26.


Les meubles installés, la vaisselle rangée, ses vêtements triés et le ménage fait, il n'y avait plus de raison de reculer.
Elle avait décidé d'organiser une petite fête pour remercier ceux qui l'avaient aidée ou s'étaient inquiétés de son sort. Il ne devait pas y en avoir beaucoup. Anaïs s'était proposée pour l'aider pour les invitations. Désormais, il ne restait plus qu'un numéro à composer.
Sa main droite resta sur le combiné quelques minutes avant d'oser le soulever. Finalement, ce fut la gauche qui fut courageuse et qui actionna les touches du téléphone.


Malheureusement, elle tomba sur Benoît qui lui indiqua que Ryan était en déplacement pour un match à Véronaville – juste à l'autre bout du pays – et qu'il ne rentrait que le semaine suivante car il avait une tournée à faire pour ses sponsors.
En raccrochant, elle se demanda si elle ne ferait pas mieux de reporter la soirée. Anaïs l'en dissuada :
- « Je pense de toute façon qu'il vaut mieux que vous vous retrouviez en tête à tête. »



Il ne restait plus que quelques heures avant l'arrivée des invités. Léonor avait occupé son temps libre en parcourant les journaux pour voir comment tournaient les choses à Atlantys. La réponse ? Mal. Aucune décision n'avait été prise depuis le retour de Plènozas et sa clique. Et ça commençait à parler. Des deux côtés du pont. Plus l'attente se prolongeait, plus les hypothèses jaillissaient, plus les avis se formulaient et plus les retenues sautaient. Atlantys n'avait jamais été aussi divisée. Il y avait les partisans de Ladopthé, ceux de Damien des Plaines, ceux d'Alexy d'Atlantys, ceux de Prys et d'Edouard Plènozas et enfin ceux de François Faivre. Irène d'Atlantys vivait apparemment recluse et un conseil restreint avait vu le jour, dont les membres se résumaient à Charly d'Atlantys et Romin des Plaines. Exit donc Germain Vasseur et François Faivre. Pourquoi ? Léonor n'en savait rien, même si elle se doutait que l'un comme l'autre ne voulaient pas entendre parler de cette histoire de succession. En plus de toutes ces indécisions, un élément avait mis le feu aux poudres, à savoir la rumeur qui annonçait Damien des Plaines comme successeur de Nyls d'Atlantys, alors qu'une élection démocratique avait été évoquée. Ne pas donner son avis n'avait pas gêné la Rive Gauche pendant des centaines d'années, mais maintenant qu'elle touchait du doigt l'idée de voter, elle s'y cramponnait vaille que vaille, encouragée par Eric Ladopthé et François Faivre. Ce-dernier maintenant mordicus qu'il ne se présenterait pas si élections il devait y avoir. Dernier fait qui soulevait également des vagues d'indignation. Selon certaines personnes, il était de son devoir de se présenter, et c'était un scandale qu'il reste en retrait de la sorte. Au vu de sa position, il « devait » les représenter car au final, c'était bien le seul à connaître le quotidien des REGS.
Ainsi, de Nyls d'Atlantys il n'était plus question. On avait célébré ses funérailles, retransmises à la télévision, devant le mutisme pétrifiant de sa grand-mère. Cela avait été la dernière fois que le jeune héritier disparu avait été évoqué. Cela avait eu lieu alors que Léonor passait ses premiers jours chez Anaïs. L'oeil vitreux, on avait pensé à l'époque qu'elle n'avait rien entendu. C'était faux. Elle avait vu, surtout. Elle avait vu le visage dévasté de Prys Plènozas. Elle avait vu son frisson de dégoût quand son mari, d'un geste qui se voulait rassurant, l'avait attrapée par les épaules. Et pourtant, malgré tous ses doutes, tout ce qu'elle avait dit à Léonor, elle était toujours avec lui. C'était ce qu'avait retenu son esprit embrumé.
Aujourd'hui, devant le miroir, sans trop savoir pourquoi, elle repensa à ce moment. Elle repensa à cet instant où, avant de la quitter pour retourner chez elle affronter ses collègues, elle avait jeté un regard par dessus son épaule.
Léonor secoua la tête. Qu'est-ce-qui la retenait de le quitter, après tout, ?

Un contrat de mariage, certainement.

Un requin comme Plènozas avait à n'en pas douter assuré ses arrières. La jeune femme se mordit la lèvre.

Je lui prédis encore quelques heures sombres...

La sonnette retentit soudain.

Déjà...



Léonor n'avait pas prévu tout ce monde. D'après ses calculs, il devait y avoir Fani, Anaïs, Alice et 2 ou 3 personnes que voulait lui présenter son amie. Or, une demi-heure après l'arrivée du premier invité, fort était de constater qu'elle n'avait pas prévu assez de salade ! Sa salle de bain n'avait jamais vu autant de monde, on se marchait sur les pieds dans le salon, et il y en avait autant en bas dans la cours de l'immeuble.
Parmi les invités surprise ? Victorien Vasseur et François Faivre.
- « J'ai vu de la lumière ! » avait dit le premier,
- « Fani, une amie que l'on a en commun, m'a invité quand j'ai demandé de vos nouvelles » s'était justifié le second.
Elle avait également reconnu Benoît, qui aux dernières nouvelles hébergeait toujours les 2/3 de la famille Angès.
Les autres ? Des illustres inconnus. « Des bienfaiteurs moraux », avait corrigé Anaïs.
- « Tu es une sorte de vedette à Atlantys. Dès que je croise quelqu'un, il me demande de tes nouvelles. Ça a beaucoup marqué le quartier ta fameuse fausse tentative de suicide. Soit reconnaissante, y'en aurait 3 fois plus si Ryan avait été présent. »

Merci qui ?



S'étaient ensuite succédés tous les invités, juste pour lui dire un petit mot. Une petite queue s'était même formée, et elle fut à moitié étonnée d'y voir Victorien Vasseur plusieurs fois, sans toutefois arriver jusqu'à elle. Il ne parut se décider à y rester que lorsque François Faivre fut à sa hauteur.

Qu'est-ce-que c'est que ce manège, encore ?



- « Vous avez l'air en pleine forme ! Ça me fait vraiment plaisir. On était tous très inquiet.
- « Comme je l'ai déjà dit, tout le monde se méprend... J'ai glissé sur une plaque de verglas.
- « Mais ça n'en rend pas l'accident moins grave ! Je ne vous cache pas que vous n'êtes pas la première à rencontrer des... difficultés sur cette route. L'urbanisme s'est penché à nouveau sur sa sécurisation. Pour empêcher tout autre... incident. »

Mais personne ne me croit ma parole !

- « Je vous remercie. Mais je vous rassure, je ne vais pas porter plainte contre la ville ! Le conseil peut dormir sur ses deux oreilles, finit-elle en souriant jaune.
- « Je ne disais pas cela dans ce sens... Même s'il est vrai que d'autres n'auraient pas hésité. Mais bon... Ce n'est plus mon problème.
- « J'ai cru comprendre que vous ne faisiez plus parti du conseil ?
- « Vous avez bien compris. Ces histoires de succession, ça m'a toujours ennuyé. C'est dépassé, qui plus est. On aurait dû passer déjà depuis longtemps au suffrage universel. Alors je peux comprendre qu'on soit resté sous le système monarchique par habitude, mais comme maintenant tout est chamboulé, il faut en profiter !
- « Et vous ne voulez toujours pas vous présenter, s'il y a des élections ?
- « Moi ? Mais je suis trop vieux ! Il faut des jeunes, avec des nouvelles idées !
- « Et votre fils ?
- « Mon fils ? Antoine ? C'est un rat de laboratoire ! Il se fiche complètement des gens ! Non, il faut que Charly d'Atlantys et Romin des Plaines reviennent à la raison et qu'ils mettent en place des élections. Mais comme ils restent butés, eh bien je leur ai indiqué qu'ils allaient se passer de moi et que j'étais disponible s'ils consentaient à m'écouter. Voilà, vous savez tout.
- « Et Germain Vasseur ?
- « Oh, il faudrait lui demander... Mais entre nous, je crois qu'il est très loin de ce genre de considérations. »

Bon, je n'ai rien appris de nouveau...

Il s'approcha alors d'elle et l'invita à faire de même :
- « Je sais que le moment est mal choisi, mais il m'arrive une mésaventure dont je ne saurais me dépêtrer seul. Est-ce-que vous pourriez passer chez moi demain ?
- « Vous savez que je ne travaille plus pour mon agence de détective ?
- « Oui, je suis au courant. Mais je pense que vous pourrez m'aider. Vous serez bien entendu dédommagée, votre prix sera le mien.
- « Je... je ne sais pas, Monsieur Faivre...
- « Je peux comprendre que vous n'ayez pas très envie de vous replonger dans les problèmes des autres. Si c'est trop pour vous pour le moment, je prendrai les pistes qui vous viennent sur le moment et je me débrouillerai ensuite. »
Léonor n'avait pas très envie d'accepter. Cela dit, elle ne voyait pas comment dire non.
- « C'est d'accord. Je passerai dans l'après-midi.
- « Fantastique. Merci beaucoup. »




Ils terminèrent leur échange et la jeune femme n'eut qu'une idée en tête, demander à Victorien Vasseur à quoi rimait le cirque auquel il s'était adonné quelques instants plus tôt. Mais lorsqu'elle se retourna, il avait disparu.
Elle le chercha en vain pendant 15 bonnes minutes, guettant régulièrement la sortie des WC. Il s'était volatilisé.



Le dernier invité était parti très tard ! Léonor n'en pouvait plus. Elle avait vu tellement de monde en si peu de temps qu'elle en avait le tournis. Heureusement, Anaïs était restée avec elle pour l'aider à tout remettre en ordre avant de partir à son tour. Le silence qui s'était alors installé était apaisant. Dans un premier temps tout du moins.



En effet, toutes ces personnes, tout à coup, aussi bienveillantes soient-elles, n'avaient fait que renforcer sa détresse. Toute la soirée, malgré elle, elle avait cherché Ryan. A chaque instant, son esprit lui faisait voir l'homme de sa vie passer la porte d'entrée, avancer vers elle et la prendre dans ses bras. Elle se blottissait au creux de ses larges épaules, le visage caché contre son torse. Puis, inlassablement, on la sortait de sa rêverie et on la forçait à parler, à sourire, à se montrer reconnaissante. Ses oreilles bourdonnaient encore du vacarme qu'ils avaient fait, tous. Elle s'était sentie étouffée et n'attendait qu'une chose, leur départ.
Mais une fois exaucée, c'est une rafale de solitude qui s'était engouffrée au creux de son ventre. Elle voulait Ryan. Elle qui avait mis tant de soin à l'éloigner. Elle aurait voulu connaître une formule magique qui l'aurait placé là, tout près d'elle.



Parce-que cette nuit, son lit lui paraissait si grand, si froid, si vide..







10 commentaires:

  1. Aaaaaw :( Quelle note tristounette pour finir ce chapitre ! Enfin tu fais durer le suspense, hein ! Comme par mhasard, un match à l'autre bout du pays ! :P
    Je me demande bien dans quoi F. Faivre s'est fourré... Tu aimes bien nous emmener sur plein de pistes en même temps, hein ? :P

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    1. Un match de championnat, un match d'exhibition, le tout à l'autre bout du pays : nan, il n'était pas disponible ! XD

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  2. encore du suspense, toujours du suspense, rien que du suspense, tu commences à nous tuer la GGOf ;)
    c'est quand qu'il rentre Ryan et quand est-ce qu'on a des vraies réponses ^^

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    1. Je sais pas il a pas répondu au téléphone ! :-p

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  3. Elle va avoir du boulot Léo...ils peuvent pas lui lâcher la grappe un peu ? à tous demander des enquêtes, des pistes... ^^ c'est vrai quoi ! :p

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    1. Ouais mais quand on bosse, on pense pas ! ;-)

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  4. Faut qu'elle bosse oui ! Ça lui évitera de penser à Ryan et de précipiter les choses.
    Parce que là, si ils se voient, je suis pas sûr qu'elle va garder le contrôle.
    Enfin on verra bien la suite !
    Il est quand même temps qu'elle voit son fils, qui bizarrement ne lui manque pas :p
    (D'ailleurs, qui le garde pendant la fête ?)

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  5. Ryan l'a pris avec lui ;-)

    Léonor fait un blocage sur Ryan mais aussi sur Louis... :-/

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  6. Bon ben ça stagne par ici ! :p Je veux revoir Ryan moi !!!

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