33.


Un lourd rideau de velours rouge avait été tendu au fond de la salle de conférence du Domaine d'Atlantys.
Tous les invités se succédaient devant lui, comme si en s'approchant au plus près ils pourraient percer le mystère qu'il dissimulait. Les caméras étaient braquées dessus, mais pas seulement. Edouard Plènozas, sa femme Prys, Charly et Kimy d'Atlantys, les avocats Bonnet, mais également Romin des Plaines accompagné de son fils Damien, Germain Vasseur, Les Normand, François Faivre... Tous ceux qui comptaient étaient là. Adossée à un mur au fond de la pièce, Léonor s'amusait de l'incrédulité des personnes qui se regardaient et ne semblaient pas comprendre ce qui pouvait les avoir réuni, quand un visage malheureusement familier se présenta à elle sous un très mauvais jour.



- « Vous êtes encore là, vous ? Qu'est-ce-que vous faites là ? Ça vous a pas suffit ? Vous n'avez plus de travail, plus de famille, plus de visage ! Qu'est-ce-qui peut bien encore vous retenir ici ?!"
Puisant au plus profond d'elle-même la force de paraître indifférente, elle répondit d'un air faussement enjoué :
- " Vous allez bientôt le découvrir !
- " Je vous jure que je finirai par effacer ce sourire suffisant de vos lèvres ! Dusse-je l'arracher moi-même !
- " Vous savez quoi ? Tout compte  fait, je suis vraiment désolée pour vous. Je suis désolée car quoique vous ait promis Plènozas, quoiqu'il eut pu vous apporter qui vous aurait rendu un peu plus heureuse, eh bien vous ne l'obtiendrez jamais... Ce qu'il y a derrière ce rideau va mettre un terme à votre complot, mais aussi à tous vos espoirs. Dans quelques instants, vous serez aussi seule que moi... Voyez les choses du bon coté... Votre joli minois est encore intact."
Sur ces mots, elle remit son masque guilleret et pointa deux index enthousiastes vers l'étoffe de velours qui était en train de s'élever.




Lorsque le rideau découvrit Nyls d'Atlantys, des cris de stupeurs envahirent la salle. Prys plus-pour-longtemps-Plènozas faillit partir à la renverse - bien qu'elle eut été prévenue - et fut rattrapée de justesse par Charly d'Atlantys, les boucles de Karine d'Atlantys semblèrent se défriser et Edouard Plènozas avait l'air de s'être transformé en marbre.
Lorsque le calme fut revenu, le jeune héritier prit la parole.
- « Bonjour... Je sais que vous ne m'attendiez pas. Mais vous n'êtes pas les seuls à être surpris. Moi-même, hier, j'étais à des lieues de penser que ce soir je serais devant vous. Ce que je vais vous dire ne sont pas des excuses que je me trouve. C'est uniquement le récit que vous méritez. Vous avez droit à des explications. Si vous voulez bien vous asseoir... »
Alors qu'il parlait, Léonor regarda autour d'elle. Il y avait de tout : de la désapprobation, de la colère, du soulagement, de la compréhension et de l'embarras.



Nyls avait terminé le récit de ses aventures – tournées comme il fallait pour l'occasion – et entamait la partie sur ses excuses :
- « Je ne mérite pas votre compréhension. J'ai agis de manière stupide et irréfléchie. J'ai fait du mal à tous ceux que j'aimais. Je vais être honnête, je ne comptais pas revenir. Si je suis devant vous aujourd'hui, c'est parce-que l'enquêtrice engagée par ma grand-mère, Léonor Angès, m'a retrouvé."




Des regards et des murmures parvinrent jusqu'à elle.

C'est mooooiiiiiiiii....

- " ...ce faisant, elle a porté à ma connaissance des informations capitales qu'il était de mon devoir de révéler. Mon amour d'adolescent n'était en fait que l'instrument d'Edouard Plènozas utilisé pour m'éloigner de mes futures fonctions. Alors s'il n'est pas coupable de ma candeur, mais il l'est en revanche pour avoir organisé l'incendie du Domaine qui tua mon père. »
A nouveau, des exclamations se firent entendre.
- « J'ai des preuves, elles sont entre les mains de la police d'Atlantys, et des témoins sont en train d'être interrogés. »
Léonor écarquilla les yeux, mais elle ne fut pas la seule.



Tous les regards se braquèrent sur l'incriminé. Pas très longtemps cependant puisque toutes les attentions allèrent à Prys qui s'était évanouie pour de bon. 
De plus, Nyls continuait son discours, vaille que vaille.
Le chaos était total. Les gens se levaient et invectivaient Edouard Plènozas, obligeant les policiers qui avaient été prévenus à l'avance, devancés par Germain Vasseur, à s'interposer. Ceux qui avaient gardé leur sang-froid tentaient de calmer ceux qui l'avaient perdu et il en résultait une cacophonie qui avait fini par réduire au silence le jeune héritier.




Le nouvel ennemi public n°1 d'Atlantys s'était faufilé derrière la rangée de policiers qui tentaient de retenir les plus hargneux. Germain Vasseur lui avait fait signe de rester à l'écart le temps qu'il gère la situation. Léonor en profita pour se glisser à ses cotés.




- " Profitez bien de la vue, parce-qu'en prison, vous n'aurez sûrement pas la même.
- " Ce que vous pouvez être naïve... C'est du vent. C'est une mascarade visant à faire passer la pilule de son retour. 
- " Vous direz ça au juge...
- " J'y compte bien. Il n'a rien contre moi. Rien.
- " Il n'a rien parce-que vous n'avez rien fait ou parce-que vous pensez avoir tout camouflé correctement ?"
Ce fut discret, mais son expression changea : elle devint légèrement narquoise. Piquée au vif, la jeune femme continua :
- " Et Kérine, ça compte pour du beurre ?"
Il pouffa :
- " Kérine ? Kérine ne bougera pas le petit doigt pour vous aider à m'enfermer."
Léonor sentit à son tour un sourire sarcastique s'installer sur les lèvres :
- " Vous devez être sacrément amoureux... Pour ne pas voir qu'elle a tout intérêt à vous détruire..."
Les pupilles de son interlocuteur se rétrécirent brusquement, ce qui l'encouragea à préciser :
- " Vous n'avez pas supporté les sentiments qu'elle éprouvait pour Nyls. Alors vous avez perdu le contrôle et vous vous en êtes pris à elle. La voilà votre erreur. Vous lui faites peur, désormais, et tout ce dont elle rêve, c'est d'être débarrassé de vous. Maintenant qu'elle a Nyls derrière elle, toutes les petites choses que vous lui avez confiées en la considérant comme vôtre et soumise sont en train de lui revenir avec une précision diabolique. Et qui sait... Peut-être qu'elle pourra vivre son idylle en toute liberté avec Nyls, maintenant..."
Un éclair de fureur balaya le regard d'Edouard. Il détourna immédiatement les yeux pour masquer son trouble. Fixant l'horizon, il dit :
- " Profitez-en, vous aussi..."





- " Comment ?
- " Profitez-en... Parce-que vos fanfaronnades seront de courtes durées. A croire que vous n'apprenez rien de vos erreurs... La première fois c'est votre famille, que vous avez perdu. Qu'est-ce-que je vais bien pouvoir vous prendre, cette fois ? Vous n'avez plus de travail... Vous êtes défigurée... Je vais devoir faire preuve d'imagination...
- " Consolez-vous comme vous voulez. Mais avec le nombre de personnes qui veulent votre tête, je pense que je vais être le dernier de vos soucis. C'est terminé Edouard."
Comme pour appuyer ses paroles, Germain Vasseur surgit derrière eux et chuchota à l'oreille du désormais prévenu qu'il était temps d'y aller, sous la huée des riverains complètement désinhibés. 
Léonor observait le petit groupe attendre l'ascenseur. Alors que les portes s'ouvraient, Edouard fit brusquement volte-face et lança une main en direction de la gorge de la jeune femme.




Heureusement, Germain eut le réflexe de lui retenir le bras et le recul de Léonor suffit à éviter la poigne qui manqua ainsi sa cible.
- " TU TE CROIS A L'ABRI ? TU TE CROIS A L'ABRI ? JE FERAI DE TA VIE UN ENFER ENCORE PLUS BRÛLANT QUE CELUI QUE TU CONNAIS EN CE MOMENT!!!
- " Edouard!" Tenta de le raisonner le chef de la police.
- " TU VAS EN CHIER ANGES !"
Les forces de l'ordre le traînaient en arrière afin de le faire rentrer dans la cabine, mais il était devenu à moitié fou.
- " TU VAS REGRETTER DE T'EN ÊTRE PRIS A MOI PÉTASSE!"
Plaqué contre le mur du fond de l'ascenseur, le regard qu'il lui lança était sans équivoque. La réponse ne le fut pas moins.
Lorsque les portes se refermèrent, elle resta un moment à les regarder, jusqu'à ce que le silence bourdonne à ses oreilles. Elle prit alors conscience que tout le monde s'était tu et la regardait avec inquiétude. Un claquement de mains surgit alors du fond de la salle, d'un homme qu'elle avait l'impression de connaître sans pour autant mettre un nom sur son visage. Instantanément, d'autres suivirent et se transformèrent en applaudissements, amenant les personnes encore présentes devant elle pour la féliciter chaleureusement, masquant l'individu par la même occasion. 
Elle reçut les compliments avec un sourire fatigué, mais fit ce qu'elle pu pour en remercier les auteurs à la hauteur de leur enthousiasme.
Une fois l'ambiance redevenue plus calme, Nyls se rappela à leur souvenir. Tous se rapprochèrent alors, et, debout ou assis, attendirent qu'il reprenne la parole.



- " Maintenant, tout va rentrer dans l'ordre. J'annonce solennellement qu'il y aura des élections à Atlantys avant la fin de l'année. Nous nous alignerons sur les protocoles déjà en vigueur dans les autres quartiers. Pendant ce temps, je mettrai en place mon projet pour Atlantys. Les circonstances étant particulières, je vous le dévoile aujourd'hui : l'université pour tous. Pendant mes quatre années d'études, j'ai travaillé en collaboration avec les autres Quartiers pour faciliter l'accès aux études supérieures des étudiants de tout le pays. Mais ce n'est pas tout. Avec François Faivre, nous allons faire construire notre propre université, juste à coté de la zone commerciale."
Des acclamations s'élevèrent alors, et Léonor imagina la rive gauche explosant de joie. Est-ce-qu'Anaïs et Alice regardaient la télé ? Etaient-elles au courant que leur vie allait changer ?
- "J'ai longtemps hésité quant au nom à donner à notre propre temple de la connaissance. Au cours de mon escapade, j'ai eu le temps d'y réfléchir. Notre fondatrice, Eve d'Atlantys, voulait un quartier uni et solidaire. Par certains cotés, nous y sommes parvenus, grâce à Bérénys des Plaines, dont on rappelle toujours l'insubordination, au lieu de rendre hommage à toute la culture qu'elle nous a permis d'acquérir puis de distribuer. C'est grâce à elle que notre élite intellectuelle est ce qu'elle est. Le mécénat, c'était elle, à l'origine. Malheureusement, l'argent et le pouvoir semblent aller de pair avec l'apparition d'inégalités. Par cette université, je veux contribuer à rétablir l'équilibre. Je nous veux équitable. Par cette université, je nous veux tournés vers l'avenir. C'est pourquoi je ne voulais pas donner un nom ayant déjà existé. Je veux donner un nom du futur, pour marquer notre avancée. Mesdames, Messieurs, des Rives Droite et Gauche, vos enfants seront très prochainement  formés à l'Université Alys d'Atlantys." 
A la fin de sa phrase, on avait découvert un écran sur lequel scintillait le nom de la faculté. Les rideaux furent tirés, les lumières éteintes, et le projet "Alys d'Atlantys" s'anima sous les yeux émerveillés des personnes dans la salle, ainsi que celles devant leurs téléviseurs.
Lorsque la vidéo s'arrêta, les applaudissements fusèrent. 

- " Bienvenue dans cette nouvelle ère, bienvenue à La Nouvelle Atlantys."

Sur ces mots, il prit du recul par rapport au pupitre et savoura avec pudeur son retour triomphal.
Tous étaient ravis. Tous ? Pas tout à fait.




Léonor ne saisit pas tout de suite ce qu'elle voyait. François Faivre était assis, en retrait, l'air grave. Tout chez lui dénotait avec l'exaltation ambiante. Il secoua légèrement la tête d'un air désabusé, se leva, et se dirigea vers l'ascenseur.
Le cœur de Léonor s'accéléra. Elle comprenait. Elle regarda l'écran sur lequel était inscrit "Alys d'Atlantys" et fit volte-face afin de s'élancer derrière le vieil homme. Lorsqu'elle arriva devant les portes métalliques, elles étaient en train de se fermer. Elle allait passer la main pour l'empêcher de descendre mais le regard de François la stoppa dans son élan. Fixant initialement le sol, il releva des yeux pleins de colère vers elle. Cela était tellement inattendu qu'elle resta figée sur place, pendant que la cabine se refermait sur l'éclat glacial des iris bleus de François Faivre. Revenant à elle, elle appuya frénétiquement sur le bouton d'appel. L'attente était interminable, et elle en profita pour insulter copieusement les architectes qui n'avaient pas pensé utile de mettre une cage d'escalier.

Foutues vieilles baraques !

Lorsque les portes se rouvrirent, elle se jeta sur la commande et pressa rageusement le bouton RDC.
- " AAALLLLLLEEEEZZZZ!!" Dit-elle sans cesser de harceler le pauvre bouton.
Le léger et très lent grincement des rails se termina, un son de clochette se fit entendre, et quelques secondes plus tard, la descente s'amorça. 
Arrivée en bas, elle se rua dans le corridor, prit à gauche, et courut jusqu'à la porte d'entrée d'où elle vit la limousine de François Faivre s'enfoncer dans la nuit qui venait de tomber. Elle allait remonter chercher ses clés de voiture quand le tableau qu'elle avait vu la dernière fois attira son regard. Brisée dans son élan, elle arrêta sa course. Elle admit le fait qu'il ne voulait pas lui parler, et qu'il n'avait aucune raison de le faire. Cela ne la regardait plus. Elle savait désormais que le vieil homme avait interdit à Nyls de lui révéler cette partie de leur histoire. Et même s'ils semblaient en profond désaccord, le passage sous silence de ces événements lors de leur entrevue montrait qu'elle n'obtiendrait rien non plus du jeune héritier. Un sourire résigné aux lèvres, elle se dirigea vers la peinture.




Ainsi, devant le portrait de cette femme, elle se rappela...




- " Je sais pas trop pourquoi, mais j'ai l'impression que les Faivre ont toujours été proches de la famille d'Alice "




- « Mais... Mais...Mais elles vivent avec si peu alors qu'elles sont héritières de votre famille ?
- « En quelque sorte. C'est une histoire qui remonte bien avant moi et les choix d'alors visaient à les protéger."



"- « ...uoi tu as été fouiller dans mes affaires ? Tu savais très bien que c'était privé, mais tu l'as pris quand même !
- « Eh bien je ne le regrette pas !! Vous vous rendez compte, depuis toutes ces années, ces générations, elles n'étaient pas au courant ? Je ne vous croyais pas comme ça, François ! Je ne vous pensais pas capable d'une telle ignominie !
- « Ignominie ! Carrément ! Tu parles de choses dont tu ne sais rien, Nyls !»
- « Eh bien expliquez moi ? Vous ne croyez pas que je suis en droit de savoir ? Ça me concerne autant que vous !
- « Dans d'autres circonstances, je t'en aurais parlé ! Mais tu m'as démontré que tu n'étais pas raisonnable alors c'est hors de question !
- « Eh bien tant pis ! J'irai les voir avec le peu d'informations que j'ai, et c'est à elles que vous devrez expliquer ! Vous n'aurez pas le choix !
- « Grand bien t'en fasse ! Elles sont parties !"

"Bienvenue à La Nouvelle Atlantys."

Ce message était à double sens. Il comptait révéler l'appartenance d'Alice non seulement à la famille Faivre, mais surtout à sa propre famille. A elle seule, elle symbolisait l'unité des rives gauche et droite. Que s'était-il passé ? A quel moment la branche d'Alice avait-elle été menacée ? Les familles étaient-elles déjà rivales ? Ou cela avait-il commencé à la naissance de l'enfant ? A combien de temps cela remontait-il ? La mise en valeur du portrait d'Eve par rapport à celui de son mari l'avait déjà interpellée... Et si on avait brisé un matriarcat ? Alice... Était-elle l'héritière légitime d'Atlantys ?

- " Léonor ! Vous m'entendez ?"




La jeune femme cligna rapidement des yeux... 

Mais... Mais...

- " Victorien ? C'est vous ?
- " Bah oui! Qui voulez-vous que ce soit ?"
Elle partit alors d'un rire franc.

C'était lui, dans la salle, tout à l'heure...




- " Pourquoi vous rigolez ?
- " Mais que vous est-il arrivé ? Votre femme vous a appâté avec des gâteaux, ligoté sur un fauteuil et fait venir le coiffeur ?
- " Pas du tout. Je voulais être beau pour la télé.
- " Ça vous va très bien !
- "Ah merci!! Je trouve aussi ! Dommage que ça ne puisse pas durer...
- " Pourquoi ?
- " Eh bien si je suis trop beau, on va me remarquer, vous comprenez ?"
Léonor riait maintenant à gorge déployée.
- " Ce n'est pas une blague ! Je dois passer inaperçu."




- " Vous ? Inaperçu ?
- " Moi ! Inaperçu !
- " Vous êtes connu comme le loup blanc !
- " Quand je le veux ! Vous m'aviez vu dans la boutique quand vous avez acheté cette robe ?
- " Mais on était que deux dans le magasin et... Naaaaaannnnn
- " Eeeeehhhh si !
- " Naaaaannnn...
- " Mais si j'vous l'dis ! Roooooo !
- " La vieille avec son pull bariolé ? C'était vous ?
- " Bariolé ? Il était pas bariolé mon tricot ! Coloré, oui, mais pas bariolé !
- " Un vrai pull de clown ! Vous auriez pu en profiter pour en acheter un autre, au lieu de me suivre comme un psychopathe !
- " Il est à ma femme."
Expression figée de Léonor.
- " J'vous ai eue ! Je rentre pas dans ses affaires. Mais j'suis pas gros ! C'est elle, elle est toute maigre...
- " C'est marrant vous n'avez rien dit quand je vous ai traité de psychopathe... Vous ne niez pas ?
- " J'ai pris ça pour une boutade. Vous pensez vraiment que je suis fou ?
- " Euuuhhhh... Mais qu'est-ce-que vous faisiez là, d'abord ?
- " Je veillais sur vous."
Tout le jeu qui s'était installé s'évapora instantanément. Elle savait ce qu'il allait lui demander :
- " Comment allez-vous ?"
Elle repensa à ce qu'avait dit Edouard quelques instants plus tôt. Son cœur cogna un peu plus fort. Elle baissa alors la tête, se mordit le coin gauche de la lèvre inférieure, posa les mains sur ses hanches et soupira.
- " J'ai déjà été menacée... Plusieurs fois... Quand il a proféré ces paroles, je me suis dit "Ça y'est, on y est ! Les menaces de quelqu'un qui se croit au dessus des lois..." ... Mais là, c'était différent..."
Comme il gardait le silence, elle secoua la tête pour se donner du courage et temporisa :
- " Mais bon peut-être que je suis plus... "

Fragile...

- " ... sensible en ce moment... Avec tout ce qu'il s'est passé..."
Elle releva alors la tête et lui adressa un sourire qu'elle espérait convainquant. 
- " On ne le laissera pas s'en tirer Léonor. Il ne vous fera pas de mal.
- " Vous et vos copains imaginaires ?" Demanda-t-elle moqueuse.
- " Moi et mes copains réels. Bon... Y'a un peu d'eau dans le gaaaazzzzz, comme on dit, mais on va s'en sortir."
Il lui adressa un sourire en coin avant de poursuivre :
- " En parlant de copains..."



- "... Votre copain Faivre là... Il avait pas l'air dans son assiette. Ça a commencé quand Nyls a parlé d'Eve d'Atlantys... Et vous l'avez poursuivi ! Moi je dis que vous savez quelque chose... Alors ?
- " Il ne m'a rien dit.
- " Ça ne veut pas dire que vous ne savez rien ! Vous savez, je le sais !"




Son regard fut automatiquement attiré par le portrait. 

Si les fantômes pouvaient parler... Nous mettraient-ils en garde ? S'ils se taisent, c'est peut-être parce-que c'est mieux comme ça ?

Intrigué, il finit lui aussi par fixer le tableau.
- " Y'a un truc d'écrit ou quoi ? Il y a quelque chose que je vois pas ?"
Il baissa alors le ton et dit : 
- " Vous essayez de me dire quelques chose ?"
Elle ne put s'empêcher de pouffer.




Reprenant son air boudeur, il demanda :
- " Pourquoi vous me regardez comme ça ?"

Vous allez me manquer...

- " Pour rien... Je repensais à votre pull ridicule."
Et elle tourna les talons sur ces mots.




- " Léonor ! Mais... Attendez !!
- " J'ai des choses à faire.
- " A cette heure ?
- "Oui. 
- " Ça peut attendre qu'on parle! Mais attendez!
- " Vous le saurez bien assez tôt Victorien.
- " Nan mais aucun intérêt si je l'apprends en même temps que tout le monde! Léonor!"





- " Léonor !! Mais ralentissez bon sang !... Arf... Je déteste les jeunes !"

Désolée Papi Victorien, ce secret ne m'appartient pas.



Sur le chemin du retour, Léonor repensa aux jours qui venaient de s'écouler, aux dernières révélations et à leur impact sur la vie à Atlantys. Cela l'amena à se demander ce qu'elle allait faire. Retourner à Simcity ? Dans quel but ? 

Et Ryan ? Il va faire quoi ? 

Alors qu'elle allait pénétrer dans son garage, elle aperçut de la lumière dans son appartement. Surprise, elle monta les escaliers avec appréhension.




En découvrant Ryan qui l'attendait, elle fut légèrement décontenancée. Elle remarqua qu'il avait l'air de bonne humeur et ne semblait pas lui avoir ramené ses affaires dans des cartons. Il lui adressa un sourire chaleureux alors qu'elle s'avançait vers lui.





Lorsqu'elle arriva à sa hauteur, il s'expliqua instantanément :
- " La dernière fois que je suis venu, tu es partie euh... un peu précipitamment et je ne pouvais pas fermer. J'ai croisé le concierge qui m'a donné son double, mais le temps que je ferme et que je redescende il avait disparu. J'ai donc gardé la clé... Quand je suis venu te la rendre en début de soirée, tu n'étais pas là, et je ne me voyais pas te la laisser simplement dans la boîte aux lettres... Du coup j'ai regardé la retransmission de la conférence de presse de Nyls d'Atlantys ici... Et... Je voulais te féliciter. Tu y es parvenue, à conclure cette enquête... Tu peux être fière Léo..."
La lueur d'amertume dans ses yeux n'échappa pas à Léonor.
Elle acquiesça d'un petit signe de tête en guise de remerciement, et ils restèrent ainsi, l'un en face de l'autre, ne sachant comment amorcer la conversation qui devait avoir lieu.
Finalement, ce fut Ryan qui se lança.





 - " Je suppose que tu as vu mon mot...
- " Oui...
- " Qu'est-ce-que tu en penses ?
- " ... "




- " Je m'en doutais... Je crois que c'est clair, Léonor... Tu n'as juste pas le courage de l'admettre... "
Les mains moites, le souffle court, Léonor n'avait plus d'air. Rien que de l'imaginer passer la porte à l'instant et ne jamais le voir  revenir lui donnait l'impression que des doigts puissants lui enserraient la gorge afin de lui broyer la trachée. Une sensation vertigineuse lui faisait tourner la tête et elle était prête à s'effondrer.
Seulement, elle luttait. Elle luttait de toutes ses forces pour ne pas se jeter à son cou en lui hurlant de ne pas la laisser. Elle ne voulait plus être seule. Elle ne voulait plus rentrer dans son appartement sans vie, ne voulait plus manger avec le tintement de ses couverts pour seule compagnie, ne voulait plus entrer dans son lit en sachant qu'il ne la prendrait pas dans ses bras pour qu'elle puisse s'endormir sereinement...
Seulement... Seulement ce n'était pas juste. On ne reste pas avec quelqu'un pour ne pas être seul. Son angoisse de la solitude ne justifiait pas à elle seule qu'elle le retienne. Il méritait quelqu'un qui soit avec lui à cent pour cent. Elle ne pouvait pas le laisser se contenter d'une ombre d'elle même.
- " Tu peux me dire pourquoi ?
- " ...
- " Pourquoi Léonor ? Je veux te l'entendre dire. Je veux t'entendre dire pourquoi tu me quittes."




Le regard dur, le regard blessé, il attendait.
- " Dis le moi."
Sa voix grondait de plus en plus.
Léonor suffoquait. Lui s'approchait.
- " Dis le."
Elle recula d'un pas, lui s'approcha encore, réduisant à rien l'espace qui les séparait.
- " Je ne partirai pas avant que tu ne le dises. Si tu le dis, je te laisserai en paix."
N'y tenant plus, ne pouvant supporter davantage sa proximité sans le moindre contact, elle explosa :

- " VA-T'EEEEENNNN ! VA T'EN RYAN ! VA T'EEEENNNNNNN !!"

Elle fit alors volte-face et se couvrit les yeux pour ne pas le voir s'en aller.



Mais il ne se laissa pas impressionner. Il s'approcha encore et chercha son regard :
- " Ce n'est pas ça que je veux entendre ! Tu le sais très bien ! Dis moi que tu ne m'aimes plus, que c'est fini, et je m'en vais !! C'est simple non ?! Dis le !! DIS LE !!
- " Je... Je...
- " VAS-Y!
- " Je...
- " QU'EST-CE-QUE T'ATTENDS ?!!!
- " Je peux pas..."

Ses jambes se dérobèrent sous elle, mais il lui saisit le bras, la fit se tourner vers lui, la pressa contre son torse et plaqua ses lèvres sur les siennes.







































Elle lui rendit l'étreinte au centuple, s'accrochant à lui comme si elle allait tomber dans un gouffre. 

Ta bouche... Ta peau... Ton corps... Ton amour... Ton humour... Ta présence... Ta constance... Tu es mon socle... Quand je suis avec toi, c'est une évidence...

Je t'aime... je t'aime tellement... C'est si clair... 

Mais pourquoi je me sens si... vide ?

Haletant, ils appliquèrent chacun leur front contre celui de l'autre, les yeux clos.

- " Dis-le...

- " Je t'aime Ryan. Je t'aime de toute mon âme."

Il secoua doucement la tête et souffla :

- " Alors c'est quoi ton putain de problème ?
- " Je suis brisée Ryan. A l'intérieur. Depuis toujours. Je pensais avoir réussi à surmonter mon abandon mais... Mais au final... Je crois que j'ai vécu si longtemps avec cette solitude qu'elle est devenue une seconde nature. Je ne sais pas m'occuper de quelqu'un d'autre que de moi-même... Je ne sais pas... Je ne sais pas être mère... Mon fils sait à peine qui je suis... 
- " C'est faux...
- " Non, je sais que c'est vrai. Et c'est de ma faute. Je ne sais vivre que pour moi... Dès sa naissance, je n'ai pas été à la hauteur. J'étais perdue. Je suis perdue. J'ai cette douleur lancinante au creux de mon ventre quand je pense à lui, quand je pense à tout ce dont je l'ai privé... Je ne le mérite pas. C'est mieux s'il ne sait pas qui je suis...
- " Louis ?"
Léonor reçut comme une décharge électrique dans la poitrine. Elle regarda Ryan sans comprendre.
- " C'est trop tard pour ça." Lui dit-il simplement.
Des petits pas précipités se firent entendre dans la chambre qu'elle avait préparée si elle s'était un jour trouvée prête à recevoir Louis. Le temps semblait s'écouler au ralenti.



Elle aperçut alors sa petite silhouette se dandiner gaiement vers eux.



Lorsqu'il l'aperçue, son visage s'illumina :

- " Maman ? T'es guérie Maman ?"

Puis, les sourcils froncés :

- " T'as encore bobo, Maman ?"

Elle était paralysée. Comment un si petit mot pouvait-il remuer à ce point ses entrailles ? 
La voix de Ryan claqua soudainement dans l'air :

- " Alors Léo ? Prête à guérir ?"






































































13 commentaires:

  1. Tain mais j'en chiale quoi :o
    Sérieusement, c'était... Wahoo ! J'ai pas de mots en fait. Tu as terminé cette histoire avec brio, tout était magnifique. La fin de Plénozas, le retour de Ryan, et Louis qui arrive à petits pas... Ils vont me manquer, tous, franchement.
    Bravo :)

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    1. Et moi donc...

      Surtout quand je vois ton message... Je voulais pas le poster ce chapitre. Ce soir encore, alors qu'il était fini depuis mercredi soir, je voulais encore le relire et ne pas le poster. Mais il arrive un moment où il faut se lancer, au risque de tout gâcher. Donc voilà... Et chose étonnante, je suis plutôt contente du résultat, maintenant que je sais que ça plait à quelqu'un... lol!

      Merci merci merci Noog, de m'avoir suivie et encouragée comme tu l'as fait. ;-)

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    2. Ah ben tu as de quoi être fière là !

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  2. Ah la la ! Quelle fin ! Magnifique !
    Aucun regret d'avoir suivi (et resuivi et reresuivi ?) Leonor dans son enquête.
    Et même si Ryan est chiant... Elle a au moins retrouvé Louis qui a l'air tout mignon !
    Et que dire de l'arrestation ! Tu nous teases Atlantys II le retour de la vengeance du simflouze ? ;)

    Merci pour ce moment passé en ta compagnie et on se donne rendez vous pour la prochaine ?
    C'était rondement mené, et je n'aurais jamais trouvé la solution ! Bravo, c'est pas évident :)

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    1. Ouh je suis trop contente !!!

      Eh oui, tu es mon plus ancien lecteur ^^

      Franchement, un MERCI spécial pour toi, qui a toujours été là, quasiment à chacune de mes MAJ (et pas que celle de LNA ^^), me poussant toujours à continuer. Si tu n'avais pas été là toutes ces années, je ne sais pas si j'aurais continué, puisque certaines fois tu étais le seul à commenter.

      Merci Missing, du fond du coeur.

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    2. Ça me fait plaisir, surtout quand c'est mérité ;)

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  3. Oh le ptit Loulou :'( tout va s'arranger, Léo :)

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    1. Ça va pas être facile, mais elle a toutes les cartes en main ;-)

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  4. OH. MON. DIEU.


    Cette fin, mais cette fin ! Je suis à nouveau tout émotionné ! J'ai le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux !
    Je savais que le titre me paraissait bizarre ! La Nouvelle Atlantys, pourquoi nouvelle ? Eh ben j'ai la réponse ! :D
    Et ces retrouvailles ! C'est tellement émouvant !
    Voilà une des meilleures histoires sims (et peut-être même la meilleure) qu'il m'ait été donnée lire ! Maîtrisée de A à Z (avec des tours, des détours et des contours), menée avec une maestria épatante aussi bien pour l'intrigue que pour les images, la mise en page... ! J'ai pris énormément de plaisir à la lire, et je te dis BRAVO pour le travail gigantesque que ça a dû représenter ! :D

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    1. Et encore un soupir de soulagement ! :-D

      Je suis bouche bée devant tant d'éloges... Tu as soulevé et apprécié tous les points que j'espérais réussis... Que demander de plus, franchement ?

      J'ai adoré écrire, et j'ai adoré lire tes commentaires. Merci Mathoo, vraiment. :-)

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  5. C'est magnifique, tu m'as fait monter les larmes aux yeux avec la réconciliation de Ryan et Léonor mais surtout avec l'apparition du petit Louis qui demande comment va sa maman.
    Pour le reste du dénouement, c'est super bien raconté comme tout le reste, on a enfin pleins de réponses mais tu nous laisses encore sur notre faim en ouvrant d'autres secrets...
    J'ai vraiment adoré cette histoire, merci pour tout GGOf ;)

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    1. AH! Enfin mon noyau dur est au complet ! <3

      Merci Pythonroux, pour tous tes messages, d'avoir été là à chaque MAJ. Merci de t'être laissé emporté par mon histoire, et pour tous tes compliments.

      Sans vous, les copains, ça n'aurait pas été pareil ! MERCI!

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