31.


Une fois sur la route, elle commença à s'apaiser. Elle actionna alors la commande vocale de son véhicule qui transmit l'appel sur les haut-parleurs. Une voix masculine se fit entendre :
« Oui ?
« C'est Léonor. C'est Edouard Plènozas qui est derrière tout ça. Gérard Normand avait récupéré tous les résultats et mis en lieux sûrs, mais comme notre ami commun ne recule devant rien pour parvenir à ses fins, il a saoulé le chef du labo pour savoir s'il ne savait pas des choses. Je crois que lui-même ne s'attendait pas à une telle révélation.
« Mais Edouard n'a pas besoin d'argent...
« Edouard non. Sa maîtresse en revanche... Vous ne devinerez jamais qui c'est...
« Qui est-ce?
« Kérine Hébert.
« Je devrais m'en rappeler ?
« C'était la femme de ménage du Domaine d'Atlantys. Elle y avait  été placée par Plènozas pour séduire Nyls dans le but de le détourner du trône.
« Et elle est à l'origine de sa mort ?
« Pour autant que je sache, non. Personnellement, je n'ai pas pu en tirer grand chose dans le sens où elle ne parlera pas devant un juge de ce qu'elle sait de son amant. Peut-être que vous sauriez être plus persuasif... Comme vous le savez maintenant, elle a besoin d'argent.
« Vous pensez que c'est elle qui est à l'origine du chantage ?
« Je ne le pense pas je le sais. Si elle tient à la vie, elle ne dira rien. Cela dit, si j'ai un conseil à vous donner, c'est d'en parler aux principales concernées... Même si Kérine se tait, rien ne nous dit que Plènozas le fera ou que Gérard Normand gardera sa langue dans sa poche au prochain apéro. »
François ne répondit pas tout de suite.
« Vous avez raison, finit-il par dire. Je crois que ce secret n'a plus lieu d'être, de toute façon. Vous avez fait du très bon travail, Léonor. Vous passerez à la maison pour votre règlement ?
« Oui. Mais j'ai une dernière question : Carole Pomey, ça vous évoque quelque chose ?
« Euh attendez... Pomey vous dites ? Carole ? Il me semble bien que c'était le nom de jeune fille de la mère de Nyls. Pourquoi ?"
Un sourire s'invita doucement sur les lèvres de la jeune femme, s'étirant à mesure qu'elle prenait conscience de l'information.
« Comme ça... »
Cette réponse évasive provoqua un petit rire chez son interlocuteur. Malgré cela, il ne chercha pas à en savoir plus et il se quittèrent sur cet échange.
A son arrivée à SimCity, un violent orage menaçait d'éclater et la ville était plongée dans la pénombre. Une fois arrivée à destination, de violentes pluies s'abattirent sur la ville et firent résonner sa carrosserie avec fracas. Quelques minutes plus tard, les nuages s'étaient dispersés et le soleil reprenait ses droits avec encore plus d'ardeur, comme il adorait le faire tous les mois de Mars.






Une fois assurée qu'elle ne subirait un deuxième orage sur la tête, elle se dirigea vers le bel immeuble qui servait de résidence à Carole Pomey.



La chance voulut qu'un livreur de journaux arrivé en même temps qu'elle ait bloqué la porte d'entrée afin d'y déposer les quotidiens dans les boîtes aux lettres. Une fois arrivée à l'étage et devant le bon appartement, elle manqua de peu de se prendre la porte en pleine figure.




En effet, une femme d'âge mûr avait décidé de sortir de chez elle, le nez dans un livre qui devait être passionnant puisqu'elle remarqua à peine Léonor. C'est le :
- « Carole Pomey ? Ou plutôt devrais-je dire... Carole d'Atlantys ? »
Qui lui indiqua que désormais, elle avait une invitée.




L'ex Madame d'Atlantys ne manquait visiblement de rien. Des œuvres d'art certainement très rares, du mobilier certainement très ancien et un piano certainement très cher étaient là pour l'attester. Alors que Léonor détaillait son environnement, elle s'aperçut qu'on la regardait avidement. Elle ne tarda donc pas à lui présenter les raisons de sa venue.
- « Je suis Léonor Angès, et j'ai été d'abord engagée pour déterminer les circonstances du décès de votre fils Nyls. Malheureusement, et pour des raisons évidentes aujourd'hui, je ne trouvais rien qui ne tienne la route. Puis ça s'est compliqué pour moi, et j'ai du faire une pause dans mon enquête. Ensuite, d'autres événements m'ont amenée à interroger Kérine Hébert, ex petite amie de Nyls, qui m'apprit sans le savoir que l'héritier d'Atlantys n'était pas mort le jour où il était sensé l'être. Du coup, je me suis dit que Suzanne Ebadi, amie proche de Nyls, devait certainement savoir quelque chose. Manque de chance, elle était partie, mais non sans laisser une adresse. Un petit tour de passe-passe et me voilà chez vous, qui habitez à l'adresse de domiciliation du contrat établi par Suzanne pour le service de boite postale. On en vient à ma question : savez-vous où je pourrais trouver Nyls, j'ai à lui parler. »
Visiblement, Carole Pomey était prise de court. Elle faillit inventer une excuse quelconque pour noyer le poisson, mais Léonor lui indiqua instantanément par sa moue sceptique qu'elle était une très bonne nageuse. 





Peu habituée et surtout non préparée à maintenir mordicus l'invraisemblable, elle tenta, la détresse imprimée sur son visage :
- « Je... Je ne sais pas...
- « Et si vous me faisiez gagner du temps ? L'imperméable sur le porte manteau dans l'entrée m'a l'air un peu grand pour vous... Et sur la boîte aux lettres, je n'ai pas vu de « Monsieur Pomey ». A quel heure rentre-t-il, ce soir ?
- « ... Vers 20h."
Le temps sembla s'arrêter. Ainsi, Nyls était vivant. Et il était à portée de main. Ne retenant plus son excitation, elle s'exclama :
- « Ouh la la ! C'est trop tard. Appelez-le et dites-lui que sa grand-mère a quelques mots à lui dire. »
Devant la stupéfaction de son hôte, elle se sentit obligée d'avouer :
- « Bon... j'ai menti par anticipation. Irène ne sais rien. Encore. Mais s'il se dépêche de venir répondre à mes questions, peut-être qu'elle restera dans l'ignorance jusqu'à... la Saint Glin-Glin ? »
Carole baissa alors les yeux, serra les poings et se leva.
- « Je compte sur vous pour ne pas le faire fuir... hein... » S'assura Léonor.



Une fois devant le téléphone, elle composa un numéro, puis dit après quelques instants :
- « Nyls ? Oui, c'est moi. Il faudrait que tu viennes.
- « ...
- « Non, tout de suite.
- « ...
- « Non, je vais bien, mais il faut vraiment que tu viennes tout de suite, tu comprendras. J'ai vraiment besoin de ton aide.
- « Merci mon chéri. A tout de suite. »
L'air accablé, elle revint s'asseoir sur son fauteuil. Aucune ne pipa mot pendant plusieurs minutes. Léonor avait tellement de questions qu'à chaque fois qu'elle allait en formuler une, une autre s'imposait. Elle finit malgré tout par se lancer :
- "Comment va-t-il ?
- " Pas très bien. Il fait des efforts pour paraître heureux, mais il ne dupe personne. Il s'en veut énormément d'être parti comme ça. Ça le ronge, pour tout vous dire. 
- « Vous avez été en contact avec lui, toutes ces années ?
- « Non... Quand je suis partie, c'était pour couper les ponts. Je... je sais que ça peut paraître horrible d'abandonner son enfant mais... Je ne supportais plus la vie là-bas, de vivre dans cette vieille maison où tant de malheurs s'étaient produits... La mort de mon mari a été un calvaire et je n'ai pas su faire face. J'étais bien incapable de m'occuper de Nyls, et même si ça peut paraître difficile à comprendre, rester à ses côtés à ce moment là de ma vie lui aurait fait beaucoup de mal. Je ne voulais pas lui infliger ça."

"Ça peut paraître horrible d'abandonner son enfant"...
Ça l'est, pourtant... Mais je suis mal placée pour vous juger...

L'espace d'un instant, elle se remémora les clichés aperçus au Domaine d'Atlantys.





Qu'est-ce-qui pouvait pousser à laisser derrière soi la chair de sa chair ? 
Sentant ses tripes se vriller, elle se força à reprendre :
- « Comment avez-vous repris contact ?
- « C'est Suzanne, en fait. Après qu'il ait fui Atlantys et que sa petite amie d'alors l'ait laissé tomber, il a eu un passage très difficile. Elle connaissait son histoire, et elle s'est mise à me chercher. Elle n'a pas mis longtemps puisqu'elle connaissait mon nom de jeune fille.
- « Vous n'avez pas cherché à disparaître ?
- « Non... Je voulais juste partir d'Atlantys, pas me faire passer pour morte... Mais je crois que là-bas, ils ont choisi la seconde option...
- " Vous n'avez... Vous n'avez jamais tenté de...
- " De le contacter ? Non... Il s'est passé plusieurs mois avant que je n'aille vraiment mieux. Et je... Je ne savais pas quoi lui dire ! Je me sentais tellement mal ! J'avais tellement honte... A posteriori, je pense que je n'ai jamais vraiment guéri de ce mal qui me rongeait. Si Suzanne n'avait pas été là... Je traînerais encore cette ombre en moi comme le boulet d'un condamné... En retrouvant mon fils, j'ai retrouvé une partie de moi-même. C'est pour ça que... J'ai une deuxième chance, je ne vais pas la gâcher."
Le regard qu'elle lui lança alors était on ne peut plus clair. Elle ne ferait pas ce qu'elle veut de Nyls. Il allait falloir être très persuasive. Car si elle ne le persuadait pas du premier coup, il était fort possible qu'il disparaisse pour de bon. A cette pensée, Plènozas s'imposa à elle. Il y avait peu de chances pour qu'il soit au courant du fait que Nyls soit encore vivant. Mais pour combien de temps ? Elle tenta de se rassurer en se disant qu'elle était la seule à savoir, qu'elle n'en avait parlé à personne, mais si Victorien Vasseur était au courant de ce qu'elle venait d'acheter, se pouvait il qu'elle l'ait mené tout droit au jeune héritier ? Était-il si bienveillant que ça ? Il avait l'air obsédé par un secret appartenant à la famille d'Atlantys. Pour ce secret, valait-il mieux qu'il soit vivant ou... ? Pour ce secret, valait-il mieux qu'elle-même soit vivante ou... Le coeur battant la chamade, elle perçut des pas précipités dans l'escalier. Elle jeta un dernier regard à son interlocutrice dont la tension semblait à son comble. Pendant ces secondes qui s'étiraient à l'infini, Léonor eut peur. S'était-elle jetée dans la gueule du loup ? La poignée se mit à tourner...

Et si... Et si...

... Et la porte s'ouvrit à la volée.















































Un homme échevelé arriva alors en trombe et se planta devant Carole :
- " Ça va Maman ? Tu vas bien ?!
- " Oui, je vais bien. Je crois qu'il va falloir que tu t'assoies."
Il est difficile de quantifier le soulagement, la joie et l'exaltation que ressentit Léonor à cet instant. Elle en aurait pleuré. Nyls d'Atlantys, que l'on prenait pour mort et enterré, était là, devant elle, en chair et en os. Alors peut-être un peu débraillé, mais en vie tout de même !
Les mains appliquées contre son visage, elle riait. Un rire nerveux, certes, mais un rire de décharge. Voilà pourquoi elle ne trouvait rien. Voilà pourquoi elle ne trouvait pas d'assassin. Il n'y en avait pas. Seulement, ne pas être un meurtrier ne voulait pas dire ne pas être coupable. Surtout qu'elle n'était pas sûre que Plènozas ait dit son dernier mot. Subitement ramenée au moment présent, elle releva prestement la tête et le changement d'expression de ses traits dut être impressionnant car le jeune héritier s'assit immédiatement à ses cotés.



Une fois les présentations faites, Léonor entama le récit du parcours qui l'avait menée jusqu'à lui. Une fois qu'elle l'eut achevé, elle posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis qu'elle avait découvert la mise en scène :
- « Seriez-vous prêt à m'aider à confondre Edouard Plènozas ? »




- " Mais... Mais... Je n'ai aucun moyen !"
Léonor était atterrée.

Et il a fait des études ce nigaud ?!

- " Vous rigolez ou quoi ?! Vous êtes la preuve vivante qu'il y a eu escroquerie, abus de confiance, association de malfaiteurs ! Je suis sûre qu'avec un bon avocat on peut tenter un proxénétisme... Et à mon avis, en creusant un peu, on trouvera autre chose ! Il faut juste que vous témoigniez et que... Que Kérine se retourne contre Plènozas. Ce qui, à mon avis, ne sera pas si difficile à obtenir à partir du moment où elle y trouve son compte. Dans tous les sens du terme, termina-t-elle d'un air entendu."
Pour toute réponse, il lui adressa un regard plein d'amertume.
- " Vous comptez les laisser s'en tirer comme ça ? Reprit-elle. Vous comptez vivre comme un vagabond le restant de vos jours ? Ça ne vous fait rien que ce type hérite de tout ce qui vous revient ?!
- "Je n'ai plus aucun droit sur le Domaine. Je n'en suis plus digne.
- " Mais bon Dieu Nyls !! Secouez-vous !
- " Mme Angès..., tenta Carole.
- " J'ai pas fini !"
Puis, se retournant vers sa proie :
- " Vous avez été berné ! Ça arrive à tout le monde ! Vous étiez vulnérable ! Tiens ! Abus de faiblesse ! Vous étiez mineur ! Détournement de mineur ! Ils vous ont battu à armes inégales ! Vous ne pouviez pas lutter ! Personne n'aurait pu ! Alors maintenant que vous avez grandi et que vous savez tout, il est temps de rendre les coups !"
Tendue comme un arc, Léonor attendait. L'expression abattue du jeune héritier laissa peu à peu la place à un air décidé.
- « Je crois que je pourrai convaincre Kérine de témoigner contre lui, Finit-il par répondre. De toute façon, je ne lui laisserai pas le choix."



Le bleu glacial des yeux de Nyls d'Atlantys en disait long sur sa détermination : il avait enfin enfilé ses gants et s'apprêtait à monter sur le ring.






























7 commentaires:

  1. Ah ben quand même :)
    Comment Nyls va t il expliquer son départ ^^ ? J'adore franchement cette histoire vivement la suite et Plénozas en taule vite vite ;)

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  2. Eh ben ça alors ! Un mort vivant ! :O C'est maintenant que les choses sérieuses vont commencer, encore qu'ils ne sont pas tirés d'affaire, faudrait pas que Kérine Hébert se dégonfle... Mais bon, y a quand même un air de "Eye of the Tiger" dans l'air ! ;)

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  3. Yeaaaaaah !!! Ca va saigner à Atlantys, et Plénozas finira ses jours en prison, Youhou !!!!
    Par contre Léanor et Ryan divorceront, mais on ne peut pas tout avoir :p

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  4. Pythonroux : Bonne question ! :-p
    Merci beaucoup. Comme dit sur l'off, ça booste !!

    Mathoo : C'est pour ça qu'il a une tête de déterré ! XD
    Faut voir... ^^

    Noog :Bon bah... FIN!

    XD

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  5. Ça sent la fin. L'intrigue se dénoue et les pièces se mettent en place.
    Je suis triste mais je suis content aussi.
    C'est une histoire qui méritent vraiment d'être suivi, et je regrette qu'on ne puisse pas la mettre plus en avant, car elle accuse 2 générations de retard.
    Mais cette différence s'efface tant on est pris dans le récit, et l'enquête de Leonor.
    J'espère qu'on aura l'occasion de la retrouver pour une autre enquête avec la nouvelle génération.
    Après tout, le nouvel addon t'offre ça sur un plateau d'argent,
    Leonor, chef de la police d'Atlantys ? ;)
    Merci pour ce moment de détente ! :)

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  6. Wouhouuu il est vivaaant ! (mais Léo a quand même tout foutu par terre pour ça ! va falloir démissionner pour reprendre Ryan :p )

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  7. Pour le suivi en tout cas, vous n'avez pas ménagé vos efforts! Ca m'a beaucoup touché, merci beaucoup à vous tous.

    Missing : Ca me fait bizarre aussi... D'un coté j'ai pas envie que ça se termine, mais de l'autre, nom d'un chien que c'était long ! Depuis 2007 cette histoire tourne en boucle dans ma tête. Donc là je savoure un peu ces derniers instants. :-)
    Merci pour tous ces compliments, ça me va droit au <3.

    On verra ça :-p

    Saku : Pour combien de temps ? :-p

    On verra ça :-p

    XD

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