10.


Cette nuit là, ils dormirent chacun de leur coté, Léonor tenue en respect par l’aura agressive de son mari. Le lendemain, lorsqu’il se leva pour s’occuper de Louis, elle resta au lit, toujours mortifiée par les événements de la veille. Au bout d’un moment, elle finit par descendre, en prenant bien soin de raser les murs. Il était là, sur le canapé, en train de regarder SimSport, pendant que Louis s’affairait à sa table d’activité. Ryan ne leva même pas le regard en lui disant :
-« Je vais courir. »
Il éteignit le téléviseur, et sortit en fermant la porte d’un coup sec.



La jeune femme poussa un soupir, et alla s’agenouiller près de son fils :
-« Alors mon Loulou, qu’est-ce-que tu dessines ?
-« Une voitu.
-« Tu veux continuer à dessiner, ou tu veux que je te lise un histoire ?
-« Veux bien une histoi. Avec des voitu. »
Léonor sourit, se leva en caressant la tête de l’enfant, et alla chercher un livre dans la bibliothèque. En revenant, elle vit son fils assis sagement, les genoux ramenés vers lui. Elle s’installa de manière à lui faire face, et commença la narration. Malheureusement, quelques minutes suffirent pour qu’elle pense à autre chose. Toutes ses pensées étaient tournées vers une seule personne depuis la nuit précédente, et c’était Ryan. Elle n’avait même pas remarqué qu’il avait repris une activité physique. Etait-elle régulière ou lui servait-elle de défouloir ? Ne forçait-il pas trop ? Etait-il conscient des risques qu’il prenait ? Comme à chaque fois qu’elle s’inquiétait, son cœur se mit à battre plus fort et son regard se troubla. N’arrivant plus à lire, elle prit sur elle et se força à se concentrer sur ce qu’elle faisait. Elle jeta un coup d’œil à son fils, qui écarquillait les yeux, curieux de savoir ce qui allait arriver à Vroum-Vroum la petite voiture embourbée. Cela la fit sourire et fit baisser sa tension d’un cran.



Après le livre, ce fut le tour des jouets, puis de nouveau un livre, et au bout d’à peu près une heure, Ryan réapparut. Louis poussa un cri de joie et se jeta dans les bras – les genoux – de son père, comme s’il ne l’avait pas vu depuis des jours. Léonor profita de ces retrouvailles pour aller enfiler des vêtements plus confortables et retourna à son ordinateur afin de reprendre le travail entrepris la veille. Aucun des expéditeurs ne s’appelait « Kérine », et le seul « K. » s’avérait être un « Kevin ». Elle était encore dans une impasse. Certes, elle aurait pu prendre un pseudo pour communiquer avec Nyls, mais premièrement, elle se demandait bien pourquoi faire vu que personne ne connaissait son existence, et deuxièmement, cela lui prendrait un temps fou de lire tous les mails. Bien qu’elle savait qu’elle le regretterait, elle attrapa son téléphone et composa un numéro qu’elle aurait préféré oublier :

« Bonjour Germain, C’est Léonor. »



-« Alors vous êtes toujours là, constata la chef de la police en voyant la jeune femme arriver.
-« Oui Germain, et pour une fois, vous allez peut-être pouvoir m’aider à résoudre cette affaire, le taquina-t-elle. Ce qui m’étonne, c’est que vous soyez surpris. Je pensais que Maître Bonnet vous aurait sonné les cloches plus vite que ça…
-« Et qu’avez-vous fait comme bêtise pour que je me sente menacé ?
-« J’ai été à La Tour, annonça-t-elle fièrement. Et je ne suis pas mécontente d’avoir fait basculer Mathilde Bonnet dans mon camp. Une dure à cuire cette jeune fille. »
Germain parti alors d’un rire franc :
-« Ah ça oui. En revanche, ce qui n’est pas étonnant, c’est qu’elle soit allée contre la volonté de son père… Elle a toujours fait ce qu’elle a voulu cette gamine. Mais ce qui est sûr, c’est que vous lui avez plu. Sinon, elle ne vous aurait pas aidé. La tête que va faire ce bon vieux Patrick en apprenant ça, se dit-il pour lui même. Enfin… Allez, entrez Léonor, on va pas rester dehors… »
La jeune femme le suivit à l’intérieur jusqu’à un petit salon.



Une fois qu’ils furent installés, Germain demanda :
-« Alors, qu’a bien pu vous révéler la jeune Bonnet pour que vous soyez de si bonne humeur ?
-« Eh bien pour être exacte, ce n’est pas elle qui me l’a appris. Elle m’a aidé à trouver une amie proche de Nyls. Suzanne Ebadi. Ca vous dit quelque chose ?
-« Non.
-« Eh bien cette jeune fille m’a parlé d’une certaine Kérine, avec qui il sortait. Ce prénom vous évoque-t-il quelque chose ?
-« Non plus… Et d’où sort-elle ?
-« Eh bien c’est là que ça se corse… Apparemment, ils n’avaient pas le droit de se fréquenter, donc tout ce qui tourne autour de leur relation est un peu flou. D’après ce que j’ai compris, elle comptait sur lui pour renflouer son compte en banque. Ce qui nous indique déjà que ce n’était pas dans son intérêt que Nyls disparaisse.
-« Serait-il possible qu’elle ait des problèmes financiers à cause de la drogue ?
-« Je ne sais pas, mais très honnêtement, ça m’étonnerait. On me l’a décrite comme une belle fille athlétique, sûre de ses atouts. De plus, Nyls était apparemment une personne qui prenait soin de sa santé, qui aimait aider les autres et qui était très intelligent. Tout ça mis ensemble ne donne pas quelqu’un qui paie la drogue de la femme qu’il aime.
-« Une personne amoureuse fait souvent des choses stupides, et ce quelque soit son quotient intellectuel.
-« Vous n’avez pas tort. Cependant, je pense que nous serions fixés si nous la retrouvions…
-« Vous avez un nom à me donner ?
-« Euh… Kérine Grande-brune-et-assez-athlétique, ou Kérine fille-vulgaire-qui-n’en-avait-que-pour-le-fric-de-Nyls… Désolée, j’ai pas mieux… »



-« Mais enfin Léonor, comment voulez-vous qu’on la retrouve avec ça ?
-« Je sais déjà qu’elle est d’Atlantys. Allez, quoi… Doit pas y en avoir cent mille des Kérine brune et athlétique…
-« Et vous croyez que c’est marqué dans nos fichiers ?
-« Non, mais je compte sur vous pour user de vos pouvoirs officiels pour me trouver toutes les Kérine des salles de gym, des comptes en banque régulièrement dans le rouge puis dans le très vert, et entre 18 et 40 ans.
-« Vous n'avez pas plus grand comme fourchette ? »



Léonor s'apprêtait à répondre quand Victorien Vasseur entra dans la pièce en chantonnant, comme s'ils n'étaient pas là. Sans se vexer outre mesure de ne pas avoir été saluée, la jeune femme repris :
-« Suzanne Ebadi n'a malheureusement pas pu être plus précise. Elle ne l'a vue qu'une fois, et de loin...
-« Oups ! »
C'était Victorien qui avait parlé, en réaction à sa maladresse : il venait de faire tomber l'écuelle, qui rencontra le sol avec fracas. Germain lui indiquant de continuer, Léonor s'exécuta :
-« Et puis ce serait dommage de passer à coté de notre témoin à cause de préjugés... Qui nous dit que Nyls n'aimait pas les femmes mûres ?
-« Je ne dis pas le contraire, c'est juste que... »
Il ne pu terminer sa phrase, sa voix étant couverte par un bruit assourdissant.



Lorsque la jeune femme se retourna, elle vit l'aîné secouer comme un forcené une boîte de croquettes, et appeler :
-« BIJOU ! BIJOU ! BIIIIIIJJJJOOUUUUUU !
-« Papa ! Tu vois pas qu'on discute ?
-« Mais personne ne lui donne à manger à ce pauvre chat ! Faut bien que quelqu'un s'y colle !
-« Mais tu plaisantes ? Il est gras comme tout !
-« C'est aussi ce que tu dis de moi à ta mère pour qu'elle m'empêche de manger des gâteaux ? Alors que j'suis pas gros du tout! J'suis même svelte, tiens. »
Germain leva les yeux au ciel :
-« Très bien, très bien. Juste, fais moi plaisir, continue dehors. Bref, reprit-il en s'adressant à Léonor qui commençait à être blasée, je vais m'en occuper. J'espère juste que vous n'êtes pas pressée... »



Encore une fois, le chef de la police ne put achever sa phrase, puisque Papi Victorien en avait décidé autrement en venant s'asseoir à coté de la jeune femme :
-« Dites, vous qui êtes une femme, vous me trouvez gros ?
-« Pas du tout. Vous êtes même très bien pour votre âge.
-« Tu vois, petit insolent, lança-t-il à l'adresse de son fils. »
Puis, en se rapprochant d'un centimètre de sa voisine :
-« Et vous êtes mariée, belle demoiselle ? »
Germain se leva alors, et dit :
-« Ok, on arrête là ! J'en connais un qui est bien trop en forme pour avoir pris son traitement. Allez viens Papa.
-« J'en veux pas. Ils sont pas bons tes cachets.
-« Peut-être, mais t'aimes pas les piqûres. Allez, ouste. »
De mauvaise grâce, Victorien finit par se lever et suivre son fils.



Quand elle fut seule, Léonor bascula la tête en arrière et poussa un long soupir. 

J'suis quand même pas aidée...

C'est là qu'elle aperçut deux portraits, qu'elle entrepris de regarder de plus près. Il s'agissait très certainement d'ancêtres de la famille Vasseur, et l'homme capta plus particulièrement son attention. Au retour de son hôte, elle lui posa la question suivante :
-« C'est dut à la peinture la couleur des yeux de cet homme ?
-« Pas du tout ! Cette couleur d'yeux particulière a toujours été dans notre famille. Venez voir. »



Elle le suivit donc à travers les couloirs exigus et les petites pièces de la maison, qui était sans nul doute une des plus anciennes du Quartier. Cela lui rappela ce qu'avait dit Prys : tous regardaient dans leurs arbres généalogiques qui était le plus proche de la famille d'Atlantys. Etant donné l'ancienneté de leur habitation, et étant quasiment sûre que la famille Vasseur en avait été les premiers occupants, ne pouvait-elle pas supposer que Germain avait son mot à dire dans la course au titre ? Elle fut interrompue dans ses pensées par son hôte qui venait de pousser une porte donnant sur une chambre.
-« Mais je ne vais pas rentrer dans...
-« Allons, je sais que vous en mourrez d'envie... »
Devant l'air outré de la jeune femme, il ajouta :
-« De mettre votre nez partout voyons, pour qui me prenez-vous ? »
Il arbora alors le sourire qui agaçait tant Léonor, qui leva les yeux au ciel. 



Pas de doute, c'était bien le même regard.
-« Qui est-ce ?
-« Pryssilia Vasseur. C'est grâce à elle que je suis de ce monde.
-« C'est donc à elle que je dois adresser mes plaintes ?
-« Allons... Vous faites la dure comme ça, mais je sais que vous m'aimez bien. »
Léonor ne put s'empêcher de sourire. Puis, elle fronça les sourcils :
-« Attendez une minute... Elle avait un nom de jeune fille, ou...
-« Oui. Elle s'appellait Pryssilia d'Atlantys. »



Une lueur éclaira les yeux de la jeune femme :
-« Dites moi une chose : seriez-vous susceptible de gouverner Atlantys une fois Irène décédée ? »
De nouveau, le chef de la police ne pu réprimer son rire franc :
-« Nan mais voilà que vous me soupçonnez maintenant ! Vous n'avez donc plus personne à vous mettre sous la dent ?
-« Répondez à la question.
-« En théorie, oui. Mais une chose est sûre, c'est qu' il faudrait d'abord qu'Alexy d'Atlantys refuse le trône. Ce qui, soit dit en passant, ne serait pas impossible...
-« Attendez une minute... Qui ?
-« Alexy d'Atlantys.
-« Mais d'où sort-il celui-là ?
-« Bah, de la branche fille d'Atlantys. »
La jeune femme attrapa alors le papier dans sa poche, celui que lui avait donné Irène d'Atlantys. 3 noms y figuraient, dont « Atlantys ».

C'était donc ça...

Percevant le brasier dans les yeux de son interlocutrice, le policier tempéra :
-« Vous n'entendez donc que ce qui vous arrange...
-« Pourquoi ?
-« Je viens de vous dire qu'il refuserait certainement.
-« J'aimerais vérifier par moi-même, si ça ne vous ennuie pas.
-« Eh bien si, figurez-vous. Allez, soupçonnez-moi, je préfère. Vous allez encore me créer des problèmes, à vouloir arrêter tout le monde.
-« Il faut bien que quelqu'un fasse votre boulot. Donnez moi son adresse. »
Devant sa mauvaise volonté, la jeune femme du insister :
-« Germain, je vais bien finir par le trouver, donc faites-moi gagner du temps.
-« Quand vous sortez de la maison, c'est la première à droite. C'est le domaine des Rivières.
-« Merci. »
Elle tourna alors les talons, puis se ravisa :
-« Vous savez où je peux trouver un téléphone portable pas trop loin ? »



Cela lui avait trotté dans la tête toute la matinée. Non seulement elle tenait absolument à rentrer pour déjeuner, mais elle voulait montrer à Ryan qu'elle avait bien entendu ce qu'il lui avait dit, contrairement à ce que certains disaient :
-« Alors ne crois pas que je t'achète hein, c'est juste que depuis que Louis a pris son bain avec ton téléphone, eh bien je ne pouvais plus te joindre pour te prévenir... »
Ryan ouvrit la bouche, mais elle ne le laissa pas continuer :
-« Attends, attends... Je... Ce n'est pas pour systématiser mes retards, mais c'est pour qu'on puisse mieux s'organiser. Comme ça, si tu as besoin que je rentre plus tôt, eh ben tu me le dis. Et je te promets de revenir aussi sec. Et je te promets aussi de laisser le travail sur le perron quand je finis tard. Ah oui, et puis... Pardon pour hier... C'était idiot... »
Lorsqu'elle se tut, Ryan resta silencieux, les yeux rivés sur le paquet. Plus elle attendait sa réaction, plus elle appréhendait, plus les doutes se bousculaient dans sa tête, lui soufflant des mots comme « fin », « rupture », « trop », « tard », ...
Et puis il poussa un soupir. Un très long soupir. Avant de poser le paquet sur la table basse.



Se redressant, il tendit une main, la fit glisser derrière le dos de sa femme, sur lequel il appliqua une force douce visant à la rapprocher de lui. Se sentant attirée et non plus repoussée par l'aura agressive qu'il avait dernièrement dégagée, Léonor hésitait entre les rires et les pleurs de soulagement.



Elle se jeta alors à son cou et le serra comme si elle allait tomber. Ryan resserra lui aussi son étreinte, et lui susurra des mots apaisant et finit par :
-« Je t'aime Léo. N'en doute jamais. Même si on se dispute. Ca ne change en rien ce que j'éprouve pour toi. »



Après que Ryan eut ouvert son paquet et qu’ils eurent déjeuné, Léonor repris la voiture et traversa une nouvelle fois le pont, en direction du Domaine des Rivières cette fois. Comme toutes les bâtisses de la Rive Droite, celle-ci ne dérogeait pas à la règle : imposante avec un cadre agréable.



Ce fut une femme d’une quarantaine d’années qui vînt à sa rencontre :
-« Bonjour Madame, je m’appelle Léonor Angès et …
-« Je sais qui vous êtes, coupa-t-elle sèchement. Et je n’ai rien à vous dire.
-« En fait, c’est à M. Alexy d’Atlantys que je souhaiterais parler…
-« Mon mari n’est pas là. Mais je vous le répète, nous n’avons rien à vous dire. Nous n’avons pas besoin de fouineurs comme vous. Comme si le décès de Nyls n’était pas assez douloureux… »
Elle avait dit ces derniers mots en plantant Léonor sur place pour rentrer chez elle. Ne se laissant pas démonter, la jeune femme la suivit.



-« J’ai du mal à comprendre votre refus, Mme d’Atlantys, dit-elle en se faufilant à travers la porte qui n’avait pas eu le temps d'être refermée.
-« Mas enfin…
-« N’est-ce pas dans l’intérêt de tout le monde de comprendre ce qu’il s’est exactement passé ? Coupa Léonor à son tour.
-« En nous traitant comme des criminels ? Sûrement pas !
-« Il ne tient qu’à vous de le prendre de la sorte. Tout ce qui m’intéresse, c’est de comprendre dans quel contexte Nyls d’Atlantys a trouvé la mort. Et pour cela, j’ai besoin de comprendre la mécanique de ce quartier.
-« Et moi je vous dis que je ne veux pas répondre à vos questions !
-« Ca tombe bien puisque c’est à votre mari que je désire parler…
-« CA SUFFIT ! Sortez maintenant !
-« Eh bien, eh bien, que se passe-t-il ici, demanda une femme qui venait d’apparaître, sûrement alertée par le raffut.
Lorsque Léonor se retourna, elle eut un choc. En effet, la personne qui venait d’apparaître n’était autre que Kimy Reynols, l’idole de Ryan. Sous l’effet de la surprise, sa désagréable interlocutrice lui coupa l’herbe sous le pied :
-« Cette personne est venue chercher des informations morbides sur le décès de Nyls. Les gens aujourd’hui ne respectent plus rien, demain vous allez voir, elle va revenir faire nos poubelles ! »
Ignorant complètement ces dernières paroles, Léonor se tourna vers la nouvelle venue et se présenta :
-« Bonjour Madame, je m’appelle Léonor Angès et Irène d’Atlantys m’a engagée pour découvrir les circonstances du décès de son petit-fils. Je suis consciente de la peine…
-« Ne vous inquiétez pas jeune fille, vous faites votre travail, ni plus ni moins, répondit-elle avec un regard doux. Karine, je vous sens fatiguée, pourquoi n’allez vous pas vous reposer ? »



A ces mots, la Karine en question poussa un soupir rageur, bien que contenu, et dit, une fois à la hauteur de Léonor :
-« Vous ne perdez rien pour attendre…
-« Plaît-il ? Demanda la jeune femme d’un air innocent. Puis, s’adressant à Kimy : Pardonnez-moi, mais je ne m’attendais pas du tout à tomber sur vous !
-« J’ai gardé mon nom de jeune fille pour ma carrière. C’était plus simple vu que je suis dans la compétition depuis mes 9 ans. Enfin… J’étais, rajouta-t-elle avec un petit rire. »
Léonor avait l’impression d’avoir 14 ans à nouveau, tant elle était excitée :

Oh la la, quand Ryan va savoir ça !!

-« Alors vous voulez en savoir plus sur Nyls c’est bien cela ?
-« Oui.
-« Eh bien suivez-moi, nous n’allons pas rester debout. »



Kimy l’emmena dans une pièce richement décorée et dont les murs arboraient de nombreux portraits. Léonor nota une différence dans leur agencement par rapport au Domaine d’Atlantys. Ici, ils étaient présentés par couple et cela traduisait un état d’esprit beaucoup moins archaïque, étant donné le fait que les femmes étaient autant mises en valeur que les hommes. Une fois qu’elle furent toutes deux installées, Léonor commença :
-« Vous êtes donc mariée à un membre de la famille d’Atlantys ?
-«  Oui, Charly.
-« Et qui était Nyls pour vous ?
-« On porte le même nom, mais notre lien de parenté remonte à très longtemps. Nous ne nous fréquentions pas beaucoup, pour plusieurs raisons : la première est que les deux familles d’Atlantys ne se considèrent plus comme de la même famille depuis des générations, tant le lien les unissant est éloigné. Ensuite, nos deux familles ont une approche de la vie assez différente, sûrement du au fait que nous n’avons pas les mêmes responsabilités. Et puis en raison de ce que Nyls a vécu, il a passé son adolescence replié sur lui-même. On ne le voyait pas beaucoup.
-« Alors avant de continuer, je veux vous assurer que j’ai énormément de respect pour vous, mais que je suis obligée de poser la question… Est-ce que vous seriez susceptible, vous ou quelqu’un de votre famille, d’accéder à la régence du Quartier ? »
Kimy ne répondit pas. A la place, elle fixait la jeune femme, comme si elle réfléchissait à quelque chose…

Allez Kimy, répondez… Ne me laissez pas vous soupçonner…



-« Je sais ! S’exclama la vieille dame, dont le ton fit faire un bon de 10 cm à Léonor sur son fauteuil. Angès ! Comme Ryan Angès ?
-« Oui… Répondit la jeune femme, stupéfaite devant ce changement de sujet.
-« Depuis tout à l’heure votre nom me disait quelque chose, mais impossible de mettre un visage dessus… Ryan Angès ! Qu’est-il devenu ? Il s’était blessé non ? Ça va mieux ?
-« Eh bien… Euh… Oui, ça va mieux…
-« Ah ! Mais il joue dans quelle équipe ?
-« Aucune.
-« Ah bon ? Mais comment ça se fait ?
-« Je euh…
-« Nan attendez, vous savez quoi ? Venez dîner tous les deux demain soir à la maison. Il faut absolument que je le rencontre. Un jeune homme avec un tel talent ! »



-« Mais…
-« Pas de mais ! Ca me fait vraiment plaisir, et en plus ça me fera une occasion de mettre une robe qu’on m’a fait payer une fortune pour une seule cérémonie. A moins que vous n'ayez déjà quelque chose de prévu ?
-« Non…
-« Tant mieux.
-« Eh bien merci… »
Léonor fit alors le plus beau sourire qu’elle pouvait faire, étant donné les circonstances.

Petit 1 : elle vient de me faire une jolie pirouette, et petit 2 : merci de nous inviter pour 2h de remuage de couteau dans la plaie, au bas mot. Je déteste les soi-disant cadeaux de mes suspects potentiels. Une omelette, un dîner, … Avec quoi on va essayer de m’acheter la prochaine fois ? Enfin... J’espère au moins avoir l’air ravie…



Kimy se leva et tendit une main qui se voulait certainement amicale, mais qui fut perçue tout autrement par l’enquêtrice. 
En se levant à son tour, un détail dans le tableau sur sa gauche attira son attention. Après avoir lâché la main de son hôte, elle se tourna vers la peinture :
-« Quel est le lien entre Pryssilia d’Atlantys et cette femme ?
-« La peinture représente Léopoldine des Rivières, qui s’est mariée à un des fils d’Eve d’Atlantys, de qui elle a eu deux enfants, dont Pryssilia. »

C'est sa mère quoi...

Léonor poussa un petit soupir : tous ces noms commençaient à se mélanger dans sa tête.
-« Y’a-t-il un endroit où je puisse consulter la généalogie du Quartier ?
-« C’est la famille Plaines qui détient tous les livres. Malheureusement, je ne crois pas qu’ils soient consultables… »

Ben voyons…

-« Pourquoi ?

-« Ca, il faudra le demander à Romin des Plaines… »



Léonor avait pris congé suite à cet échange, et l’attitude de son hôte l’avait rendue encore plus perplexe. En effet, Kimy, en lui serrant de nouveau la main sur le perron, avait posé sa main libre par-dessus celle de la jeune femme, et ce de manière très chaleureuse. Cela la rendait horriblement sympathique. Elle se retrouvait donc vendredi soir devant un terrible dilemme : d’un coté, il y avait Ryan, qu’elle imaginait des étoiles pleins les yeux devant son idole, et la possibilité de développer une certaine complicité qui pourrait bien s’avérer utile. Mais, de l’autre coté, il y avait aussi Ryan qui devrait revenir sur une histoire qui lui avait fait beaucoup de mal et dont il ne s’était toujours pas sorti, et le risque de se voir faire manipuler par Kimy sans s’en rendre compte. On pouvait aussi avoir un Ryan heureux avec une Kimy manipulatrice, ou un Ryan malheureux et une Kimy utile. Sa tête était sur le point d’exploser quand quelqu’un sonna à la porte. Léonor regarda l’heure du lecteur DVD : 22h39.

Mais qui peut bien sonner à une heure pareille ?



Nan mais c’est pas possible…

Visiblement, Papi Victorien avait de sérieux soucis avec son traitement.

2 commentaires:

  1. Rooooh j'en étais sûr ! Trop innocent pour l'être vraiment, le papi Victorien ! :O
    Je suis un peu comme Léonor, les noms commencent à se mélanger... Tu parles d'une grande famille ! Pleine d'anguilles en plus ! Non parce que la Kimy, dans le genre je-me-défile-au-moment-où-il-faut-pas, c'est une chef !
    Je penche de plus en plus pour la thèse du complot, impliquant E. Plènozas, G. Vasseur et... L'autre branche des D'Atlantys ! J'accuse ! Mais je vais d'abord lire la suite ! ;)

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