25.


Avant d'arriver au portail, elle avait quand même fait demi-tour sur quelques mètres, décidant finalement qu'elle n'avait aucune envie de la voir. Mais sa discussion avec Anaïs lui était revenue en mémoire. C'était bien la peine de lui faire la morale sur le fait qu'elle n'affronte pas sa mère pour faire la même chose. D'accord, ce n'était pas Ryan. Mais la Harflaural, ça ne comptait pas pour du beurre non plus. 
C'est ainsi qu'elle s'était retrouvée face à celle que toutes les femmes redoutaient, et dont elle faisait désormais partie.
Véra, à la vue de Léonor, ne put masquer sa stupéfaction. Une fois l'effet de surprise dissipé, elle recula sans un mot, l'invitant par ce geste à entrer.



Elle lui avait proposé quelque chose à boire, puisqu'elle s'apprêtait à se servir un verre, mais Léonor refusa.

On ne sait jamais...

Elle observa la femme devant elle en train de s'affairer.

Toujours aussi peu vêtue...

En effet, il faisait un froid de tous les diables dehors. Le matin même, Léonor avait en premier lieu opté pour une grosse polaire et des bonnes chaussures, puis elle s'était rappelée à qui elle rendait visite. Véra Harflaural. La croqueuse d'homme. La tornade rouge qui attrapait tout ce qui avait de la barbe au menton dans son tourbillon. Celle qui avait fait tomber les barrières "anti-allumeuses" de Ryan. 
Elle s'était donc décidée pour un beau pull en laine bien cintré, un jean qui mettait ses fesses en valeur, et un maquillage un peu appuyé pour rattraper les dégâts liés à son accident ; telles étaient les armes qui lui avaient insufflé du courage.



Un lourd silence régnait dans la pièce. Véra avait des gestes lents, délicats. C'est pourquoi Léonor sursauta quand la carafe tinta un peu fort contre le verre. Visiblement, si elle n'était définitivement pas à son aise, son hôte ne l'était pas non plus. Elle tenta de contourner son malaise en observant son environnement : c'était une vieille maison en bois qui dégageait un délicieux parfum, certainement lié à la fleur devant elle. Les équipements étaient anciens, mais bien entretenus. A sa gauche, il y avait un établi qui devait servir à l'élaboration de bouquets. Une télévision d'allure banale, des canapés qui devaient avoir servi à plusieurs générations, un vieil enrouleur de câble en bois qui servait de table basse. A droite, un chevalet et un juke-box d'au moins 60 ans.

Ils ne sont pas dépensiers dans la famille... Cela expliquerait peut-être qu'elle achète le tissu au mètre ?

Un sourire sarcastique s'invita sur ses lèvres.




Au centimètre ?



Léonor pouffa intérieurement.
- « Vous êtes sûre que vous ne voulez rien ?"
La question de Véra la fit sursauter, toute à ses moqueries.
- " Euh... Non, non. Merci.
- " Vous devriez... C'est une citronnade. Ça rafraîchit !"
Elle porta alors le verre à sa bouche, devant le regard médusé de la jeune femme.

Elle est pas humaine. Ryan, ne t'approche pas trop. 

Ou... Peut-être perpétuellement en chaleur... 

J'espère que c'est la première solution.



Quand il ne resta plus une goutte de jus de fruit, Véra Harflaural fut bien obligée de se lancer. Elle pria donc son « invitée » de s'asseoir, et demanda :
- « Même si j'ai ma petite idée, qu'est-ce-qui vous amène ?
- « Votre fille. »



La surprise se lut instantanément sur le visage de la fleuriste.
- « Véronica ? Il lui est arrivé quelque chose ?
- « Non, rassurez-vous. Elle est venue me trouver pour que je retrouve son père. »
Véra écarquilla les yeux :
- « Quand ça ?
- « Hier.
- « Et qu'avez-vous répondu ?
- « Que je ne travaillais plus... Et que vous aviez certainement de bonnes raisons de vous taire. »
Léonor vit son interlocutrice déglutir.
- « Merci... J'imagine.
- « De rien. Mais je suis venue vous prévenir : ce n'est que le début. Elle est déterminée. Il va falloir que vous trouviez quelque chose à lui mettre sous la dent, sinon ça va dégénérer. »



Véra s'affala contre le dossier de son fauteuil en soufflant d'un air las.
- « Mais pourquoi ne se contente-t-elle pas de ce que je lui ai dit ? Murmura -t-elle
- « Parce-que vous avez changé votre version de l'histoire. »
Haussement d'un sourcil. Apparemment, c'était une question pour elle-même. Léonor compléta malgré tout :
- « Elle ne PEUT pas se contenter de ce que vous lui dites. C'est viscéral. Il faut qu'elle sache d'où elle vient. Mais surtout, je pense qu'elle veut l'entendre dire pourquoi il est parti, pourquoi il vous a laissé, pourquoi il a décidé qu'elle ne le méritait pas.
- « Mais c'est impossible !
- « Est-ce-qu'il est mort ?
- « Non... Mais j'aurais mieux fait de lui dire ça. »
La bombe sexuelle se transforma alors en mère éplorée et plongea la tête dans ses mains. Elle avait l'air plutôt paniquée étant donné le fait que le père était censé être introuvable.
- « Y'a une raison au fait que vous ne vouliez pas qu'elle le rencontre ? »
L'interrogée relava brusquement la tête avec l'air de dire « A ton avis ? »
- « Pourquoi ne pas le lui dire alors ? Si c'est un sale type, dîtes-lui que c'est hors de question qu'elle le rencontre un jour pour son propre bien.
- « Je vais lui dire ça, décida-t-elle.
- « C'est la vérité ?
- « Non.
- « Elle va le sentir. Déjà, elle a remarqué que vous changiez votre version. Petite, c'était super papa qui ne pouvait pas être là, et aujourd'hui, c'est papa en a rien à faire? »



Véra se mordit la lèvre inférieure. C'est avec un air complètement perdu qu'elle demanda :
- « Mais qu'est-ce-que je suis sensée dire ?
- « La vérité.
- « Impossible, je vous l'ai déjà dit.
- « Est-ce-qu'il vous a fait du mal ?
- « Non... Enfin, sauf quand il est parti. Mais on savait bien que ça ne pouvait pas durer. »
Voyant que cela pouvait durer des heures, Léonor conclut en se levant :
- « Ecoutez. Visiblement, c'est compliqué. J'ai fait ma part du travail en vous prévenant que votre fille était sur la mauvaise pente, maintenant, j'en sais pas assez pour vous aider. Donc si vous voulez bien m'excuser...
- « Restez s'il vous plaît ! J'ai besoin de votre aide !
- « Ah bon ?! Vous n'avez pas eu besoin de moi pourtant pour vous frotter à Ryan!! »



Le mot était lâché. Une partie d'elle voulait partir, mais l'autre voulait savoir. Elle voulait savoir s'ils étaient amants ou pas. Debout, avec un regard qui lançait littéralement des flammes, elle attendait.
Véra baissa les yeux et les jambes de Léonor flanchèrent, la faisant retomber sur le sofa qu'elle venait tout juste de quitter. Le silence qui s'installa alors était assourdissant tant il faisait bourdonner les oreilles de la jeune femme.

Alors ça y'est...

Le bourdonnement s'intensifia, enfla, puis se transforma en un sifflement qui lui donna le vertige. Véra articula quelques mots qui semblèrent enveloppés dans du coton.
- « Mon Dieu... » 
Puis :
- « Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis désolée...
- « Et moi donc, souffla Léonor, le cœur au bord des lèvres.
- « Nan attendez... Je ne sais même pas par où commencer... Déjà, il n'y a rien et il n'y a jamais rien eu entre Ryan et moi. »
L'environnement de Léonor se figea. 
Tout à coup, elle pouvait respirer. Tout à coup, la chape de plomb qui lui courbait l'échine s'envolait miraculeusement et de fait, elle se redressait, ce qui valu un léger sursaut de son interlocutrice. Elle haussa alors les sourcils, l'encourageant à poursuivre, ses yeux exprimant tour à tour le scepticisme et le fol espoir :
- « Jamais, insista-t-elle. Il parlait tellement de vous qu'il n'y avait de place pour personne d'autre... « J'ai rencontré ma femme pendant mes études" , "elle y est pour beaucoup dans ma réussite aux examens de fin d'année" , "elle avait déjà un poste avant même d'être diplômée", "c'est la plus jeune détective titulaire de son agence", "elle est tellement entière et passionnée... »...
Encore sous le choc de ce qu'elle avait pris pour un aveu de leur liaison et n'osant toujours pas y croire, elle demanda, agressive :
- « Et qu'est-ce-que c'était, alors, l'autre soir au fever ?
- « Une bêtise de ma part ! Lança-t-elle en levant les yeux au ciel. Alors je vais être franche : moi, je n'ai de contrat avec personne. Je suis libre. Je sais que vous pensez, comme tout Atlantys, savoir qui je suis. C'est faux. Vous n'avez pas la moindre idée de ce par quoi je suis passée. Aujourd'hui, c'est vrai, je suis plutôt volage. Mais encore une fois, je n'ai personne qui m'attend à la maison. Quand je sors et qu'un jeu de séduction s'installe, si la personne me plaît, je suis. Qu'elle soit mariée ou pas. S'il décide de mettre un couteau suisse dans le contrat, ce n'est pas mon problème. Bon. Ça, c'est pour les autres. »
Alors que Léonor commençait à se détendre, cette dernière phrase raidit à nouveau instantanément tout son être.
- « Pour Ryan, c'est différent... »
Nouveau silence, ton beaucoup moins incisif.
- « Au fur et à mesure de nos rencontres, que ce soit chez Benoît, qui est un ami, ou en ville de manière fortuite – je vous le garantis – une certaine... sympathie s'est installée entre nous. Puis c'est devenu de l'affection. »
La jeune femme leva malgré elle les yeux au ciel.
- « C'est le seul, vous entendez bien, qui est au courant de ma réputation, et qui me traite avec un vrai respect. Pourtant, tous mes proches savent ce qu'il s'est passé et pourquoi je me suis retrouvée enceinte à 17 ans, et seule. Mais y'en a pas UN, qui me parle comme Ryan. Même Benoît ! Lui qui est si adorable, est persuadé que je suis seule par choix. Mais c'est faux ! Depuis mes 17 ans, je suis fuie comme la peste. J'ai toujours été Véra « la salope ». Je n'ai JAMAIS compris pourquoi. Anaïs a connu la même mésaventure que moi, à peu de chose près, et on ne l'a pas traitée comme ça. Mais si vous remarquez, elle est toute seule, comme moi... On a juste pris les choses de manière différente : elle s'est terrée, moi j'ai voulu profiter de la vie, et bénéficier d'un tant soit peu d'affection. Voilà. »
Nouvelle pause.
- « Et donc, soupira-t-elle, on en vient à l'arrivée de Ryan et à sa manière de me considérer, sans moquerie, sans dédain, sans pitié. Alors, oui, j'ai un faible pour lui, et oui, j'ai tenté des approches tactiles. Et non, il n'y avait jamais répondu, mais je pense qu'il prenait ça pour un trait de ma personnalité, comme quelqu'un qui aime bien le contact des autres. En réalité, pas trop. Je n'initie d'habitude jamais l'approche physique. Mais bon, il ne le savait pas. Et ce fameux soir, j'ai appris qui vous étiez. Sur le moment, ça a tout changé. Quelque chose chez vous m'a donné une vraie gifle, et... je sais pas comment l'expliquer, mais ça m'a frappée : il était amoureux de vous. C'était une certitude. Ça m'a complètement chamboulée, et j'ai répété un truc que j'avais entendu de la bouche de Germain Vasseur. Je ne m'en souviens même plus. Je voulais juste crier un grand coup et partir. J'ai été me rafraîchir, j'ai croisé deux ou trois connaissances, puis... Puis je l'ai vu arriver. Et ça m'a rappelé qu'il n'était pas pour moi. Il s'est aperçu que j'étais pas au mieux, m'a touché le bras de manière très platonique en me demandant ce qu'il se passait, et... Et je lui ai répondu que je partais, de la manière que vous connaissez. En mon fort intérieur, je lui disais adieu, en quelque sorte. C'est pour ça que je me suis permise d'être si proche de lui. Malheureusement, vous êtes arrivée pile à ce moment là. Quand lui était dévasté par votre séparation, quand moi je devais faire une croix sur lui, quand, pour la première fois, il n'est pas resté en retrait lors de mes tentatives de rapprochement. Voilà... Vous savez tout. »
Ces derniers mots avaient été prononcés tout bas. Tout à coup, Léonor l'entendit renifler.
- « Et si vous saviez, reprit-elle la voix tremblante, comme je regrette ce geste aujourd'hui... Si je m'étais retenue, vous n'auriez rien vu et... »
Elle pleurait à présent. Quant à Léonor, elle sentait ses yeux à deux doigts de se transformer en véritable fontaine.
- « Et vous... Et vous... Enfin... Voilà quoi... »



Léonor était incapable de parler. Ces montagnes russes émotionnelles avaient eu raison de son agressivité. Un coup elle était désemparée, un coup ça allait mieux. Un coup elle avait peur à nouveau, puis elle était en colère, puis elle était soulagée... Et maintenant, elle était triste ! Ce flot continu de confession était pour le moins inattendu, et elle ne pouvait s'empêcher d'être sensible au désarroi de la personne en face d'elle. Véra Harflaural en bavait. Tous les jours. Elle lui rappela la citation : « L'enfer, c'est les autres ». Elle se demanda ce qui pouvait bien s'être passé lorsqu'elle avait 17 ans, mais vu son état, se garda bien de poser la question. Soudain, elle réalisa quelque chose : si Véra était si troublée, c'est qu'elle pensait que suite à la scène à laquelle Léonor avait assistée, cette dernière avait tenté de mettre fin à ses jours. Or, ce n'était pas du tout le cas. Elle sentit ses sourcils se froncer.

En fait, elle en a rien à faire de mon couple, elle se sent juste coupable d'avoir été la cause de ma prétendue tentative de suicide. Donc si je lui dis la vérité, elle va lui ressauter dessus à la première occasion...

Elle était bien embêtée.

Oh, j'vais quand même pas me tirer une balle dans l'pied quand même...

- « Je n'ai pas tenté de me suicider. »

MAIS C'EST QUOI MON PROBLEME ?!

Véra, qui séchait ses yeux, releva la tête.
- « J'ai glissé sur une plaque de verglas. Bon, je pleurais toutes les larmes de mon corps, mais c'était un accident. »
Léonor sentit la culpabilité de son interlocutrice baisser d'au moins trois niveaux. Sur trois et demi. Le demi restant devait correspondre au fait qu'elle s'en voulait quand même de l'avoir fait pleurer, et donc, quelque part, dans une certaine – très petite – mesure, d'être responsable d'une partie de son accident.
Comme pour appuyer sa pensée, Véra poussa un léger soupir de soulagement.
C'est cette dernière qui rompit le silence qui s'était installé :
- « Pourquoi vous n'avez pas voulu le revoir ? Il était prêt à tout oublier.
- « Précisément pour cette raison, trancha Léonor. Il mérite mieux. »
La situation fut alors très bizarre : la jeune femme eut la sensation que si Ryan avait été là, dans la pièce, à cet instant, Véra se serait levée et se serait jetée sur lui en criant : « Adjugé vendu ! ». 
Elle lui faisait nettement moins pitié, à présent.
- « Alors je vais être très franche avec vous, à nouveau. Ce gars là, c'est une perle. J'en connais très peu des hommes comme lui, et c'est pas faute d'avoir cherché. Si vous continuez à faire la sourde oreille et à ne pas l'écouter, il va se faire alpaguer, et l'heureuse gagnante ne le lâchera pas, elle. Alors arrêtez de penser à sa place et écoutez-le. Je ne sais pas si vous vous rendez bien compte à qu'elle point il est sollicité. Vous avez vu ? Il est placardé partout. Toutes les filles lui courent après, les bars sont pris d'assaut à chaque match par cette toute nouvelle clientèle. Des troupeaux d'hormones en folie. Occupez le terrain je vous dis. »
Cette dernière tirade lui arracha un sourire, malgré le tableau effrayant qui venait de lui être dressé.
- « Ne souriez pas, la reprit son interlocutrice. C'est très sérieux. Pour la bonne et simple raison que si je vois que cette fois, la voie est libre, eh bien je serai la première sur la liste. »



Ça avait le mérite d'être clair. Léonor avait toujours le sourire aux lèvres, mais il s'était teinté de jaune. Un sourcil relevé, elle se dit qu'elle avait l'impression de revivre ses premiers moments de flirt avec Ryan à l'université, juste avant qu'il ne se décide à l'embrasser, pour « sauver sa journée » ; l'équipe de SimCity venait de perdre la coupe nationale. Capitaine de l'équipe de foot universitaire, c'était le type à avoir à son bras – et dans son lit – pour une grande partie du campus féminin. Elle avait sourit aux mots « troupeaux d'hormones en folie » parce-que c'était exactement comme ça qu'elle se représentait les autres filles à l'époque. Et voilà qu'elle se retrouvait dans une situation similaire.
Ne trouvant rien d'autre à ajouter, elle avait pris congé. En passant la porte, elle s'était prise à se demander :

C'est quand la finale de la coupe nationale cette année ?



Léonor avait repoussé un nombre incalculable de fois ce moment. Une fois rentrée de sa visite chez Véra Harflaural, elle s'était trouvée très fatiguée et avait fait une sieste. Au réveil, elle s'était dit qu'il était temps de s’intéresser au jardinage et avait assisté Anaïs pour le désherbage. Ensuite, il avait fallu préparer le repas et elle s'était consciencieusement occupée des oignons. Pendant le dîner, on avait parlé d'autre chose. Après, il avait fallu se préparer à se coucher. Et voilà qu'elle était sous la douche depuis 20 minutes, quand Anaïs vint s'inquiéter :
- « Tout va bien là-dedans ?
- « Euh... Oui oui ! Désolée, je rêvais... Je sors ! »
La jeune femme resta encore un instant dans la salle de bain après avoir coupé l'eau, puis décida enfin à sortir avant que son hôte ne prévienne les secours.



Anaïs avait ensuite pris possession des lieux, et, à 23h14, elles étaient toutes les deux dans le salon.
Elles échangeaient des banalités quand Anaïs demanda tout à coup :
- « Bon ! Qu'est-ce-qui va pas Léonor ?
- « Pardon ? Demanda cette dernière surprise du changement de sujet.
- « Qu'est-ce-qui ne va pas ? Je vois bien que tu tournes en rond depuis cet après-midi. Tu me regardes du coin de l’œil depuis que tu es rentrée de ta sortie, et ne parlons pas de ton intérêt soudain pour les mauvaises herbes et les oignons... »



La jeune femme ne répondit pas tout de suite. Elle fixa son amie quelques secondes, pour repousser une ultime fois ce moment. Puis, elle ferma les yeux et en les rouvrant annonça :
- « Je vais partir. »



Le regard d'Anaïs se troubla. Puis, comme si elle voulait se persuader qu'elle avait mal compris, se justifia :
- « Oh mais je ne disais pas ça pour que tu partes ! Je me suis mal exprimée quand je disais que tu tournais en rond... Je voulais juste savoir ce qui te tracassait... Tu es la bienvenue ici, tu peux rester autant que tu veux !
- « Merci Anais... Mais je crois qu'il est temps pour moi de vous laisser votre espace avec Alice... Et d'en retrouver pour moi. »
Anaïs garda à son tour le silence un instant. Puis :
- « On est bien d'accord, si tu le souhaites, tu peux rester.
- « Oui. Merci pour ton offre. Mais je crois qu'il est temps.
- « D'accord. »
Léonor eut tout à coup l'impression que cette fois, c'est Anaïs qui n'osait pas lui poser une question. Elle avait l'air même bien embêtée, tout à coup. Et puis cela fit tilt :
- « Anaïs... Tu sais que je n'ai pas tenté de me suicider... N'est-ce-pas ? On en a parlé...
- « Oui oui... Lâcha-t-elle comme si elle n'en croyait pas un mot.
- « Mais c'est vrai ! J'ai glissé sur une plaque de verglas !
- « D'accord d'accord... Mais tu es quand même partie un peu... »
Léonor leva les yeux au ciel :
- « Je sais. Coupa-t-elle. Je n'étais pas au mieux, c'est vrai. Allez, tout allait de travers, je te le concède. Mais pour moi, me jeter contre un arbre n'est pas une solution. Ca ne l'a jamais été. J'ai glissé. »
Moue septique de son interlocutrice.
- « J'AI GLISSE ! Finit-elle par s'emporter.
- « D'accord ! D'accord ! Tempéra Anaïs. C'est juste que... Ahem... Je veux juste m'assurer que tu ne risque rien. »

Bon. Je sens qu'on va pas me laisser tranquille.



- « Et si je vais voir le psychiatre ? Ça te rassurerait ?
- « Celui que tu dois voir depuis une semaine pour l'arrêt de ton traitement ?
- « Celui-là même !
- « Oui oui, si c'est bon pour lui, c'est bon pour moi.... Je... Je peux te demander pourquoi ? Il s'est passé quelque chose ? Tu vas mieux, ça se voit, et ça a été plutôt soudain... Y'a eu quelque chose ? 
- « Je ne sais pas trop, à vrai dire... Tout à coup, j'ai vu mon visage. Tout à coup je me suis ennuyée. Tout à coup je ne voulais plus prendre mes médicaments, tout à coup je pensais et c'était moins douloureux. Je pense que je prenais le traitement parce-qu'il rendait mes souvenirs moins pénibles, jusqu'à parfois me les supprimer complètement. Ça m'allait, jusqu'à ce que je me réveille.
- «  Tu sais que ce n'est pas conseillé du tout d'arrêter comme ça ? Ça peut ruiner tous les efforts que tu as fait...
- « Oui je sais. J'en prends quand même le soir, pour dormir parce-que je ne veux pas traîner toute la journée mon manque de sommeil. J'irai demain voir le médecin pour régler ça.
- « OK. Mais euh... Tu pars demain ou... Tu as trouvé un appartement ? Tu retournes avec Ryan ?! Finit-elle exaltée en pensant à sa dernière idée.
- « Non... non, et non. J'ai décidé ça cet après-midi. Je chercherai demain.
- « ... »
Moue figée d'Anaïs.

Elle veut que je parle de Ryan...

- « Je cherche pour moi toute seule. Je... Je ne suis pas prête pour Ryan.
- « Tu sais qu'il appelle tous les jours pour avoir de tes nouvelles ?
- « Oui, tu me l'as déjà dit. Mais... Je suis mortifiée à l'idée de lui parler. Il n'y a que des choses désagréables à évoquer et franchement, j'ai pas envie d'en parler maintenant.
- « J'entends bien mais... Attention quand même... Loin des yeux...
- « Mais vous avez fini de me mettre la pression là ? S'interloqua-t-elle.
- « Vous ?
- « Véra Harflaural m'a tenu un discours très clair sur sa position sur la liste d'attente ! La vache ! J'ai l'impression d'avoir signé un viager et qu'elles attendent toutes que je claque pour profiter du magot !
- « Ah c'est donc elle que tu as vue cet après-midi... Et... Vous avez donc parlé de Ryan. Et alors ? »
Léonor n'en revint pas de la curiosité de son amie. On aurait cru qu'elle attendait la suite du feuilleton avec un paquet de chips à la main. Cela dit, elle ne put réprimer un sourire devant ce regard avide de détail.
- « Beh rien de plus, en réalité. Je suis juste un peu plus au courant de la cote actuelle de Ryan sur le marché.
- « Bon. Et c'est tout ? 
- « Ma parole Anaïs tu es une vraie commère !"



- « J'avoue ! J'avoue tout ! Alors ? »
Léonor partit d'un rire franc.
- « Mais quoi à la fin ? Qu'est-ce-que tu veux savoir ?
- « Est-ce-qu'il s'est passé quelque chose entre eux ?
- « C'est plutôt à toi que je devrais demander ! Pot de chambre ! Je parie que tu sais !
- « Oui, c'est vrai. Je sais. »
Léonor reçu un seau d'eau froide sur la tête et passa du rire à la stupéfaction en ¼ de seconde. Voyant la tête de son amie, Anaïs rectifia le tir instantanément :
- « Mais enfin ! S'il s'était passé un truc entre eux tu crois que je te le dirais comme ça, en rigolant ? »




- « Viens par ici nigaude !
- « Tu m'as fait peur !
- « Bon, comme tu vas pas là où je veux t'amener, je vais droit au but : il t'aime. Il ne s'est rien passé, parce-qu'il n'y a personne d'autre que toi. Tout le monde le sait. Alors ne le fais pas trop languir, d'accord ?
- « …
- « D'ACCORD ?
- « D'accord. »



- « Tu vas me manquer...
- « Je vais pas très loin, de toute façon.
- « Oui, mais ce sera plus pareil... Ça n'a pas été une période facile pour toi, mais j'ai bien aimé t'avoir à la maison. Tu seras toujours la bienvenue.
- « Merci Anaïs, merci pour tout... »




Léonor trouva rapidement un logement dans la zone commerciale d'Atlantys. Elle n’emménagea néanmoins que 15 jours plus tard, car elle redoutait le moment où elle se retrouverait seule.



A la nuit tombée, elle regarda tomber ce qui devaient être les derniers flocons. L'hiver était passé sans qu'elle ne s'en rende compte en emportant avec lui toute sa vie. Avec l'arrivée du printemps, elle fit la promesse silencieuse de reprendre son destin en main.








16 commentaires:

  1. Ouf mon Ryan adoré reste blanc comme neige :p
    M'enfin au lieu de donner un petit peu la clef du mystère, tu l'épaissis encore avec le père de Véra... Mais qui ça peut bien être ???

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    1. Pas de Véra, de sa fille, mais t'avais compris XD

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    2. lol Oui *smiley bisou*

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    3. J'aime quand c'est compliqué! XD

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    4. ouais mais c'est pas drole pour nous ;)

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  2. Alors comme ça, ça se bouscule au portillon pour Magot-Ryan... :P Moi je n'ai jamais douté de sa fidélité, au p'tit.
    Bon alors visiblement, le père de Véronica vit toujours à Atlantys... Y a plus qu'à recenser tous les papys blonds de la ville ! :P Enfin comme quoi, le maquillage peut cacher bien des choses, et Véra a l'air d'en avoir une tonne, de maquillage... ^^

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    1. Pas facile vu qu'ils ont tous les cheveux gris !

      *Diabolique*

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    2. Moi j'ai quand même eu bien peur...comme Léonor, mais maintenant elle me fait un peu de peine Vera, mais elle reste une sale...m'enfin...Ryan est encore à Léo, et cette fois, elle ne laissera rien gâcher ça <3 (c'est comme ça que je le vois ^^ j'aimerais bien que Ryan l'aide dans l'enquête, et j'espère que Loulou va bien :'( )

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    3. Loulou va bien ;-)

      Ryan est peut-être à Léo, mais est-ce-que Léo est encore à Ryan ?...

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  3. Mais c'est facile, ça comme énigme le père de Véronica, c'est le méchant Plénozas...

    Moi, ce que je veux savoir c'est qui c'est qui est le meurtrier et quand il va en prison....
    et puis, un peu savoir si Léonor revient vers Ryan et son fils

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    1. Pas sûr, vu que d'après Véra c'est plutôt un mec bien, le père, ce qui n'est pas vraiment le cas du Plénozas...

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    2. Jdirais que son père c'est le remplaçant de Nyls (Ladopthé jcrois, sa fille disait que c'était plus ou moins un con ^^)

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    3. Faut lire la suite pour ça ! :-D

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    4. La suite ne nous dit rien du tout pour l'instant ;)

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  4. C'était long mais c'était bon !
    Leonor remonte la pente, elle est sur la bonne voie ! Bientôt on pourra repartir sur l'enquête, et enfin coincer les coupables !
    J'espère par contre qu'elle va prendre son temps avec Ryan. Parce qu'il y a tellement de choses qu'ils ont à régler.
    Et puis à cause de lui, l'enquête est quand même au point mort, vu qu'il a détruit les seules preuves qu'elle avait !
    Et quand est-ce qu'on reparle de son fils ? J'aurais bien voulu le voir en ado rebelle, mais il est un peu jeune pour ça ! :p

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  5. Un jour... Un jour... ^^

    Merci d'être passé ! :-)

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