0.19








Lin était fière d'elle. Elle était à jour pour ses cours et pour le labo, et en plus elle terminait une heure et demi plus tôt. Avec un peu de chance, elle croiserait Dan avant qu'il ne parte.



Lorsqu'elle pénétra dans le cabanon, elle trouva Silvia devant des dessins animés avec un bol de céréales sur les genoux, visiblement seule. Déçue, elle demanda :

- « Dan est déjà parti ?
- « Nan il dort.
- « Il dort ?
- « Oui il était fatigué. »



- « Il part dans combien de temps travailler ?
- « Ah mais il y va pas. Il travaille plus.
- « Comment ça ?
- « Bah il doit plus y aller. Il a été trop curieux. »

Hein ?

- « Mais comment ça trop curieux ?
- « Beh apparemment, dans son camion y'avait des trucs illégal.
- « Illégaux... Bon... D'accord... Et tu sais ce qu'il va faire maintenant ?
- « Non... Il sait pas... »

Qu'est-ce-que c'est que cette histoire encore ?

Elle s'adossa contre la banquette et réfléchit quelques instants à la situation. Qu'allaient-ils devenir, tous les deux ? Son regard tomba alors sur le bol que l'enfant venait de poser sur la table. Machinalement, elle se leva pour aller le laver.



Devant l'évier, elle eut un haut-le-coeur.
Comment pouvait-ils vivre dans une crasse pareille ? Elle leva les yeux au ciel et attrapa le détergent dans le meuble sous la vasque.



Alors qu'elle frottait frénétiquement, Daniel sortit de sa chambre en s'étirant et dit :

- « Mais Lin... C'est pas à toi de faire ça...
- « Oui mais visiblement, si je le fais pas, y'a rien qui se passe. T'auras des cafards en moins de deux si ça continue.
- « D'accord. Mais laisse, je vais m'en occuper. »

Il s'approcha alors d'elle, avec l'intention de lui prendre l'éponge des mains, quand elle dit :

- « C'est bon j'ai fini. » Avant d'aller à sa rencontre pour l'embrasser.



- « Oh mon Dieu Dan!!! Ton visage !
- « Ah oui. Oh c'est rien. »



- « Mais comment ça c'est rien ?! Tu t'es battu ? Tu vas bien ? Tu as été à l’hôpital ? Mon père est médecin il peut...
- « C'est bon Lin ! Ne t'en fais pas. Ce ne sont que des égratignures.
- « Mais comment tu t'es fais ça ?! Qui t'a fait ça ?
- « C'est à mon boulot... Ça s'est pas très bien terminé... »



- « Ah oui ton boulot tiens... Tu ne m'en as jamais vraiment parlé... Quel genre de boulot peut se terminer par des coups ?
- « C'était un boulot au black de transport de marchandises. Mais ne t'inquiète pas, c'est fini maintenant.
- « Et pourquoi c'est fini ? Que s'est-il passé Dan ? Pourquoi tu t'es battu ?
- « Parce-que j'ai trouvé un truc bizarre, que j'ai fouiné, qu'ils m'ont surpris et qu'ils m'ont mis une raclée. Voilà. Satisfaite ?
- « Pas vraiment, non... Vas-y fais voir...? »
    Elle s'approcha de lui et lui releva le menton afin d'exposer les blessures à la lumière.



    - « Ça a l'air d'aller...
    - « Mais oui je te dis. J'ai protégé mon visage. J'aurais quelques bleus ailleurs, c'est sûr, mais rien de grave.
    - « Je pense que tu devrais aller à l'hôpital. On sait jamais.
    - « Mais oui bien sûr. Comme ça je croiserai ton père et il aura une bien meilleure opinion de moi. Non merci. Si ça se corse, j'irai, mais ailleurs.
    - « ... T'es sûr ?
    - « OUI. Ton père, je le rencontrerai quand je m'en serai sorti. Je ne suis pas quelqu'un de bien pour l'instant. »



    L'expression de Daniel lui serra le cœur. Elle eut envie de pleurer quand elle se rendit compte qu'il avait honte de lui. Elle se jeta alors dans ses bras.



    - « Tu ES quelqu'un de bien Dan.
    - « Je ne suis pas assez bien pour toi.
    - « N'importe quoi...
    - « Disons qu'aux yeux de ton père, je ne suis pas assez bien pour toi.
    - « On s'en fout des yeux de mon père. C'est ce que je vois moi qui compte. Je t'aime Daniel. De tout mon cœur. Mais je ne te cache pas que plus ça va, et plus je m'inquiète. Je ne peux plus rester là sans rien faire. »
      A ces mots, il s'écarta.



      - « On en a déjà parlé. Ce n'est pas ton argent, avec lequel tu veux nous aider. C'est celui de tes parents, je te rappelle.
      - « Plus pour longtemps ! J'ai trouvé un stage, qui dès l'année prochaine sera rémunéré. Pas beaucoup, certes, surtout pour trois, mais rien d'insurmontable ! Et l'année d'après, ce sera plus, et l'année suivante encore plus, et ainsi de suite ! Et je suis sûre que je pourrais me faire embaucher chez eux. J'ai...
      - « Nan mais Lin... Tu vas pas nous entretenir ! »
      - « Mais qui parle de t'entretenir ? Pourquoi tu retournerais pas chez le gars chez qui tu bossais ? Pourquoi t'y es pas retourné d'ailleurs ? Je me suis toujours demandé. »

      Daniel détourna le regard.

      - « Parce-que.
      - « Parce-que quoi ? Hein ?
      - « Parce-que je suis parti comme un voleur.
      - « Mais pourquoi ? En fait, j'étais tellement sous le choc de tout ce changement qu'on a jamais pris le temps d'en parler. Et puis je voyais bien que tu souffrais donc je ne voulais pas remuer le couteau dans la plaie. Mais tu peux me dire maintenant ? Ok, ton père est revenu d'on ne sait où avec un enfant ressuscité, mais pourquoi tu ne pouvais pas continuer à travailler là-bas ?
      - « ... J'avais honte.
      - « Mais pourquoi enfin ?! 
      - « Paaaarrrcceeeee-que quand mon père est arrivé avec Silvia, je n'avais aucune explication, donc je ne pouvais pas en fournir. J'étais sensé faire quoi ? La ramener chez les Calcuta ? Alors qu'Anjana était enceinte ? Y'avait plus de place de toute façon. Du coup on aurait du déménager. Tu te rends compte ? Déménager toute une famille pour une gamine qu'on ne connait ni d'Eve ni d'Adam ? Et puis mon père a disparu, comme ça. Donc je n'ai pas eu le temps d'expliquer. Et honnêtement, j'avais peur de flancher. Donc je suis parti en douce. Et comme mon patron était un ami de Nitish, eh bien je ne pouvais pas y retourner. J'avais trop peur de le recroiser. »

      Lin poussa un soupir, puis saisit doucement les mains de son petit ami.



      - « ... Bon... On verra cette partie plus tard. De toute façon, ce n'est pas la seule entreprise qui cherche des types sérieux. Maria disait tout le temps que son père était super content de ton travail. Je suis sûre qu'on pourra trouver quelqu'un que ton profil intéresse. Et en attendant, tu vas me permettre de t'aider, d'accord ? Pour Silvia. Elle a besoin d'un meilleur environnement que celui-ci, non ?
      - « ... Oui, c'est sûr...
      - « Voilà. Je m'entends super bien avec mon maître de stage, il m'a même donné un bonus à la fin des vacances. C'est un secret pour personne qu'OAZ Corp a beaucoup...
      - « Attends quoi ? Qui ?
      - « OAZ Corp. Ils ont du pognon à plus savoir qu'en faire... On va... »
        Daniel dégagea ses mains.



        - « Ah mais non... C'est pas possible... Tu peux pas travailler à OAZ Corp... Où tu veux, mais pas là... »

        A cette pensée, il fut pris d'un petit rire nerveux.

        - « Comment ça, je « peux pas » ?
        - « Beh tu peux pas ! Tu vas quand même pas travailler pour ceux qui ont détruit ma famille, non ? »

        Le ton de Daniel était légèrement monté, agacé qu'il était de constater qu'elle ne voyait pas le problème.



        - « Euh... Attends... Tu me parles des dires d'un type à moitié – pour pas dire complètement –  fou qui aurait assassiné ta mère ? C'est ça ? »

        Tout l'être du jeune homme se figea. Objectivement, il savait qu'elle avait raison. Toute cette histoire n'avait ni queue ni tête. Et pourtant. Quelques heures plus tôt, ce qu'il avait lu ne lui avait pas paru si déraisonnable. Ils avaient bien été la chercher quelque part, Silvia... Pourquoi aurait-il menti ? Était-il en tort ? OAZ Corp aurait été dans le « bon » camp ? Sans savoir pourquoi, il rejeta instantanément cette idée. Il l'avait vu de ses yeux, le laboratoire avait une face cachée. Il trempait dans des magouilles illégales et rien que ça aurait pu suffire à empêcher Lin de travailler pour eux. Mais au fond, ce qui le fit réagir, ce fut surtout la manière dont elle avait évoqué son père. Non, elle n'avait pas tort, mais il ne put s'empêcher de se sentir blessé.

        - « Il n'était peut-être pas au mieux quand je l'ai vu, mais...
        - « AU MIEUX ?! DAN! Il t'a avoué avoir tué ta mère !
        - « Je sais ! Ou pas !! Tout est tellement incohérent ! Il n'avait pas les idées claires ! Peut-être qu'il s'est embrouillé... »

        La jeune femme leva les yeux au ciel :

        - « Ah bah c'est une sacrée embrouille là... »

        Le ton employé et le sarcasme finit d'énerver Daniel :

        - « JE N'AI PAS TOUTES LES RÉPONSES, D'ACCORD ? Mais pas plus tard que tout à l'heure, Silvia m'a donné une lettre où il expliquait qu'à l'époque de sa naissance, il y a eu une vague de décès chez les nourrissons, et que des médecins ont soupçonné...

        - « « Soupçonné », Daniel. Les charges ont été abandonnées.
        - « Ah oui ?! Et comme par hasard, une grosse somme d'argent est arrivée quelques heures après sur les comptes de l'Oasis Grace... Si ça ressemble pas à un pot de vin...
        - « On croirait entendre ces adeptes de la théories du complot... C'était pour la recherche !
        - « La recherche... Mes fesses... Mon père a retrouvé ma sœur dans un espèce de centre où ils faisaient des expériences sur les enfa...
        - « Ah oui ? Et il a appelé la police, ton père ? Il a prévenu les autorités ? Ou il n'a « sauvé » que ta sœur et laissé tous les autres croupir là-bas ?
        - « Il a fait ce qu'il a pu ! C'est suite à ça que ça a déraillé. Sa lettre est tout a fait compréhensible avant... Et puis ma mère s'est faite emprisonner à son tour, et je ne sais pas ce qu'il s'est passé après... »

        Lin eut l'air d'avoir pitié de lui tout à coup :

        - « Daniel... Mon coeur... Ton père était un homme malade Ce n'est pas parce-que tu ne sais pas ce qu'il s'est passé que tu dois croire tout ce qu'il t'a raconté... Ça s'trouve, ils ont retiré la garde de ta petite sœur et ils ont été la récupérer...
        - « Nadia était petite, et moi aussi. Ils n'auraient jamais laissé le reste de la fratrie si les services sociaux pensaient mes parents incapables de s'occuper de nous.
        - « Si, ça arrive. Mais de toute façon, tu as cherché à savoir si un enfant n'avait pas été kidnappé ? Les papiers sont sûrement des faux...
        - « Elle ressemble trop à Nadia. C'est ma sœur.
        - « Tu sais, à cet âge, on peut trouver des ressemblances avec tout le monde... »



        - « C'EST – MA – SŒUR !!!! TU ENTENDS ?! C'EST – MA – SŒUR !!! JE LE SAIS !!! ALORS ARRÊTE AVEC CA! TOI NON PLUS TU NE SAIS PAS ! ALORS CE N'EST PAS LA PEINE D’ÊTRE CONDESCENDANTE AVEC MOI!
        - « Bon... Ecoute... je vais y aller...
        - « C'EST CA! VAS-Y!
        - « Je reviendrai quand tu seras calmé.
        - « Je serai calmé quand tu te seras sorti de la tête de travailler pour les Lalouche. »

        Le monde s'arrêta pour Lin. Était-ce vraiment en train d'arriver ?


        - « C'est à dire ?
        - « Tu as a très bien compris. Si tu es avec moi, tu ne peux pas travailler pour eux. Sinon, c'est que t'as rien compris. »



        « C'est eux ou moi. »

        Il posait le rêve de toute sa vie, son aspiration la plus profonde, sur un des plateaux d'un vulgaire ultimatum. Et sur l'autre, il y avait lui. Son premier grand amour. Elle trouvait cela extrêmement injuste. Elle avait déjà mis en péril son avenir pour lui. Pour quoi ? Pour qu'il ne vienne même pas à son propre anniversaire. Et pourquoi ? Pour une situation rocambolesque qui était en train de le métamorphoser. Cette haine, cette rancœur, cette agressivité, ce n'était pas le garçon dont elle était tombée amoureuse. Daniel était doux, gentil, raisonnable. Elle maudit intérieurement ce « père » qui avait tout fait foirer en revenant dans leur vie. Rien ne serait jamais plus comme avant, elle le savait maintenant. Pendant ces deux ans, elle l'avait perdu, petit à petit. Ils s'étaient chacun raccrochés à l'autre car ils représentaient les moments les plus heureux de leur adolescence. Mais la réalité de la vie avaient grignoté peu à peu ces souvenirs pour ne laisser place qu'à de l'incompréhension mutuelle.



        Il se tourna alors, lui indiquant la porte :

        - « Tu sais ce que j'en pense. Pour moi, ils sont responsables de l'épidémie d'il y a 10 ans. J'ai vu qu'ils trempaient dans des affaires louches. Ils méritent d'être sanctionnés pour tout ce qu'ils ont fait...
        - « Daniel... Des enquêtes ont eu lieu, et aucune n'a abouti. Ce n'est pas pour rien.
        - « C'est parce-qu'ils ont beaucoup d'argent.
        - « Cest de l'acharnement, ni plus ni moins. Ca ne m'étonnerait pas que Willow Labs soit derrière tout ça. Tu sais parfaitement qu'ils se mènent une guerre sans merci pour avoir le monopole pharmaceutique. »

        Elle luttait. Elle luttait car elle espérait malgré tout qu'elle pourrait le ramener à des réactions moins extrêmes. Parce-qu'elle ne pouvait se résoudre à laisser tomber ; elle tenait trop à lui pour ça. Parce-que s'imaginer sans lui était trop douloureux.
        Il lui semblait que son coeur pesait une tonne. Elle voulait le toucher, tout à coup, se serrer contre lui, oublier tout ce qu'il venait de se passer. Elle tendit alors une main et posa délicatement ses longs doigts fin sur le poignet de Daniel.

        - « Dan... » Murmura-t-elle.

        Il regarda sa main droite, comme hésitant sur ce qu'il allait faire. Il poussa finalement un petit soupir, ferma les yeux et les rouvrit en tournant la tête dans sa direction :

        - « A quoi ça sert ? On va faire semblant combien de temps ? Tu ne vas pas changer d'avis, moi non plus... C'est fini entre nous, Lin. »

        La jeune femme ouvrit de grands yeux d'effroi.

        Elle laissa alors retomber ses doigts et la gorge nouée, les larmes pleins les yeux, elle quitta la pièce sans un mot.
        Une fois dehors, elle ne put retenir ses larmes plus longtemps. 



        Elle poussa un petit gémissement de douleur et manqua de s'écrouler. Mais non. Elle ne pouvait pas rester ici plus longtemps. Il fallait qu'elle quitte cet endroit, qu'elle soit le plus long possible de lui.



        Autrefois, c'était pour le rejoindre qu'elle courrait à en perdre haleine. Aujourd'hui, c'était pour le fuir. A partir de ce jour, le simple souvenir de son contact deviendrait le plus douloureux de tous.



        5 commentaires:

        1. Oh bah merde...(oui, y'a que ça qui vient :p )

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          1. J'ai hâte de lire ce que tu vas écrire pour le prochain chapitre XD

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        2. Mais que d'embrouilles mais que d'embrouilles... tu es vraiment pas gentille avec tes Sims GGO. Ils méritent absolument pas tout cela Dan, Lin, Silvia ainsi que Nadia...
          J'ai hâte de connaître la suite et en même temps j'ai pas envie parce que je sens que cela va être pire...

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        3. Oh non... :(
          J'ai vite pensé à Lin en lisant le chapitre précédent, et mes pires craintes sont devenues réalité... :(
          Allez, on dit que dans le prochain chapitre Dan lui court après et lui fait plein de poutoux pour s'excuser ! :P Hein ? Hein ? Hein ? Dis ? Hein ? Hein ? Dis ? Dis ? Hein ?

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