16.


Le jour suivant était un samedi, jour de l'ouverture du Fever. Léonor avait essayé de joindre le chef de la police toute la matinée, mais malgré les messages qu'elle avait laissé, il n'avait pas daigné la rappeler. 

Eh ben boude dans ton coin Germain. Je me suis bien débrouillée sans toi jusqu'à maintenant...

Ensuite, elle était passée chez lui pour tenter de voir le père Vasseur, mais Papi Victorien était parti en vadrouille et personne ne savait où il était allé.

Bon !

Elle était donc rentrée chez elle bredouille, mais avec une ébauche de plan en tête. Un peu plus tard dans la journée, elle avait entrepris de se préparer pour aller chercher Ryan. Dans la salle de bain, elle n'avait pu réprimer un rire franc en se regardant dans la glace : ses yeux vert émeraude pétillants, les joues rosées et un sourire invincible aux lèvres, il n'y avait pas de doute, elle était heureuse. Heureuse d'avoir autant de chance, que ce soit en amour ou au travail. Elle avait enfin réussi à démêler cette sombre histoire, ses disputes avec Ryan semblaient loin, si bien que leur romance avait trouvé un second souffle. Ils retrouvaient la complicité de leurs premiers instants, avec œillades, rires et séduction, tout cela renforcé par les épreuves qu'ils avaient eu à affronter et qu'ils avaient surmonté. Il fallait bien reconnaître que l'aide de Kimy Reynolds – d'Atlantys y était pour beaucoup, et Léonor lui en était infiniment reconnaissante. C'est donc avec un cœur gonflé à bloc, des papillons dans le ventre et une nouvelle rage de vaincre que la jeune femme arriva au Domaine des Rivières pour rejoindre celui qui lui donnait des raisons de vivre.



Après avoir garé sa voiture sur l'allée, elle se dirigea vers le fond du jardin où elle avait aperçu Kimy et son cher et tendre. Tous deux avaient l'air sérieusement occupés, si bien qu'ils ne s'aperçurent de son arrivée qu'une fois qu'elle fut à quelques centimètres d'eux. Un homme en uniforme les observait et semblait même participer au coaching. Le pauvre Ryan était tout en sueur et plein de boue, mais cela n'empêcha pas Léonor de le taquiner :
- « Eh beh alors mon chéri, c'est bien la peine de sermonner Loulou quand il se roule par terre si dès qu'il a le dos tourné tu fais pareil ! »
L'intéressé lui adressa un regard mauvais qui n'eut pas le temps d'être accompagné par la parole :
- « Allez Ryan ! Si vous entendez ce qui se dit c'est que vous n'allez pas assez vite ! »
Kimy avait dit ça d'un ton sévère qui ne tolérait aucune protestation, si bien qu'il n'avait d'autre choix que de se taire et d'avancer.
Quant à Léonor, elle n'arrivait toujours pas à mettre un nom sur le visage de l'homme qui se tenait près de la vieille femme.




Et puis cela fit tilt. Ce grand sourire franc et cette bonne mine, ce ne pouvait être qu'Alexy d'Atlantys, rencontré quelques semaines plus tôt. Il l'accueillit avec chaleur tandis que Kimy lui adressa un simple « Bonjour Léonor ».
- « Excusez ma mère, commença Alexy, mais quand elle travaille, elle ne s'occupe que de son poulain.
- « Oh mais il n'y a aucun problème ! Je ne veux surtout pas le ralentir !
- « Je pense qu'ils ont bientôt terminé. Si ça peut vous rassurer, dit-il en baissant la voix, c'est même rare qu'elle dise bonjour dans ces moments là. Vous êtes donc dans ses bonnes grâces, finit-il en un clin d'oeil. »
La jeune femme ne pu s'empêcher de se sentir flattée. Décidément d'excellente humeur, elle demanda gaiement :
- « J'avoue ne pas vous avoir reconnu tout de suite ! Où est passée votre barbe et votre équipement d'aventurier ?
- « Ah vous savez, on ne peut pas toujours être en vacances ! Il faut bien travailler un peu. Et puis... Il paraît que je me fais trop discret, ajouta-t-il en baissant une nouvelle fois la voix et d'un air entendu, faussement sérieux.
- « Je comprends...
- « C'est pourquoi je reste un peu ici... Une semaine ou deux ! Termina-t-il en riant. Que voulez-vous, ajouta-t-il fataliste, ce n'est pas quand j'aurai un déambulateur que je pourrai traverser la jungle ou gravir des montagnes... »
Il n'y avait pas qu'elle qui était heureuse. Du moins, même s'il ne l'était pas complètement en raison de ses attaches à Atlantys, il s'attelait sérieusement à l'être et comptait bien profiter de la vie, envers et contre tous. Sur le coup, elle le trouva égoïste. Sa femme, étrangère au Quartier était livrée à elle-même depuis son arrivée, et si elle avait bien compris, il n'avait pas été d'une grande aide avec leur fils. Alors qu'elle venait de terminer sa pensée, Alexy continua, comme pour se justifier :
- « Surtout que mon père ne pourra pas exercer sa fonction encore longtemps. Donc j'en profite maintenant pour ne pas avoir de regret et rendre tout le monde malheureux. »
Il avait dit ça toujours en souriant, même si son visage portait à présent un voile de tristesse. Léonor eut soudain un élan de compassion pour l'homme qui se tenait devant elle. Ils n'étaient pas si différents, elle et lui. Il était passionné, et malheureusement pour sa famille, il ne vibrait que dans des contrées lointaines, inexplorées, vierges de toute influence moderne. Elle se rappela son émotion lorsqu'il avait raconté ses différentes rencontres avec des autochtones, et même une fois avec un bébé panda qu'il retrouvait régulièrement emmitouflé dans ses draps. Pour lui, son rattachement à une famille prestigieuse tenait plus de la corvée que de la bénédiction. Les propos de Prys lui apparurent alors à elle aussi comme une évidence : pour rien au monde il ne s'entraverait davantage. 



Léonor, ne voulant pas assombrir cette belle journée, changea de sujet :
- « Mais d'où vient cet instrument de torture ?
- « Alors ça, c'est un concept tiré des camps d'entraînement militaire. Mes ancêtres l'ont construit il y a bien longtemps mais nous l'utilisons toujours ! Je me suis moi-même entraîné dessus et Timothy prépare son entrée à l'école militaire depuis son plus jeune âge en l'utilisant.
- « Tu entends mon Chéri ? J'aimerais bien que vous fassiez la course Timothy et toi, pour voir si la nouvelle génération n'est bonne qu'aux jeux vidéos... Vous savez qu'il a été vexé comme un pou la dernière fois, continua-t-elle en s'adressant de nouveau à Alexy.
- « Sans vouloir te mettre la pression Ryan, dit-il en se tournant vers lui, mon fils rampait encore il n'y a pas si longtemps. Alors pour l'épreuve du filet, ça va être serré à mon avis. »
Ryan, qui était précisément sous le filet, ne pu s'empêcher de répondre :
- « Ah mais tu vas pas t'y mettre ! Léo, va voir ailleurs si j'y suis. Tu as une très mauvais influence sur mon coach-assistant.
- « Et tu sais ce que va te dire le coach en chef ? Demanda Kimy.
- « ..."
Léonor ne pu réprimer un fou rire qui menaçait déjà de sortir depuis qu'elle avait vu son chéri se rouler dans la boue. Elle retira sa main de l'avant bras d'Alexy, qu'elle avait posé là quand il s'était moqué et qu'elle avait trouvé ça bien trouvé, et l'appliqua contre son ventre qui lui faisait mal tant elle riait. Son interlocuteur n'était pas plus sérieux, et ils étaient là, tous les deux, rouges et les larmes aux yeux comme deux adolescents fiers de leur bêtise.
- « Je vois que ce n'est pas encore aujourd'hui que je verrai un de vous deux travailler..., dit une voix glaciale »



Dans son euphorie, Léonor ne comprit pas tout de suite. Puis l'ambiance perdit quelques degrés et la vue de la nouvelle venue lui fit l'effet d'une douche froide.
- « Eh bien Madame Angès, vous n'avez pas des poubelles à fouiller, au lieu de perdre votre temps avec mon fainéant de mari ?
- « Karine ! Intima le concerné. Qu'est-ce-qu'il te prend ?!
- « Il me prend que ma maison est transformée en terrain de jeu, que des gens peu scrupuleux profitent des délires d'une personne âgée, et que mon « mari » n'a pas le temps de défaire son sac qu'il doit déjà repartir dans un bidonville ou une forêt vierge pour jouer à tarzan comme un enfant, alors qu'il a des responsabilités chez lui ! »
La tirade avait été énoncée en un seul bloc et le ton était monté au fur et à mesure que les mots sortaient de sa bouche. Alexy ne répondit pas, mais elle pu sentir qu'il serrait fortement la mâchoire pour contenir sa colère. Léonor, quant à elle, la toisait avec calme mais son regard était dur, à l'image de celui de Karine d'Atlantys qui ne comptait pas baisser les yeux.
- « Et tu es venue exprès pour nous dire ça ? Finit par s'agacer Alexy. »
Elle répondit sans interrompre le duel visuel entreprit avec Léonor :
- « M. Auger vient d'appeler. Il veut te voir pour discuter de ta prochaine mission. Tu sais, celle qui a lieu dans « 15 » jours. Alors qu'on avait dit que tu resterais jusqu'à ce que Timothy ait son diplôme.
- « Laisse Timy en dehors de ça. On sait parfaitement pourquoi tu veux que je reste ici, répondit-il calmement mais non moins amèrement. »
Sur ces mots, il adressa un faible sourire à Léonor, qu'elle lui rendit, puis un regard plein de mépris pour sa femme, avant de se diriger vers le manoir.



Une fois qu'il fut parti, Karine dit d'un ton menaçant :
- « Vous avez vraiment intérêt à mettre fin à cette mascarade ou...
- « Ou quoi ? Vous allez détruire ma carrière, m'expulser, me donner un coup d'pied ? Se moqua-t-elle.
- « NE LE PRENEZ PAS SUR CE TON!
- « Je fais comme bon me semble, et s'il nous plait, à moi et au « roquet », de venir nous amuser sur ce terrain de jeu, personne ne nous en empêchera.
- « Moi, je vous en empêcherai.
- « Et comment allez-vous faire, depuis votre cellule ?
- « Comment ? »
- « Je sais tout, dit-elle en s'approchant de son visage, et vous entendrez bientôt comme moi le doux son des sirènes qui viendront vous chercher. »
Le regard de Karine se figea.
- « Léo, t'as pris mes affaires, demanda Ryan qui venait de finir son entraînement. Oh, pardon, je ne voulais pas vous interrompre... dit-il en arrivant à leur hauteur.
- « Nous avions terminé, répondit-elle »


Si je m'en tiens à l'expression de ma proie... 




Il avait été convenu qu'ils aillent prendre une collation à « Mon Quatre Heure » pour récompenser Ryan de ses efforts de la journée, avant d'aller se préparer pour assister à l'inauguration du Fever.
- «Ca me fait vraiment plaisir que tu sois venue passer la fin de l'après-midi avec moi, déclara-t-il en tendant une main qui invitait sa compagne à entrelacer ses doigts avec les siens.
- « Moi aussi. Ca faisait longtemps qu'on avait pas pris le temps d'être tous les deux. C'est vraiment idiot, quand j'y pense, d'avoir perdu tout ce temps. Mais maintenant, je te promets que j'ai bien compris.
- « C'est tout ce qui compte, répondit-il en lui serrant davantage la main.
- « Surtout que je pensais vraiment que ce serait plus difficile que ça ! Quand Louis s'est réveillé, j'ai su lui préparer son biberon, avec le miel, pour le bain, je ne me suis pas trompée de produit, et il m'a même laissée lui nettoyer les oreilles !
- « Sans pleurer ? Demanda-t-il en soulevant un sourcil.
- « Sans pleurer. Parfaitement Môsieur. »
Puis, toute excitée :
- « J'en reviens pas moi-même ! »
Ils rirent et la serveuse vint prendre leur commande. Ils prirent le « Goûter du jour » puis Ryan demanda :
- « Loulou est avec qui ?
- « Fani. Je l'ai emmené chez elle avec son livre « Vroum-Vroum » parce-que ça l'arrangeait.
- « Elle ne va pas à l'inauguration ?
- « Eh bien si, c'est pour ça qu'elle préférait le garder là-bas. Comme ça elle pouvait passer l'après-midi à choisir sa tenue.
- « Pauvre Loulou... Si jeune et déjà obliger de répondre à la fameuse question « Ca me grossit pas trop ? »... »
Ils pouffèrent, puis Léonor aperçu un militaire qui venait d'entrer dans le salon de thé. Cela lui fit penser à Alexy :
- « Je ne savais pas que tu étais si proche d'Alexy d'Atlantys.
- « C'est pas difficile ! En fait il profite de mes entraînements avec Kimy. Il dit qu'il faut qu'il reprenne une activité physique régulière parce-qu'à la base ils ont des tests d'aptitude à passer quand ils restent longtemps en dehors de la caserne. Il est d'une simplicité et d'une modestie remarquables. Je ne connais pas trop les gens de là-bas, la rive droite comme ils l'appellent, mais d'après ce qu'on dit, il ne leur ressemble pas vraiment. Il suffit de regarder sa femme... D'ailleurs, elle avait pas l'air contente tout à l'heure. De quoi vous parliez ? »



Léonor eut un léger sursaut.

Attention, terrain miné.

- « Oh, rien de spécial... »
Elle lâcha alors la main de son conjoint et prit son verre pour garder une certaine contenance.
- « Oh allez, Léo... Elle vous a pas un peu crié dessus à un moment ?
- « Je croyais qu'on entendait rien quand on était concentré sur le parcours du combattant de Kimy Reynolds ! Tenta-t-elle habilement.
- « D'habitude... Mais là, il y avait quelqu'un qui attirait constamment mon regard... Une superbe blonde avec des yeux magnifiques et une peau toute douce...
- « Mais alors... Mais alors tu m'as vue, alors que j'étais DERRIÈRE ton idole ? Demanda-t-elle en feignant de ne pouvoir contenir son émotion et en battant des cils.
- « Qui ? Quelqu'un entre toi et moi ? Pas vu...
- « Si on était pas déjà mariés, je serais en train de te faire ma demande, dit-elle les yeux brillants. »




L'arrivée de leurs assiettes n'interrompit pas leur échange de regard. Si quelqu'un les avait observé à cet instant, il aurait vu des petits cœurs virevolter autour des 2 amoureux tant ils étaient d'humeur romantique.
Mais à cet instant seulement, puisque dès que l'odeur des crêpes arriva aux narines de Léonor, son estomac fit un de ses « GROUICKS » légendaires ce qui l'obligea à baisser les yeux vers son assiette. Elle attrapa alors sa fourchette et entreprit de piquer dans celle de Ryan.
- « Est-ce-que tu crois que je saurai un jour pourquoi ça a toujours l'air meilleur dans MON assiette ?
- « Hum... fit-elle la bouche pleine, je ne me l'explique pas moi-même ! Tu vois bien quand même que depuis tout le temps qu'on est ensemble, c'est toujours le cas. C'est sûr que y'a un truc...
- « Et jusqu'à ce qu'on le trouve, ce truc, je suis condamné à te voir me piquer mon casse-croute ?
- « Hum Hum...
- « Eh bien vas-y, fais-toi plaisir
- « Hum... Merchi. C'est boooonnnn !
- « Tu me passes ton assiette ?
- « Tiens. »
Et il dégusta enfin son goûter.



Alors qu'ils venaient de finir et que Léonor regardait autour d'elle pour savoir si quelqu'un remarquerait si elle léchait son assiette, son portable se mit à vibrer. C'était un message d'un numéro inconnu :

« Rendez-vous à la Pâtisserie Petri de la zone commerciale à 19h00. J'ai des informations qui pourraient vous intéresser. »

Ce n'était pas signé.
- « On rentre ? Demanda Ryan.
- « Je te dépose chez Fani. On vient de me donner un rendez-vous qui pourrait m'aider dans mon enquête.
- « Tu ne peux pas déplacer ?
- « C'est un message anonyme.
- « Ne sois pas en retard pour l'inauguration, d'accord ?
- « T'inquiètes, je ne louperai pour rien au monde l'occasion de mettre ma robe préférée... »
Elle fit alors un bisou qu'elle lui envoya en soufflant sur sa main.



- « Je le mets où ?
- « Sur ta joue... Ta bouche, c'est pour mes lèvres, répondit-elle de son plus beau sourire.
- « Ah... Eh bien fais vite, que j'ai le temps de profiter de l'essayage, et des bisous. »




La nuit tombait quand elle arriva à destination. Si elle voulait être rentrée pour 20h, il ne fallait pas traîner ! Elle gara sa voiture le long de la route et alla s'installer dans le jardin pour éventuellement voir la voiture de son informateur.



15 minutes passèrent, et personne à l'horizon. Si la journée avait été agréable, la soirée s'annonçait des plus fraîches. Un frisson la parcouru et elle commença à penser avec angoisse que sa robe préférée ne lui tiendrait certainement pas assez chaud.

J'espère qu'ils chauffent bien... 



Les phares d'une voiture la ramenèrent à l'instant présent.

Ah... Ah ben non.

C'était un couple avec un enfant.
10 minutes s'étaient encore écoulées et Léonor commençait à perdre patience. Tandis qu'elle baillait sans retenue, son portable se mit à vibrer :

« Un petit contre-temps. Je suis là dans ¼ d'heure. »

1/4 d'heure !! J'aurais juste le temps de voir sa plaque à ce train là !

Elle tapa rapidement des pieds et frotta ses mains contre son pantalon pour se réchauffer. Et alors qu'elle se préparait à attendre sagement, son estomac se manifesta de nouveau.



Il fait quand même meilleur à l'intérieur.

Puis, jetant un coup d’œil à travers la fenêtre :

En plus, je vois très bien d'ici aussi.

Ne supportant pas bien l'ennui, le corps de Léonor réclamait souvent à manger dans ces moments d'inaction. Heureusement pour elle, ils étaient extrêmement rares. D'habitude...

Pfiou... Qu'est-ce-qu'il est bon ce cheese-cake... C'est quand même pénible d'avoir faim tout le temps comme ça. Ca fait quoi... 2 semaines que j'ai des fringales ?

Léonor fut interrompue dans ses pensées par la sonnerie de son téléphone.
C'était Ryan.


Il doit surement se demander ce que je fabrique...



« Allô ? J'suis désolée, la personne m'a dit qu'elle arrivait. Mais ne t'inquiète pas, j'arriverai à me préparer en ¾ d'heure. Promis juré !
« …
« Ryan... ?
« … »
Léonor jeta un coup d'oeil à l'écran de son téléphone pour savoir si la communication était toujours établie, ce qui était le cas. Elle colla alors de nouveau son oreille contre le cellulaire :
« Ryan... je ne t'entends pas... tu ne dois pas bien capter parce-qu'ici le rés... »
Elle entendit quelque chose. La sensation qu'elle ressentit alors ne lui plut pas du tout. Le bruit se fit entendre une nouvelle fois. Cela ressemblait à un reniflement.
« Ryan... »
La voix de Léonor avait perdu de sa force et tremblotait légèrement. Soudainement très inquiète, elle haussa le ton :
« Ryan ! Ryan ! Est-ce-que ça va ?! »
Elle s'apprêtait à raccrocher et à foncer vers sa voiture quand une voix se manifesta à l'autre bout du fil :
« C'est vrai que... C'est vrai que tu as mis la maison de Kimy sur écoute ? »
Un coup de poignard venait de transpercer le ventre de la jeune femme.
« Est-ce-que c'est vrai ? »
C'était au tour de Léonor de ne plus pouvoir répondre. Son coeur battait à toute allure, ses mains étaient moites, crispées sur le téléphone, et elle sentit une goutte de sueur glisser entre ses 2 omoplates.
« EST-CE-QUE C'EST VRAI LEONOR ? AS-TU OSE FAIRE CA ?! »
Ryan avait hurlé, et des larmes ruisselaient maintenant sur les joues de la jeune femme. Toute tremblante, elle tenta de rassembler ses forces mais ne put que répondre en un souffle à peine perceptible :
« Oui... Mais...
« J'y crois pas... »

Et il raccrocha.



Le temps semblait comme suspendu. Son coeur ne battait plus. Ses doigts se relâchèrent et elle regarda le téléphone tomber, tout doucement, puis heurter le sol sans un bruit. Elle n'entendait plus rien, ne respirait plus. Elle se sentie tomber et ferma les yeux.
Mais quelque chose n'allait pas. Elle n'était pas par terre. Elle se sentait secouée, et un son parvenait enfin à ses oreilles :
- « Madame! MADAME ! Ça va? »
C'était la gérante de la pâtisserie. Elle la regardait, l'air inquiet.

Ryan...

Elle ne pouvait pas rester ici. Il fallait qu'elle aille le voir. Il fallait qu'elle s'explique. Sans être encore stable sur ses pieds, elle poussa un peu violemment la gérante et s'élança vers la sortie. Mais ses jambes se dérobèrent sous elle et elle manqua de chuter. Heureusement, elle réussit à se rattraper à une table et reprit sa course.



Son cœur battait maintenant la chamade. Les mains tremblantes, elle réussit difficilement à mettre la clé dans la serrure, puis à mettre le contact.
- « Madame ! Vous ne pouvez pas conduire dans cet état ! »

L'accident a déjà eu lieu...

A cette pensée, elle éclata en pleurs. Mais il ne durèrent pas. Elle devait avoir les idées claires pour préparer sa défense, et surtout ne pas paniquer. Parce-que ce qui allait se passer n'allait pas être beau.

J'ai peut-être encore une chance...




Elle avait roulé à tombeau ouvert pour rentrer à Atlantys. Elle avait prié très fort pour que personne ne croise sa route, que ce soit police ou piéton, parce-qu'elle n'était pas sûre qu'elle se serait arrêtée.
En arrivant, toutes les lumières étaient éteintes, ce qui accentua son trouble.
Elle ne prit pas la peine de fermer la portière et se rua dans le salon.
- « Ryan ! »
N'y trouvant personne, elle se précipita à l'étage.



Son cœur manqua encore un battement. Il avait trouvé le disque dur externe et l'avait explosé contre le mur.
Un horrible pressentiment s'empara d'elle. En prenant appui sur la rambarde, elle avança doucement vers la chambre de son fils. La peur la tenaillait et la porte semblait s'éloigner au fur et à mesure que Léonor s'approchait.
- « Louis... Maman est là... Dit-elle avec une voix faible. »
Elle saisit la poignée :
- « Maman est... »



- « Là................. »
Sa voix se brisa sur ce mot.
Appuyée de tout son poids sur la porte, elle se mit à pleurer. La pièce était vide. Il n'avait pas pris, ou eu le temps, d'enlever les dessins du bambin. Tout le mobilier avait disparu, ainsi que les livres et les jouets.
Sans aucun espoir mais ayant besoin de vérifier, elle se traîna jusque dans leur chambre.



Elle fit coulisser la porte du placard, et ses sanglots redoublèrent lorsqu'elle aperçut le coté de Ryan vide. Etourdie, elle fit quelques pas en arrière et perdit l'équilibre. Cette fois ci, personne ne fut là pour la rattraper et elle s'agrippa au lit en un ultime réflexe. Car au final, elle se fichait bien de se faire mal, puisque tout son être souffrait déjà le martyre. Le souffle court, toute en sueur et un sifflement de plus en plus intense dans les oreilles, elle se sentait partir.

Cette fois, tu es vraiment toute seule...

Et elle perdit connaissance.

19 commentaires:

  1. Mais il est horrible ce chapitre, GGO ! Elle essaye juste de faire son travail, et en plus elle est enceinte, la pauvre ! :'(
    Noog'

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    1. Mais à quoi t'as reconnu qu'elle était enceinte ?

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    2. C'est sous entendu quand je parle des fringales. En plus je parle aussi de Cheese-cake, qui donne des jumeaux... ;-)

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    3. Ahhh, oki, j'étais pas au courant pour les cheese-cake, j'ai pas Bonne Affaire :/ merci pour l'éclaircissement GGO :D

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  2. Non mais c'est quoi ça ?
    Ryan est pas vraiment sympa. Il se casse parce que la maison de "Kimy" (faut imaginer que les guillemets sont mimés avec les mains) est sur "écoute" ? Non mais vraiment ? Quel idiot !
    Bon et on dirait que les jumeaux se précisent !
    La suite ce soir ? :p

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  3. Noog : ah bah écoute ! Tu la plains vraiment ? Elle cherche moi je trouve.

    Missing : Idem ! Faut pas toucher à Kimy, il avait prévenu ! :-p Et je peux pas mettre la suite sinon je vais (faut imaginer que les guillemets sont mimés avec les mains) "flooder" mon activité. ^^

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  4. Je la plains un peu quand même, ça s'arrangeait bien, le couple repartait sur de bonnes bases, tout ça, et bam, qu'est-ce qu'il fouille Ryan ? Il est benêt, il faut bien qu'elle enquête en explorant toutes les possibilités...

    C'est vrai aussi qu'à la place de Ryan je me serais barré depuis longtemps aussi...

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  5. Aouch ! Renversement de situation ! M'enfin quand même, un peu borné sur les bords, le Ryan...
    Mais, c'est peut-être mon esprit qui fabule, mais si c'était un piège ? Car après tout, on ne sait pas qui est le mystérieux contact. Comme par hasard, cette personne a du retard, et c'est à ce moment-là que Ryan découvre le pot aux roses... Et si quelqu'un avait intentionnellement piégé Léonor en l'attirant hors de chez elle ? Après tout, elle a menacé (trop tôt) Karine d'Atlantys...

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  6. Je vous trouve un peu durs avec lui quand même...

    Et oui, Mathoo, peut-être qu'il y a un peu de manipulation là-dedans... ^^

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    1. Ben il lui en faut peu quand même !
      Kimy est plus importante que sa femme ?

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    2. Ouais ben si ça avait été le contraire, que Ryan avait sacrifié sa famille pour sa carrière, Léonor n'aurait pas fait tant d’esbroufe, hein !
      Et si c'est Kimy qui est derrière tout ça, il va se retrouvé bien bête le Ryan... (Comme j'aimerai trop que ça soit le cas, du coup ! :p)

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    3. Et pourquoi elle aurait pas fait tout un foin ? Parce-qu'on est programmée à accepter que les hommes privilégient leur carrière à leur vie de famille ? Moi je dis non!

      Et Kimy n'est pas plus importante que sa femme, au contraire. Il attend que cette dernière joue franc jeu avec lui plutôt que de faire les trucs en douce en serrant les fesses en espérant que ça passe. On sait pas encore comment il a été mis au courant, mais lui dans sa tête c'est "j'aurais l'air de quoi si mon idole se rend compte qu'elle est mise sur écoute = violation de vie privée par ma femme ?"
      La situation était très délicate de toute façon, je vais pas tarder à l'expliquer... On en reparle dans... 2 MAJ! ;-)

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    4. Oui enfin, vu le boulot de Leonor, il pourrait s'attendre à ce qu'elle puisse pas tout lui dire.
      Et il pourrait lui laisser le temps de s'expliquer. En soit c'est pas elle qui l'a mise sur écoute.

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  7. Oui mais là c'était un cas particulier puisque c'est quand même grâce à Kimy qu'il se remet en selle... Et c'est HYPER important pour lui. Donc il lui voue une sacrée admiration...

    Et oui, il aurait pu attendre qu'elle s'explique mais c'est sous entendu qu'il a déjà laissé passer beaucoup de choses et que c'était le truc à pas faire...

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  8. Ah mais après tu as le droit de désapprouver sa réaction ! ;-)

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  9. Ce que je veux dire, c'est qu'en règle générale, quand c'est un mec qui fait ça on ne lui dit rien, mais quand c'est une femme, tout de suite c'est une mauvaise mère, une mauvaise épouse et son mari a le droit de se barrer avec son enfant.
    Et je ne vois pas pourquoi il attends de la franchise au niveau de son boulot, il doit bien s'imaginer que le secret professionnel c'est sacré !

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  10. Je suis d'accord avec toi.

    Mais les émotions agissent souvent comme un prisme déformant les faits... ;-)

    Et merci de réagir ! :-D

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