, et il était beaucoup plus douloureux que ceux donnés par Maeva.


Il s'était joué d'elle. Il l'avait poussée à aller parler à Yang pour que cette dernière témoigne, mais aujourd'hui il était clair que si elle le faisait, c'était pour obtenir une condamnation. Et elle, aveuglée par son désir de rattraper ses conneries et sortir Fabien de ce mauvais pas, elle avait voulu croire de toutes ces forces qu'il l'aiderait.


Elle secoua la tête d'un air las. C'était décidément bien mal connaître le père Gerold. Ce n'était pas un cœur tendre. Il visait Oruscant et le fait que Fabien paie pour la raclée qu'il lui avait mise, même si elle était méritée n'allait pas l'empêcher de dormir. Car oui, si plainte il y avait contre Damian, le levier pour lever celle contre Fabien sautait. 
Elle se sentait tellement idiote ! Tellement égoïste ! Elle avait été prête à jeter son amie dans la gueule du loup pour rattraper ses propres erreurs...

Des coups à la porte la firent sursauter, lui amenant la goulée d'air qui commençait à lui manquer.



- « Nadia... j'entre. »


Anjana ne lui laissa pas le choix et pénétra dans sa chambre.

- « Nadia, je crois qu'il est temps qu'on parle. »

 Le ton était doux, mais ferme. Et l'adolescente était exténuée. Elle n'avait plus la force de se battre.

Alors elle lui raconta tout.



Du moins la partie sur Fabien, laissant son frère mijoter dans un coin de sa tête.

A cet instant, tout y passa : leurs joyeuses querelles, ses sentiments naissants, cette sécurité qu'elle ressentait à ses cotés, le premier baiser, le rejet, Juliette, Oruscant, le deuxième baiser, le rejet à nouveau, la plainte, son plan, celui de Gerold, Yang, et... Elle-même. Cette impression d'avoir tout fait de travers, depuis le début. Cette incompréhension face à l'abandon. Cette colère. Cette peur. Qui règnent en son sein depuis toujours, avait-elle l'impression.
Nadia étouffait. Elle ne savait plus quoi faire pour s'en sortir. Chaque nouvelle action était pire que la précédente.
Anjana attrapa alors la main tremblante de la jeune fille et la serra fort. Ce geste fit lever les yeux trempés de larmes qui lui faisaient face et le regard offert la bouleversa encore.



Le pilier qu'elle aurait souhaité être depuis si longtemps ouvrit ses bras et l'enfant à ses cotés se laissa aspirer. 
La joue de Nadia rencontra la poitrine généreuse de sa mère adoptive et ses mains allèrent naturellement autour de sa taille. L'étreinte se resserra et un baiser atterrit sur le front de l'adolescente.



- « Merci, dit-elle enfin à sa protégée. Merci Nadia."

Puis, après un sanglot refoulé :

- "On t'a trop demandé. Depuis toujours. Et on ne t'a pas assez protégée. Tu portes sur tes épaules des fardeaux qui ne sont pas de ton âge, et qui sont trop lourds pour une seule personne. Laisse-moi t'aider.

- « Comment ? Articula Nadia d'une voix faible.
- « Premièrement, laisse-moi te dire à quel point tu m'impressionnes. Tu es la personne la plus solide qu'il m'ait été donnée de rencontrer. Tu n'as jamais baissé les bras, même si c'était pour les agiter devant toi de manière agressive. C'est ta façon de te protéger. Personne ne peut t'en blâmer. Ensuite, je t'ai entendu dire que tu étais égoïste... J'ai une question à te poser : te soucis-tu de ce qu'on pense de toi ?
- « … Non...
- « Ce que tu as demandé à Yang, Nadia... C'était vraiment pour te déculpabiliser ? Pour faire sortir Fabien et qu'on oublie ton rôle dans cette histoire ?
- « …
- « Ne s'agit-il pas en réalité d'un geste d'amour ? N'étais-tu simplement pas prête à tout pour tirer Fabien de là ? Même si cela devait te forcer à choisir entre les intérêts de tes deux amis ?
- « …

- « Je crois que tu as fait un choix, Nadia. Mal orienté certes, mais parce-que tu as été mal conseillée. Tu as été chercher de l'aide et on t'a tendu un piège. Tu es une victime dans cette histoire. On ne manipule pas comme ça une ado de 17 ans. C'est insupportable.
Maintenant, je crois que tout le monde a besoin de prendre du recul. On va aider Destinée et Amiral à sortir leur fils de là. On trouvera une solution. Quant à ce Damian Oruscant, tu dois accepter le fait que ce n'est pas ton combat. Tu ne peux pas tous les mener, ma chérie.
Et je pense qu'il faut que tu recontactes Yang dès demain, pour lui présenter tes excuses. Je pense que je n'ai pas besoin de t'expliquer pourquoi...
- « Mais... Damian a essayé de me faire du mal...
- « Et Dieu merci il n'a pas réussi. Je ne vais pas te mentir. Je préfère dix fois ça que l'idée qu'il ait posé la main sur toi. Donc pour l'instant, on en reste là avec lui. On verra comment ça tourne avec Fabien, déjà. D'accord ? »

L'adolescente hocha doucement la tête. Quelques minutes plus tard, elle exhala un soupir, toujours blottie contre Anjana qui la berçait doucement et lui caressait les cheveux. Lentement, mais sûrement, elle se sentit partir, happée par le sommeil. 


Vidée, elle eut une dernière pensée avant de sombrer :






C'est ça, avoir une maman ?



















9 commentaires:

  1. Oh la vache! Merci merci, GGof! Merci pour Nadia, merci pour Anjana, merci de nous offrir cette histoire.
    Me voilà encore troublée et bouleversée, tellement heureuse de cette étreinte, de ces mots, de ce moment de tendresse que la jeune fille accepte.

    J'ai adoré, même si j'étais quand même tendue comme un string tout le long de la confrontation avec cette Maev'. Elle m'a fait hyper peur, cette gamine. Ouch!
    Mais ouf, aussi, Nadia a trouvé les mots qui ont bouleversé Juliette et celle-ci prend enfin conscience de l'ignominie qu'elle était en train de commettre.

    Reste Yang. Pauvre Yang... Elle aussi aurait bien besoin d'une épaule douce et réconfortante, d'un regard amical et d'un baiser d'amour sur le front... Allez, je croise et je termine sur cet espoir. Qui sait? Tout est possible, non?

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  2. Je suis heureuse que Nadia ait enfin décidé de se confier à Anjana. En tout cas, la dernière phrase m'a serrée la gorge...

    Je suis également heureuse qu'elle ait réussi à ouvrir les yeux des Vipères au sujet d'Oruscant... même si elle a dû payer de sa personne !! ^^
    Quant à Juliette, je suis sûre que c'est une fille bien mais elle me tape quand même sur les nerfs... c'est plus fort que moi !!!

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    1. :-)

      Juliette est un cas à part... ;-)

      Merci de ton passage !

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  3. Awww trop chou, j'espère qu'un jour elle trouvera le courage de parler de Dan :/

    J'adore, j'adore :D

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  4. J'ai adoré ce chapitre, elle a pas peur la petite et elle sait encaisser les coups... elle a aussi son franc parler et les mots qui font mouches

    J'ai même eu les larmes aux yeux avec le discours d'Anjana... vilaine GGO ;)

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    1. Rooooo Pythonroux c'est trop mignon ! :o Mais je dirai pas "désolée" parce-que j'suis trop contente de t'avoir touché comme ça XD

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  5. Elle a de la répartie cette Nadia quand même. Sa discussion avec les vipères est un vrai délice.
    Mais ça c'était uniquement pour nous mettre en confiance, parce que le ton change rapidement dès qu'on en vient aux choses sérieuses avec Juliette, puis Yang et enfin Anjana, qui joue enfin son rôle de maman qu'elle avait l'air d'avoir abandonné face à l'attitude de Nadia ces derniers temps.
    Heureusement tout est bien qui finit bien et notre héroïne finit par craquer. Il temps !
    Et enfin, quelqu'un qui a l'intelligence de faire remarquer que malgré tous les bouquins, les films et les séries télé qu'on peut voir partout, ce ne sont pas des histoires d'adolescents. Parce que oui, on a pas tous enfilés nos collants de justicier pour aller combattre le crime et la corruption dans notre quartier. Parfois, un ado est juste un ado.
    Et on termine par cette petite phrase si touchante. La petite fille que elle était n'est pas encore très loin, malgré tout ce que elle veut nous faire croire !

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