vendredi 30 décembre 2011

1.




La priorité d’Angès une fois arrivée, fut d’aller avaler quelque chose, étant à deux doigts de la crise d’hypoglycémie. Normalement, il devait y avoir quelque chose à grignoter. C’était un des avantages de son entreprise : les employés ne manquaient de rien. En ouvrant le réfrigérateur, elle fut donc ravie de voir qu’il y avait plein de petites choses à se mettre sous la dent et se jeta sur le premier jus de fruit venu. S’installant sur une chaise, elle prit deux secondes pour se familiariser avec son nouvel environnement.

Pas mal quand même…, pensa-t-elle.

En effet, elle avait connu pire. A l’odeur qui vint à ses narines, elle déduisit que tout était neuf : la peinture et le mobilier. Ce dernier était moderne, ce qui n’était pas pour lui déplaire, et il y avait de l’espace. Oui, elle se sentirait bien ici.

Peut-être que… Non, non, pas de plans sur la comète, se reprit-elle.


Une fois à moitié rassasiée, elle attrapa la grosse enveloppe qui trônait sur un bureau dans le salon, et entreprit une lecture rapide. Vers 7h15, ayant appris le principal, elle se rendit au Domaine d’Atlantys.






Le jour commençait à peine à se lever et elle prit le temps d’observer le voisinage. Des lumières commençaient à s’allumer, des chiens émettaient de timides aboiements, les oiseaux piaillaient de plus en plus… Les habitants d’Atlantys étaient donc matinaux. Cela la surprit quelque peu puisque c’était un dimanche. Sortant de ses pensées, elle lança la voiture en direction du pont .

Tiens ? Mais où il est d’ailleurs ce pont ?


Un coup d’œil dans le rétroviseur lui donna la réponse. 






Atlantys avait beau être un des plus riches Quartier du pays, ce qu’Angès voyait pour l’instant n’était pas très représentatif des richesses du coin. De ce qu’elle en savait à présent, ils avaient gardé une certaine indépendance vis à vis du gouvernement , tout en étant impliqués dans la mécanique du pays. D’après ses informations, elle devait trouver le domaine sur la rive droite de ce qu’ils appelaient la « zone résidentielle » tout au fond de la vallée. Les panneaux affichaient rive droite , ce qui était encourageant quant à la direction qu’elle avait prise. Ainsi, Mme d’Atlantys était la souveraine du Quartier, du moins depuis la mort de son fils, puis de son petit-fils. Apparemment, elle se faisait aider par un certain M. Ladopthé, dont le rôle n’était pas clairement défini dans le dossier. La mission exacte d’Angès était de découvrir le mobile du meurtre, et surtout, l’assassin. La police tournaient en rond depuis 1 mois, et Mme d’Atlantys redoutait un complot. Il fallait donc quelqu’un de neutre pour enfin élucider ce mystère.






Angès gara sa voiture sur l’allée du garage et ne put retenir un petit sifflement d’admiration en sortant du véhicule :

Ah ouais quand même  !


Elle jeta un regard autour d’elle et remarqua que les maisons voisines étaient à plusieurs centaines de mètres et qu'il n’y avait pas de commerces : la rue ne devait pas être très passante. Elle se retourna ensuite pour aller sonner.






La grille s’ouvrit et une fois sur le perron, une voix lui intima d’entrer. Angès poussa alors la lourde porte en bois et découvrit derrière elle une femme d’un certain âge lui tournant le dos et assise sur un banc.
-« Venez vous asseoir, lui ordonna-t-elle. »

Après avoir refermé derrière elle, Angès s’exécuta.






Une fois installée, elle nota la moue surprise de son interlocutrice qui avait ouvert la bouche très certainement pour parler mais qui n’avait pas émis de son.
-« Mais qui êtes-vous ? Finit-elle par articuler. »

Allons bon, me voilà tombée sur une sénile…

-« Léonor Angès, Madame. Je suis votre rendez-vous de 7h30.
-« Ah… Léo pour Léonor alors… Mais vous êtes une femme !
-« Cela pose-t-il un problème ?
-« Mais c’est évident ! Ce que je demande là est un travail d’homme !
-« Retrouver l’assassin de votre fils ? Sachez que c’est mon métier, Madame, et que j’ai de meilleurs résultats que mes collègues masculins…
-« Pour retrouver la poêle perdue sans doute ! Coupa la vieille femme. Mais pour faire face à un grand costaud, qu’allez vous faire avec vos petits doigts tout maigres ?
-« Je comprends votre scepticisme, mentit-elle, mais je peux vous assurer que mon employeur prend très à cœur votre requête et qu’il me fait entièrement confiance pour répondre à vos attentes, finit-elle en toute honnêteté.
- « Oh ne me racontez pas de salades, ce n'était pas vous qui deviez venir en premier lieu ! »
Irène d’Atlantys poussa un soupir puis enchaîna :
-« Bon, de toute façon, je suis coincée avec vous on dirait…

-« Rassurez-vous madame, il n'y a pas de second choix chez nous. Et si vous me disiez exactement ce qu’il s’est passé ? »






De mauvaise grâce, la vieille femme commença son récit :
-« Alors… C’était le 20 octobre. J’ai été réveillée par un bruit. Sur le moment, je ne savais ni d’où il provenait, ni par quoi il avait été causé .
-« Il était qu’elle heure ?
-« Je me souviens avoir regardé le réveil. Il était 6h15, à peine passées.
-« Le bruit était-il fort, ou au contraire très faible ?
-« Assez fort… Ce qui m’a intrigué d’ailleurs. Je me souviens avoir pensé que ce voleur avait quelques progrès à faire.
-« Qu’avez-vous fait ? »





-« Je me suis levée, ai allumé la lumière du couloir, mais… Ce que vous devez savoir, c’est que c’est une vieille maison, et que tout n’est pas très logique. Pour allumer la grande pièce, celle-ci même, il faut la traverser jusqu’à l’entrée. Ce que je fais sans problème d’ordinaire. Mais cette nuit là, il y avait quelqu’un dans la maison, et j’ai hésité un peu. J’ai cherché à m’habituer à l’obscurité, chose qui m’était difficile puisque j’avais été éblouie par la lumière du couloir. J’ai crié quelque « y’a quelqu’un ? », mais personne n’a répondu. Et puis… Et puis c’est là que je l’ai vu… »
Irène d'Atlantys renifla légèrement, serrant ses mains l’une contre l’autre pour les empêcher de trembler .

-« Excusez-moi… Perdre un enfant vous savez, c’est déjà très dur… Mais son petit fils par dessus le marché… Enfin… j’ai fini par le voir… Bon sang ! Si j’avais été plus rapide ! »






-« Il était là, étendu de tout son long… Quand je me suis penchée sur lui, j’ai senti, même si c’était très léger, qu’il respirait encore. J’ai crié son nom, je lui ai parlé, je l’ai secoué ! Mais rien n’y faisait ! »






-« Je me suis jetée sur le téléphone pour appeler les secours, et en leur parlant je me suis rendue compte que l’agresseur était peut-être encore là ! Alors je parlais doucement, bien que maintenant je pense que si le meurtrier en avait eu après moi il se serait occupé de mon cas pendant que j’étais en train de hurler le prénom de mon petit-fils ! Et ces empotés ne comprenaient rien à ce que je disais ! Là encore on a perdu du temps… »






-« Ils ont quand même fini par arriver, tout en finesse dans leurs gros godillots et avec leur sirène hurlante… Si j’avais voulu faire fuir quelqu’un, je ne m’y serais pas prise autrement tiens…
-« Vers qu’elle heure ?
-« 6h45 à peu près. L’ambulance est arrivée en même temps. Mais le temps… Mais le temps qu’elle arrive à l'hôpital, Nyls était mort ! »
Elle avait prononcé ces derniers mots avec toute la détresse qu’elle ressentait, puis avait plongé son visage dans ses mains.

Léonor attendit calmement la suite du récit.






-« J’ai tout raconté à l’officier de police, puis à Germain Vasseur. C’est le chef de la police.
-« Vous n’avez pas de système d’alarme ?

-« Bien sûr que si ! Allons savoir pourquoi il ne s’est pas déclenché ! Mais très honnêtement, j’ai ma petite idée aujourd‘hui. »






-« Je pense que c’est une sorte de complot.
-« Expliquez-moi.
-« Eh bien ce n’est pas très compliqué ! S’exclama la vieille femme mécontente. Vous avez remarqué où vous êtes ? Dans la famille la plus riche d’Atlantys, et qui plus est celle qui gouverne le Quartier. Il ne faut pas sortir de La Tour pour penser à un changement de main du pouvoir ! Je parierais en premier sur cet opportuniste de Ladopthé.
-« En premier ?

-« Mais dites donc ! Si c’était si simple, vous croyez que j’aurais besoin des services d’une entreprise de la capitale ? »






Sur ces mots, elle alla d’un pas décidé vers une bibliothèque et y plongea sa main. Léonor se leva et voulu observer la pièce, mais elle n’en eu pas le temps.






-« Voilà la liste de tous les suspects et leurs adresses. En sortant d’ici, rendez-vous chez les Vasseur pour vous présenter et leur signifier que vous avez les pleins pouvoirs sur toute l’affaire, et pour qu’ils veillent à ce que rien ne vienne perturber votre enquête. Surtout les personnes soit disant au-dessous de tout soupçon. Ne faites confiance à personne, suis-je bien claire ?
-« Absolument, Madame. »






A peine eut-elle le papier entre les mains que son hôte lui pria expressément de partir :
-« Allez-vous en maintenant. Je suis fatiguée. Tout ça m’épuise, vous savez, mais il est hors de question de laisser les choses au hasard. C’est pourquoi j’attends de vous la plus grande minutie et ne vous impose pas de délai. Malgré tout, qu’on en finisse… »

La vieille femme laissa légèrement tomber les épaules et tourna le dos à Léonor sans même la saluer.





En sortant du domaine, Léonor jeta un coup d’œil à la liste. 3 Noms y figuraient :
-Ladopthé
-Plénozas
-Atlantys.
Suite à ses trois noms, des petits tirets faisaient suite, sûrement dans le cas où Irène d’Atlantys avait eu d’autres idées. Le 3ème nom la surpris. Atlantys ? Voulait-elle dire Atlantys toute entière ? Léonor glissa alors le papier dans une de ses poches et avança d’un pas assuré vers sa voiture.


Tremblez, malfrats et voyous, Léonor Angès est sur vos traces , pensa-t-elle un sourire au coin des lèvres.

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